Archives par mot-clé : comédie française

Five : une fille et quatre garçons dans le vent

Qu’est ce que l’amitié ? Une belle histoire, d’après Five, un film aux couleurs pop – avec son jaune éclatant à l’affiche – à la fois drôle et touchant mais surtout quelque peu déjanté. Même si l’amitié semble être universellement une belle valeur, la vraie question à laquelle le film tentera de répondre à partir du 30 mars en salle, ce serait plutôt : jusqu’où peut-on aller par amitié ? Continuer la lecture de Five : une fille et quatre garçons dans le vent

A l’affiche : Les Combattants, ce film qui nous fait aimer les comédies françaises

    Au cinéma, il y a deux sortes de comédies: celles adaptées d’un bestseller à la Marc Levy -ne trouvant rien de différent à raconter d’une production à l’autre- et puis il y a les comédies inattendues, surprenantes parce que différentes et attachantes. Les Combattants, dernière réalisation de Thomas Cailley fait partie de cette dernière catégorie.

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Les 3 Frères, le retour… Oui mais pourquoi ?

Les 3 Frères, le retour marque le retour des Inconnus après 13 années d’absence, la bande de comique des années 90, véritable monument de l’humour français composé de Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Bernard Campan. Le film est une suite aux 3 frères, excellente comédie, César de la meilleure première œuvre en 1996 et qui jouit d’un culte auprès des fans assez impressionnant.

Alors, que vaut ce retour tant attendu ?

Synopsis:  Des années après le décès de leur mère, les frères Latour sont à nouveau réunis par la défunte. Chacun est à une étape difficile de sa vie : Bernard est un comédien raté, Didier se fait passer pour un prof de philo alors qu’il vend des sextoys par correspondance et Pascal vit aux crochets d’une riche cougar. Accompagnés de Sarah, la fille de Bernard, ils vont vivre des rencontres surprenantes tandis que de nouveaux problèmes vont les affecter.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, le film est mauvais, très mauvais. Le (très grand) fan des Inconnus a pleuré des larmes de sang en voyant cette suite dont il n’y a presque rien à sauver.

Réalisée par le trio infernal, la mise en scène est vide. Aucune réalisation à l’horizon, le travail de photographie est d’une laideur sans nom, c’est bien simple, pour un peu, je croirais à une parodie de téléfilm de la part des Inconnus (si seulement).

Mais soyons honnête, le film n’est pas attendu pour sa réalisation ou son propos, ce n’est pas ce que l’on recherche en allant voir les Inconnus, donc ces défauts pourraient parfaitement passer si le film était hilarant.

Sauf que le film ne l’est absolument pas et c’est bien tout le drame de cette suite. En reprenant les personnages qu’ils avaient créés en 1995 et en servant un mauvais remake de l’intrigue du premier volet, on était en droit d’attendre des scènes aussi hilarantes et une flopée de répliques cultes, de clins d’œil au premier film ou à leurs sketch.

Il n’en n’est rien, les Inconnus n’arrivent jamais à retrouver leur feu sacré d’antan, nous servant une soupe de jeu de mot ringard, des costumes pathétiques  et des scènes dotées d’un humour vachard ou noir particulièrement douteux qui auront du mal à vous arracher plus qu’un sourire.

C’est simple, en plus d’être long, sur les 1h46 de film je n’aurais rigolé qu’une seule fois, pendant une scène à la banque ou un gag visuel me rappellera pourquoi j’aime autant ces acteurs, leur intelligence et leur impertinence qui caractérisaient leurs sketchs de l’époque.

On sauvera aussi la jeune révélation du film: Sofia Lesaffre jouant la fille de Campan qui arrive à donner un peu de fraicheur à ce produit déjà périmé avant même d’être sorti.

Mais ça sera bien les seuls moments du film qui m’auront fait rire, le reste du film étant d’une vacuité telle qu’on se demandera bien pourquoi nous avons voulu juger sur pièce le film et ne pas se fier, pour une fois, à la critique.

