Archives par mot-clé : bd

Sur Arte : « Lucky Luke, la fabrique du western européen »

Le dernier documentaire de Guillaume Podrovnik se penche sur l’univers de Lucky Luke créé par Morris. Il sera diffusé aujourd’hui à 17 h 35 sur Arte. A voir ! Continuer la lecture de Sur Arte : « Lucky Luke, la fabrique du western européen »

Booktube : pour l’amour du livre

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Youtube, c’est l’antre de la caverne d’Ali Baba : on y trouve de tout. Alors si vous en avez assez des youtubeurs qui parlent chiffons et maquillage, nous sommes heureux de vous faire découvrir l’univers des booktubeurs. Continuer la lecture de Booktube : pour l’amour du livre

Festival How To Love #2, ou comment lutter contre l’automne parisien

La saison 2 du festival parisien How To Love approche. Création sauvage dans la bande dessinée, la musique et le cinéma, HTL touche à tout du 12 au 15 novembre au Petit Bain.

Capture d’écran 2014-11-05 à 22.26.01Ah, novembre. Novembre, c’est relou. Clairement, c’est de la merde, c’est marche ou crève. Alors on va sortir encore et encore, danser, s’activer comme des petits fous. Continuer la lecture de Festival How To Love #2, ou comment lutter contre l’automne parisien

Ahlam, roman de l’absence et de l’enfer

couverture.inddS’il fallait passer par l’enfer pour comprendre le sens de sa vie ? C’est peut-être à cette question occulte et pleine de mystère que le roman graphique Ahlam tente de répondre. Publié chez Le Potager Moderne, la première bande dessinée du nîmois Guillaume Penchinat nous plonge au bord d’une barque menée par Charon, prêt à nous divulguer l’envers du terrible monde moderne de l’enfer.

Guillaume – le protagoniste – jeune homme svelte et brun, est pris d’un terrible malaise, un manque qui le taraude, d’un profond sentiment de solitude. Il ne le sait pas encore mais cette sensation a une cause ancrée depuis le début de sa vie, avant même que sa tête ne découvre le monde des vivants. Une seule révélation de sa mère va lui redonner un sens à ses 24 ans de solitude et de questionnements sans réponse. Le roman ne se veut pas philosophique, ni même une élaboration de l’inconscient, des thèses freudiennes. Tout ce qu’il veut nous livrer est bien plus prestigieux, divertissant et artistique.

ahlam4Les premières pages tracent la vie sans vie de Guillaume, paradant dans son appartement, à une heure où tous dorment paisiblement, où le jeune homme est perdu dans des milliards de questions orphelines de réponses salvatrices. Il erre. Se remplit par la nourriture, son seul remède à ce vide qui se dessinera finalement après la révélation de sa mère. Depuis sa conception, une autre vie était attachée à la sienne mais ne l’a pas suivi dans notre monde. Puis, guidé par l’inconscient ou par une force occulte, Guillaume entre dans ce bus qui va nulle part. Cela tombe bien, c’est l’endroit qu’il voulait emprunter. Il tombe sur un chien géant à trois têtes en tenue de basketteur. Cette bête extraordinaire se révèle être Cerbère, le terrible chien aux triples gueules, gardien de la porte des Enfers. Guillaume réussit à le dresser, non par la musique comme le veut le mythe mais par des ordres francs et droits. Cette première apparition est l’occasion de découvrir une vision moderne et originale du mythe de la traversé de la rivière du Styx, empruntant le récit de La Divine comédie de Dante ou encore le mythe d’Orphée. Charon, le « passeur » comme il aime à se nommer, est le nocher qui mène les morts vers l’ultime monde mais dans ce récit l’être merveilleux dépasse son rôle sans grande valeur pour faire face au mal qui s’abat sur le jeune visiteur. Une scène particulièrement sombre et haletante se dessine pour délivrer l’imagination bouleversante de Guillaume Penchinat en particulier quand son jeune personnage est coiffé d’une pyramide et se voit projeté parmi une rivière d’âmes damnées.

ahlam5Il finit par rencontrer cette personne qu’il ne connait que depuis son dernier café avec sa mère mais cette première rencontre semble compromise. Il lui reste peu de temps pour comprendre ce que ce voyage en Enfer a à lui apprendre de sa vie, du message que l’être absent avait à lui remettre depuis 24 ans.

Défiant les limites du réel, voyageant dans l’autre monde, l’outretombe, Ahlam est un magnifique récit au goût mythologique, une légère comédie gréco-romaine à la sauce française, une narration  homérique à la french cream perlée de noir et de blanc, une aventure animée par un Charon qui s’humanise et un Cerbère assez grandiose en survêt, il manquerait plus qu’il joue à la baballe.

