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Sur Arte : « Lucky Luke, la fabrique du western européen »

Le dernier documentaire de Guillaume Podrovnik se penche sur l’univers de Lucky Luke créé par Morris. Il sera diffusé aujourd’hui à 17 h 35 sur Arte. A voir ! Continuer la lecture de Sur Arte : « Lucky Luke, la fabrique du western européen »

L’Entrevue de Manuele Fior : de l’amour au clair obscur

ENTREVUE-PREFLASH

 Dernière bande dessinée de l’italien Manuele Fior − illustrateur, dessinateur et architecte − paru chez Futuropolis en avril dernier, L‘Entrevue suit des chemins et des traits plus sombres que ses précédents albums comme Cinq mille kilomètres par seconde ou encore Mademoiselle Elise. Italien devenu Parisien, Manuele Fior nous immerge dans un nouvel univers qui entre-mêle romantisme, érotisme et beauté ténébreuse.

Le synopsis:

  En Italie, dans un futur proche. Parce qu’il pense avoir aperçu un vaisseau spatial dans le ciel, Raniero, un psychologue âgé d’une cinquantaine d’années, est victime d’un accident de la route. En instance de divorce, la voiture cassée, son cou maintenu par une minerve, il reprend le travail et fait la connaissance d’une nouvelle patiente, Dora, qui prétend avoir vu également le vaisseau spatial, et pouvoir communiquer par télépathie. 

L’Entrevue, c’est l’histoire même du clair obscur, animée par la présence fantasmagorique d’un vaisseau spatial. C’est aussi le récit d’une double rencontre entre un psychologue, Raniero − un quadra à la moustache brune − et ces triangles lumineux qu’il découvre en pleine nuit. Puis c’est sa rencontre avec une jeune patiente du nom de Dora.

L'entrevue - Manuele Fior

A la première case, notre œil suit la ligne ferroviaire qui nous mène vers cette ville fortement lumineuse, contrastant avec l’énigmatique et imposant chaîne de montagne noire. Ces paysages jouent un rôle majeur. Ils imposent un silence, un temps à la réflexion et à l’observation. Quand les pages ne se noircissent plus, la beauté du clair obscur laisse place à la découverte de cette ville tantôt futuriste et moderne avec l’apparition de bâtiments aux inspirations 70’s, plongeant dans le monde de Star Trek, légèrement galbés et épurés, puis droits et ciselés (une occasion pour Manuele Fior de laisser place à son talent d’architecte). Alors que l’autre monde, parallèle et pourtant attaché au premier, marque l’apparition pérenne des campaniles, des monuments religieux soutenus par la présence de la Vierge Marie ou des ponts en arche moderne. Ce contraste n’est pas qu’architectural, il fait écho à la relation les deux protagonistes Raniero et Dora. Ces deux êtres que l’âge oppose se construisent une amitié qui tend à l’attirance et à la sexualité baignées dans le noir mystique. Dora, qui prétend avoir vu ces triangles incandescents et fantomatiques, qui se dit en connexion avec ces apparitions et télépathe semble attirée par son psychologue imposé par ses parents pour cause d’hallucination. Raniero se prend d’affection en gardant sa moue renfrognée. Une attirance qui va le confronter avec ses propres désirs, sur la réflexion de sa situation maritale et surtout le mettra face à cette nouvelle génération qui redéfinit le mot amour. Sa jeune patiente fait partie de la « Nouvelle Convention », convention qui abolit la dépendance amoureuse, laisse place à l’amour libre. Tandis que Raniero est enraciné dans la bourgeoisie des sentiments, par la vision de notre propre époque que le psychologue représente.

L'Entrevue - Manuele Fior

Bien qu’il s’agisse de science-fiction, « L’Entrevue est un récit (…) qui n’explore pas les étoiles mais le délicat et fragile univers intérieur des relations, des sentiments et des affections de chacun de nous« . Ce récit est aussi l’occasion de découvrir la collaboration avec Anne-Lise Vernejoul pour ses effets spéciaux. Difficile de ne pas succomber par la magie de cette bataille entre les deux couleurs aux antipodes l’un de l’autre. Les scènes plongées dans le noir sont empreintes de mystère, parfois d’érotisme. Il arrive parfois de se sentir frustré, de n’avoir le temps de respirer, d’observer au lieu de passer case par case, de sentir les traits de Manuele Fior nous charmer. L’envie de commettre une seconde lecture est insoutenable, presque obligatoire pour comprendre ce qui n’a pas été vu, pour admirer chaque détail et détendre son œil brûlant.

Dora nous observe la tête basse, alors laissons-la nous narrer son histoire, et celle de son psychologue Raniero.

Quai d’Orsay, le film français qu’on n’attendait plus

Quai d’Orsay est le dernier film de Bertrand Tavernier, adapté de la bande dessinée éponyme de Christophe Blain et Abel Lanzac parodiant plus ou moins la préparation du fameux discours de Dominique de Villepin (alors ministre des affaires étrangères) du 14 février 2003 devant le conseil de sécurité des Nations Unies en opposition à la guerre en Irak.

Synopsis:

Alexandre Taillard de Worms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares… Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates.

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