Voilà, je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur le sujet, le film est raté de A à Z et même si je reste éperdu d’admiration pour le trio, je ne peux rien trouver dans ce film à défendre et vous recommande chaudement d’aller voir autre chose.

« Je l’aime, mais l’homme de ma vie c’est toi » : Yves Saint Laurent

Jalil Lespert réalise une véritable merveille. De la fraîcheur, de l’amour, du réel, de la souffrance, de la folie, les sentiments tourbillonnent, le drame commence. Pierre Niney n’en parlons même pas, sa prestation et sa prestance, tant qu’à faire, nous laissent simplement sans voix. Comment exprimer une telle souffrance psychologique et amoureuse même, en incarnant parfaitement un personnage mythique ? Le défi est bien plus que rempli.

 

Pour vous mettre dans le contexte, nous sommes à Paris en 1957. La capitale connaît ses années folles et dans cette foule, Yves Mathieu-Saint-Laurent, vingt-et-un ans, est sollicité pour reprendre la célèbre maison de haute couture Dior, suite au décès de son fondateur, Christian Dior. Il fait alors la rencontre de Pierre Bergé, au cours d’un de ses défilé prestigieux. Cette rencontre marque alors un tournant dans sa vie. Les deux hommes, liés pour toujours, créent alors l’entreprise Yves Saint Laurent. Bourré de talent, le jeune créateur donne un nouveau souffle à la haute couture, dans le monde entier.

Pierre Niney pour Yves Saint Laurent, ou Yves Saint Laurent pour Pierre Niney. Quelle différence ? L’interprétation est exécutée avec une profonde justesse. La voix est le premier détail marquant. Puis, il y a les mimiques, les gestes, le regard, l’expression… L’imprégnation de Saint Laurent est absolument parfaite. Pierre Niney fait preuve à la fois d’une extrême douceur, d’une grande sensibilité mais aussi d’une insouciance folle, qui pousse presque le personnage à se perdre lui-même. La jeunesse prend alors son envole dans un jeu d’acteur particulièrement émouvant. L’esprit du prodige qui s’oppose à son côté sombre, est exprimé dans une réalisation magistrale, guidée par Jalil Lespert. Pierre Niney ne pourrait pas être plus subjuguant. Déjà tellement captivant dans ses précédents films (Comme des frères, 20 ans d’écart…), il passe le cap d’un nouveau registre : le biopic, dans lequel il excelle. Il est vrai que la Comédie-Française, nous le savions, héberge bien des talents. Alors quand deux d’entre eux se retrouvent et se livrent à une interprétation artistique exemplaire, le résultat est plus que probant.

En effet, Pierre Niney donne la réplique à Guillaume Gallienne, ou Pierre Bergé, pour ceux qui ne l’aurait pas deviné. Il est la clé de la réussité du couturier, il est l’amant, il est l’amour aussi, il est celui qui pousse et garde l’artiste en scène. Guillaume Gallienne, récémment découvert pour certains, incarne la conscience claire et posée de YSL, mais aussi sa souffrance ultime. Cet amour unique, qui lie deux hommes très différents, leur fait vivre le pire comme le meilleur. Maintes fois, Pierre Bergé est « celui qui » chasse les démons imperceptibles du créateur, qui lui redonne espoir et sait l’aimer. Un rôle très touchant et particulièrement difficile, mais si bien mené par Guillaume Gallienne, ce qui lui vaudrait, à mon goût, presque autant de mérite que le protagoniste.

