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Le palmarès intégral des Oscars 2014

Ça y est, l’année 2013 cinématographique peut enfin se clore après ce weekend toujours attendu des cinéphiles où les Césars et les Oscars s’enchainent.

Bilan de la soirée chez nos amis américains: Gravity qui nous avait envoyé au 7ème ciel repart, logiquement, avec 7 Oscars dont celui de la meilleure réalisation pour le magicien mexicain Alfonso Cuaron. Néanmoins, le meilleur film échappera à cette razzia puisque c’est le film 12 Years a Slave qui aura su réunir les voix de l’Académie. Dallas Buyers Club a réussi l’exploit de gagner les deux prix de performances masculines quand Cate Blanchett, sans aucune surprise, remporte celui de la meilleure actrice.

On notera qu’American Hustle nommé dans 10 catégories repartira complètement bredouille, tout comme Nebraska, Le Loup de Wall Street, ou encore Philomena.

Les résultats de cette 86ème cérémonie sont partagés entre choix logiques (rafle des prix techniques pour Gravity, totalement mérité, 20 Feet From Stardom sacré meilleur film documentaire), réelles bonnes surprises (Her pour le scénario original dont je vous reparlerai très bientôt, American Hustle qui ne gagne rien) et gagnant politiquement correct (12 Years a Slave pour le meilleur film), mais l’ensemble reste tout de même de haute tenue, aucun gagnant n’ayant démérité son prix face à la concurrence. Cela faisait longtemps que les Oscars n’avaient pas autant récompensé les bonnes personnes et cela donne un excellent cru 2014.

Quant à la cérémonie elle même, que fallait il en retenir ?

Ellen DeGeneres était absolument géniale en présentatrice (elle avait déjà brillé dans cet exercice en 2006) et a donné un coup de jeune à cette cérémonie. Elle n’a pas hésité à se moquer avec humour de Jennifer Lawrence et de sa chute de l’année dernière, mais aussi sur d’autres nominés, ce qui a bien fait rire l’audience. Elle nous a a surtout offert le selfie qui est d’ores et déjà le plus culte de l’histoire (et possédant déjà le record de retweets sur Twitter, sorry Barack), avec la présence de Kevin Spacey, Meryl Streep, Julia Roberts, Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Brad Pitt, Jared Leto, Angelina Jolie.

Les blagues se sont d’ailleurs enchainées une bonne partie de la cérémonie ce qui a su dérider l’Académie et plaire au public.

Dès le début de la soirée, nous avons pu admirer la classe et l’humilité de Jared Leto, lors de son discours pour son Oscar du Meilleur Acteur dans un second rôle. L’acteur (chanteur à ses heures perdues) n’hésitera pas en effet à parler de la situation en Ukraine, des gens atteints du SIDA et remerciera tout le monde, un beau moment très émouvant.

L’ambiance était très détendue dans la salle, nous avons eu le droit à une jolie distribution de pizzas par l’animatrice, avec Brad Pitt dans le rôle du « qui veut une assiette en plastique ? ». On pourrait presque l’imaginer vendre des beignets sur la plage, toujours aussi classe ce Brad. Pharell Williams a quant à lui réussi à faire danser Meryl Streep, Amy Adams et Lupita Nyong’o sur son titre Happy, rien que ça.

L’Oscar du photobomb reviendra sans hésitation à Benedict Cumberbatch, le Sherlock/Smaug facétieux s’est en effet incrusté sur la photo du groupe U2 sur le red carpet (c’était décidemment la soirée des photos hautement improbables prêtes à faire le buzz). Le meilleur duo de la soirée est décerné à l’unanimité à Joseph Gordon-Levitt et Emma Watson qui ont illuminé la salle par leur beauté et leur classe lors de la remise du prix qu’ils présentaient.

On notera aussi la traditionnelle séquence « In memoriam » qui rend hommage aux disparus de l’année. Glenn Close lance le magnéto dans lequel apparaissent les visages de James Gandolfini, Philip Seymour Hoffman, Peter O’Toole, Shirley Temple ou du jeune Paul Walker. Il y eu aussi les passages obligés musicaux, à commencer par U2 et son “Ordinary Love” pour le film sur Mandela, mais aussi une des chansons de Frozen et la formidable Karen O venu défendre “The Moon Song” nommé pour le film Her.

Ce fut dont une bien belle cérémonie, nettement moins controversé que celle de l’année dernière animé par le truculent mais pas toujours très fin Seth MacFarlane.