Le Téléporteur du Pr.Schmitt… de Peb & Fox

schmittA 100 reprises le pauvre professeur Schmitt tente de retourner dans son petit lit auprès de sa femme après avoir malencontreusement transformé sa lampe de poche en machine à remonter le temps. Disponible chez Le Potager Moderne, illustré par les deux compères Peb et Fox. Le Téléporteur du Pr.Schmitt n’est pas vraiment au point est un vrai bijou d’humour. Vous retrouverez cet inventeur perdu dans un sarcophage, dans le tableau Guernica de Picasso, rencontrera l’agent Mulder et Scully de la série X Files, tombera de la cheminée le soir de Noël devant les yeux médusés des enfants.

 

L’Entrevue de Manuele Fior : de l’amour au clair obscur

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 Dernière bande dessinée de l’italien Manuele Fior − illustrateur, dessinateur et architecte − paru chez Futuropolis en avril dernier, L‘Entrevue suit des chemins et des traits plus sombres que ses précédents albums comme Cinq mille kilomètres par seconde ou encore Mademoiselle Elise. Italien devenu Parisien, Manuele Fior nous immerge dans un nouvel univers qui entre-mêle romantisme, érotisme et beauté ténébreuse.

Le synopsis:

  En Italie, dans un futur proche. Parce qu’il pense avoir aperçu un vaisseau spatial dans le ciel, Raniero, un psychologue âgé d’une cinquantaine d’années, est victime d’un accident de la route. En instance de divorce, la voiture cassée, son cou maintenu par une minerve, il reprend le travail et fait la connaissance d’une nouvelle patiente, Dora, qui prétend avoir vu également le vaisseau spatial, et pouvoir communiquer par télépathie. 

L’Entrevue, c’est l’histoire même du clair obscur, animée par la présence fantasmagorique d’un vaisseau spatial. C’est aussi le récit d’une double rencontre entre un psychologue, Raniero − un quadra à la moustache brune − et ces triangles lumineux qu’il découvre en pleine nuit. Puis c’est sa rencontre avec une jeune patiente du nom de Dora.

L'entrevue - Manuele Fior

A la première case, notre œil suit la ligne ferroviaire qui nous mène vers cette ville fortement lumineuse, contrastant avec l’énigmatique et imposant chaîne de montagne noire. Ces paysages jouent un rôle majeur. Ils imposent un silence, un temps à la réflexion et à l’observation. Quand les pages ne se noircissent plus, la beauté du clair obscur laisse place à la découverte de cette ville tantôt futuriste et moderne avec l’apparition de bâtiments aux inspirations 70’s, plongeant dans le monde de Star Trek, légèrement galbés et épurés, puis droits et ciselés (une occasion pour Manuele Fior de laisser place à son talent d’architecte). Alors que l’autre monde, parallèle et pourtant attaché au premier, marque l’apparition pérenne des campaniles, des monuments religieux soutenus par la présence de la Vierge Marie ou des ponts en arche moderne. Ce contraste n’est pas qu’architectural, il fait écho à la relation les deux protagonistes Raniero et Dora. Ces deux êtres que l’âge oppose se construisent une amitié qui tend à l’attirance et à la sexualité baignées dans le noir mystique. Dora, qui prétend avoir vu ces triangles incandescents et fantomatiques, qui se dit en connexion avec ces apparitions et télépathe semble attirée par son psychologue imposé par ses parents pour cause d’hallucination. Raniero se prend d’affection en gardant sa moue renfrognée. Une attirance qui va le confronter avec ses propres désirs, sur la réflexion de sa situation maritale et surtout le mettra face à cette nouvelle génération qui redéfinit le mot amour. Sa jeune patiente fait partie de la « Nouvelle Convention », convention qui abolit la dépendance amoureuse, laisse place à l’amour libre. Tandis que Raniero est enraciné dans la bourgeoisie des sentiments, par la vision de notre propre époque que le psychologue représente.

L'Entrevue - Manuele Fior

Bien qu’il s’agisse de science-fiction, « L’Entrevue est un récit (…) qui n’explore pas les étoiles mais le délicat et fragile univers intérieur des relations, des sentiments et des affections de chacun de nous« . Ce récit est aussi l’occasion de découvrir la collaboration avec Anne-Lise Vernejoul pour ses effets spéciaux. Difficile de ne pas succomber par la magie de cette bataille entre les deux couleurs aux antipodes l’un de l’autre. Les scènes plongées dans le noir sont empreintes de mystère, parfois d’érotisme. Il arrive parfois de se sentir frustré, de n’avoir le temps de respirer, d’observer au lieu de passer case par case, de sentir les traits de Manuele Fior nous charmer. L’envie de commettre une seconde lecture est insoutenable, presque obligatoire pour comprendre ce qui n’a pas été vu, pour admirer chaque détail et détendre son œil brûlant.

Dora nous observe la tête basse, alors laissons-la nous narrer son histoire, et celle de son psychologue Raniero.