 

Puis le reste du casting de Lespert n’est pas décevant. Charlotte Le Bon intègre une élégance sans égale à son personnage, Victoire Doutreleau, mannequin proche du couturier pendant un temps. Laura Smet, ne démérite pas dans le rôle de Loulou de la Falaise, enfin Marie de Villepin apporte une fraîcheur inattendue au film dans son interprétation de Betty Catroux. Les défilés, les robes, les ateliers… tout semble tout droit sorti des années 60. Bref, le long-métrage n’a pas vraiment de points négatifs, si ce n’est que Pierre Niney nous laisse un peu trop longtemps sans voix, à la fin du film. Au plaisir de te revoir !

>> Je vous conseille également d’aller voir la critique de Mathieu sur son website

Les garçons et Guillaume, à table ! : une comédie savoureuse

Guillaume est un garçon. Enfin, pas vraiment : Guillaume est un garçon qui se prend pour une fille. Ou du moins, c’est ce qu’on lui répète à longueur de journée. En admiration devant sa mère qu’il idolâtre et devant toutes les femmes qu’il respecte, le jeune homme cherche à découvrir qui il est vraiment. Quelques années plus tard, dans une pièce de théâtre qu’il a lui même réalisé, Guillaume raconte son enfance à son public et tente de comprendre son propre parcours…

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Guillaume Gallienne est réputé pour son jeu atypique, sa créativité sans limites et son don d’interprétation digne d’un caméléon. Alors que beaucoup pensent que jouer son propre rôle est toujours plus facile, l’acteur de la Comédie Française nous démontre que ce n’est pas le cas. Dans son film, il se met à nu. Avec humour, légèreté, dérision, émotion et même colère parfois. C’est sans concession qu’il choisit de se livrer, n’épargnait pas la gêne au spectateur, retenant à peine ses larmes. Il fait vivre ses personnages réalistes d’une façon unique, notamment lorsqu’il interprète avec brio sa propre mère. Cette femme à la fois vulgaire et précieuse, tendre et froide, extrêmement franche et pourtant très pudique : éternellement dans la contradiction, menant toute sa famille et surtout Guillaume à la baguette avec toujours un soupçon d’élégance. Cette figure maternelle est à la fois le rêve et le pire cauchemar de son fils cadet, Guillaume. Il ne sait pas comment lui plaire, alors il l’imite à la perfection, quitte à se coller une image qui ne lui correspond peut-être pas.

Guillaume Gallienne sait parler du mal-être enfantin, d’une jeunesse aux traits d’apparence magnifiques mais aux couleurs très fades. Il fait des choix plutôt surprenants en matière de réalisation, décidant par exemple de laisser des acteurs adultes jouer des rôles d’enfants. Comme si il n’avait jamais réellement quitté la jeunesse et finalement les jupes de sa mère, jusqu’aux scènes finales. Sa voix, au début fluette et efféminée, s’affirme et s’aggrave tout au long des scènes : l’idée de croissance et de maturité est exploitée jusqu’au bout. Le réalisateur et acteur s’amuse avec un scénario au rythme soutenu, qui ne laisse pas de répit au spectateur. Montrant qu’une vie, ça ne se résume pas à aux cases de comédie ou de drame, il mélange les genres pour rester ancré dans la réalité. Mais tout l’intérêt du film réside dans sa propre personne, son personnage à la fois attachant et décalé, qui sait attendrir et faire rire, tout simplement. Il vole la vedette aux personnages secondaires pourtant savoureux, comme ses deux tantes totalement déjantées. Il s’avance sur les devants de la scène, tout en restant humble. Il n’y a pas de côté narcissique à cette autobiographie cinématographique, juste une volonté d’éclaircir un passé trouble, de faire le bilan.

Le seul reproche qu’il est possible de faire à ce film est sa fin. Trop gentillette, un poil trop psychologique pour paraître crédible : c’est trop simple pour un personnage si complexe. La fin semble être en désaccord avec le reste du film, pas construite, loin de l’originalité de ses débuts, comme si elle avait été rajoutée au dernier moment.

Mis à part ce simple point négatif, Les Garçons et Guillaume, à table ! est une comédie délicieuse à dévorer encore et encore.