Voici le palmarès complet ci-dessous:

Meilleur film

  • 12 Years a Slave
  • American Bluff
  • Capitaine Phillips
  • Dallas Buyers Club
  • Gravity
  • Her
  • Nebraska
  • Philomena
  • Le Loup de Wall Street

Meilleur réalisateur

  • Alfonso Cuaron, Gravity
  • David O Russel, American Bluff
  • Alexander Payne, Nebraska
  • Steve McQueen, 12 Years a Slave
  • Martin Scorsese, Le Loup de Wall Street

Meilleur acteur

  • Matthew McConaughey, Dallas Buyers Club
  • Christian Bale, American Bluff
  • Bruce Dern, Nebraska
  • Leonardo DiCaprio, Le Loup de Wall Street
  • Chiwetel Ejiofor, 12 Years a Slave

Meilleur actrice

  • Cate Blanchett, Blue Jasmine
  • Amy Adams, American Bluff
  • Sandra Bullock, Gravity
  • Judi Dench, Philomena
  • Meryl Streep, Un été à Osage County

Meilleur acteur dans un second rôle

  • Jared Leto, Dallas Buyers Club
  • Barkhad Abdi, Capitaine Phillips
  • Michael Fassbender, 12 Years a Slave
  • Jonah Hill, Le Loup de Wall Street
  • Bradley Cooper, American Bluff

Meilleure actrice dans un second rôle

  • Lupita Nyong’o, 12 years a Slave
  • Sally Hawkins, Blue Jasmine
  • Jennifer Lawrence, American Bluff
  • Julia Roberts, August: Osage County
  • June Squibb, Nebraska

Meilleur film en langue étrangère

  • La Grande Bellezza
  • Alabama Monroe
  • La Chasse
  • The Missing Picture
  • Omar

Meilleur Film d’animation

  • La Reine des neiges
  • Les Croods
  • Moi, Moche et Méchant 2
  • Le vent se lève
  • Ernest et Célestine

Meilleur scénario original

  • Her
  • American Bluff
  • Blue Jasmine
  • Dallas Buyers Club
  • Nebraska

Meilleur scénario adapté

  • 12 Years a Slave
  • Before Midnight
  • Capitaine Phillips
  • Philomena
  • Le Loup de Wall Street

Meilleur Photographie

  • Gravity
  • The Grandmaster
  • Inside Llewyn Davis
  • Nebraska
  • Prisoners

Meilleure chanson originale

  • Let it Go, La reine des Neiges
  • Alone yet not alone, Alone Yet Not Alone
  • Happy, Moi, Moche et Méchant 2
  • The Moon Song, Her
  • Ordinary Love, Mandela : un long chemin vers la liberté

Meilleur film documentaire

  • 20 feet from Stardom
  • The Act of Killing
  • Cutie and The Boxer
  • Dirty wars
  • The Square

Meilleur court-métrage documentaire

  • The Lady in Number 6 : Music saved My Life
  • CaveDigger
  • Facing Fear
  • Karama has no walls
  • Prison Terminal : The Last Days of Private Jack Hall

Meilleurs costumes

  • Gatsby Le Magnifique
  • American Bluff
  • The Grandmaster
  • The Invisible Woman
  • 12 Years a Slave

Meilleur montage

  • Gravity
  • American Bluff
  • Capitaine Phillips
  • Dallas Buyers Club
  • 12 Years a Slave

Meilleur maquillage

  • Dallas Buyers Club
  • Bad Grandpa
  • The Lone Ranger, Naissance d’un Héros

Meilleure bande originale

  • Steven Price (Gravity)
  • John Williams (La Voleuse de Livres)
  • William Butler et Owen Pallett (Her)
  • Alexandre Desplat (Philomena)
  • Thomas Newman (Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney)

Meilleur court-métrage d’animation

  • Mr. Hublot
  • Feral
  • Get a Horse!
  • Possessions
  • Room on the Broom

Meilleur court-métrage

  • Helium
  • Aquel No Era Yo (That Wasn’t Me)
  • Avant Que De Tout Perdre (Just Before Losing Everything)
  • Pitääkö Mun Kaikki Hoitaa? (Do I Have to Take Care of Everything?)
  • The Voorman Problem

Meilleur montage de son

  • Gravity
  • All Is Lost
  • Capitaine Phillips
  • Le Hobbit : la Désolation de Smaug
  • Du Sang et des Larmes

Meilleur Mixage

  • Gravity
  • Capitaine Phillips
  • Le Hobbit : la Désolation de Smaug
  • Inside Llewyn Davis
  • Du Sang et des Larmes

Meilleurs effets spéciaux

  • Gravity
  • Le Hobbit : la Désolation de Smaug
  • Iron Man 3
  • The Lone Ranger, Naissance d’un Héros
  • Star Trek Into Darkness

Meilleurs décors

  • Gatsby Le Magnifique
  • Her
  • 12 years a slave
  • American Bluff
  • Gravity

Oscars d’honneur

  • Steve Martin
  • Angelina Jolie
  • Piero Tosi
  • Angela Lansbury

Le Vent se Lève : un ultime voyage avec Hayao Miyazaki

Le Vent Se Lève raconte la véritable histoire de Jiro Horikoshi, le créateur de l’avion zéro, soit la machine utilisée par les japonais lors de l’attaque de Pearl Harbor durant la seconde guerre mondiale. On observe le jeune ingénieur rêveur et naïf dans un Japon dévasté par les catastrophes naturelles et la crise économique. Epris d’innovation, le jeune héros va s’affirmer aux côtés de la belle Nahoko, une jeune fille qu’il avait aidé durant sa jeunesse et dont il est toujours follement amoureux. Mais autant dans son travail qu’en amour, Jiro comprendra vite que rien n’est simple….

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Devant ce synopsis aux couleurs sombres, nous pourrions nous attendre à un film controversé, valorisant le créateur d’une machine de guerre. Mais ce serait mal connaître Hayao Miyazaki. Pour son ultime long-métrage d’animation, le grand réalisateur nous offre une œuvre historique, dure, mais pourtant d’une poésie et d’une beauté immense et surtout bouleversante. Pacifique jusqu’au bout, il fait de Jiro un doux inventeur qui ne rêve que d’avion et de beauté technique. La guerre, les conflits et l’argent ne l’intéressent pas. Lui, ce qu’il veut, c’est voir ses créations voler, et il y met autant d’âme que n’importe quel artiste.

Mais au delà du portrait de ce héros, se cache surtout le portrait terrifiant et réaliste du Japon de l’époque, pauvre, en retard au niveau technologique et en proie à un séisme dévastateur. Cette scène est d’ailleurs l’une des plus spectaculaire du film. Miyazaki a su y ajouter une dose dramatique grâce à un jeu inédit avec les sons : chaque bruitage du séisme de Tokyo est fait avec la voix et la bouche. Comme si la Terre grondait, littéralement. Miyazaki est réputé pour son engagement écologique, et cette touche est une piqûre de rappel pour ses plus grands fans. Sans oublier sa collaboration avec Joe Hisaichi, son fidèle compositeur, qui nous offre une BO aussi magnifique qu’émouvante. Encore une fois, les passionnés ne seront pas dépaysés.

Pourtant, ce film est différent des autres. Notamment grâce (ou à cause, au choix) de ses personnages. Jiro est le personnage principal le plus réaliste et humain de tous les Miyazaki confondus. Réaliste, car imparfait. C’est un homme plutôt sérieux, renfermé, ambitieux et parfois égoïste. Il place sa passion avant tout le reste. Malgré ses bons sentiments et sa gentillesse, il ne saura jamais se séparer de son rêve, pour lequel il est capable de tout sacrifier, même le bonheur de ses semblables. Nahoko est aussi singulière, puisqu’elle est bien plus discrète que tous les autres personnages féminins chez Miyazaki. Le réalisateur est pourtant connu pour ses personnages féminins très affirmés, souvent très valorisés, car courageux et héroïques. Mais ici, Nahoko est surtout la béquille de Jiro, sans elle il ne serait rien, mais elle n’existerait pas non plus sans lui. Seule la petite sœur de Jiro semble correspondre aux habitudes du réalisateur, avec son fort caractère et ses répliques comiques (les plus attentifs remarqueront d’ailleurs sa ressemblance avec Ponyo, autre héroïne de Miyazaki). Enfin, même si c’est un thème souvent abordé par le réalisateur (notamment dans le trop peu connu Porco Rosso), les avions ont le rôle principal dans ce film. Ils sont partout : au travail de Jiro, dans ses rêves, dans les airs, sur terre, sur mer. Ils explosent, ils parcourent les nuages. Ils sont fait de bois ou de métal. Sachez-le : Le Vent se Lève est bien plus technique, car historique. Mais ne vous laissez-surtout pas décourager par la présence importante de ces engins : sous le coup de crayon de Miyazaki, ils deviennent éblouissants.

Ce dernier film du grand maître de l’animation est donc plus sombre, mais reste d’une grande beauté, avec des personnages complexes mais toujours attachants.

L’ingénieur Caproni, le héros de Jiro, déclare dans le film « une vie de création ne dure que dix ans ». Et, après plus de 10 ans de travail acharné, Hayao Miyazaki nous a offert ici un magnifique dernier vol.  Une page se tourne donc dans le monde de l’animation. Mais comme le répètent si bien les personnages du film comme un éternel refrain : « Le Vent se lève ! Il faut tenter de vivre ».