Meissonnier aux Trans

Dox Martin : « Il faut que la musique raconte une histoire »

Journaliste, vidéaste, réalisateur, compositeur… le CV de Dox Martin, alias Martin Meissonnier, remplirait un bottin. Mais c’est au producteur et amateur de musique qu’Efflorescence Culturelle a choisit de s’adresser. Le digger se confie sur sa carrière et son approche particulière de la musique juste avant son mix lors des 40èmes Rencontres des Trans Musicales de Rennes

Dox Martin, alias Martin Meissonnier, lors de son mix aux Trans Musicales de Rennes. Crédit : Flavien Larcade

Fela Kuti, Papa Wemba, Jimmy Page, Don Cherry, Manu Dibango et tant d’autres. Tous sont passés par les oreilles de Martin Meissonnier. Ce Dj présent à la Greenroom du Hall 4 des Trans Musicales de Rennes a commencé sa carrière musicale à la fin des années 1970. Il fait parti de ces visages méconnus dont le nom est greffé au dos des albums. Même s’il se consacre aujourd’hui à ses documentaires, il n’a jamais réellement quitté cet univers qu’il continue de chérir.


Efflorescence Culturelle : Avec une carrière aussi longue et riche que la votre, quelles sont les rencontres qui marquent ?

Dox Martin : Ouhlà, vous me posez une colle… beaucoup ! (rires). Mais je dirais que pour commencer, c’est Don Cherry qui a été une rencontre phare. Un trompettiste et compositeur de jazz hors pair. J’ai eu l’occasion de collaborer avec lui, et j’en garde de très bons souvenirs !
Une autre personne qui aura certainement forgé mes goûts et ce que je suis, c’est Renaud Gagneux. Ce compositeur faisait parti des grands noms dans les années 1970 et a bossé sous la direction de gens comme Pierre Schaeffer (pionnier de la musique concrète et de l’électro acoustique ndlr) C’était mon prof quand j’ai débuté la musique, un super bonhomme ! Il est décédé en janvier dernier.


Dans les années 1980, vous proposez à Fela Kuti une tournée en Europe avec quelques dates. Problème, ça ne se passe pas comme prévu…

Oui c’était pour sa deuxième tournée. Pour la première en 1981, tout ce passe pour le mieux. Les salles sont bondées, combles, un vrai succès ! Je le retrouve ensuite à Naples, et on repart pour une nouvelle tournée. Et là, on se retrouve confrontés à un soucis, et pas des moindres : le promoteur part avec la caisse… Nous voilà donc sans argent, sans que celui-ci n’ai payé quoi que ce soit. En plus il pleuvait beaucoup sur cette période je me souviens… Personne ne s’était bougé pour venir voir les concerts ! Et puis Fela, il faut savoir qu’il y avait du monde qui bougeait avec lui. Entre ses femmes, ses amis et les invités, on frôlait parfois les 90 personnes autour de lui ! Un vrai roi.


Justement, connaissant sa réfraction aux règles et son comportement, aviez-vous appréhendé d’éventuelles difficultés ?

Non pas du tout. Je ne me suis jamais posé de telles questions. Tout ce que je voulais, c’était bosser avec lui. C’était un challenge oui, mais je me disais qu’on allait y arriver ensemble et assurer. Après Fela Kuti et l’argent, c’était complexe c’est sûr. Il y avait toujours une crainte comment dire… de dépasser les budgets ! (il lâche un léger rictus) Mais je ne faisais pas ça pour l’argent, je m’en fichais pas mal d’ailleurs ! Ce que je voulais, c’était apprendre des choses. Là était la grande richesse.


« Je ne suis pas trop fan d’un cadre « scolaire » des choses. J’ai appris à être producteur sur le tas. » Dox Martin


Qu’est-ce que vous recherchiez auprès d’artistes comme Fela alors ?

Ce que je voulais au départ, c’était aller en studio avec eux. Voir comment ça se passe. C’est une curiosité qui me motivait constamment. La manière dont née la flamme d’un morceau et ce qui le fait. C’est vraiment cette énergie que je recherchais. Je l’ai vécu avec Fela, mais aussi avec d’autres, comme le congolais Ray Lema. J’apprenais à décomposer ses rythmiques, à mieux les percevoir. Je ne suis pas trop fan d’un cadre « scolaire » des choses. J’ai appris à être producteur sur le tas. Quand un artiste recommençait des prises, c’est là qu’il se passait des choses. Et puis, la musique est une évolution constante.
Prends l’arrivée des synthés dans les années 1980 par exemple. Un boulevard énorme s’était ouvert à nous ! Nouveaux jouets, nouvelles techniques à mettre en place … C’est aussi cela la musique, de l’expérimentation. Ce qui peut prendre du temps. Je me rappelle d’une fois où l’on était parti pour trois heures d’enregistrement avec Don Cherry. Au final on y a passé trois mois !

le dj et son public aux Trans
Entre le Dj et son public : la sauce prend dans la Greenroom. Crédit : Flavien Larcade


Raconter une histoire

Vous semblez avoir une certaine approche de la musique, tout comme une idée de la manière dont doit se construire un morceau. Cela passe par quoi selon vous ?

Je dirais qu’il y a une chose indispensable à mes yeux : il faut que la musique raconte une histoire. Sans cela, je ne collabore pas avec les gens. C’est ce qui fait qu’un son a une âme. La première question que je pose aux artistes, c’est : « qu’est-ce que tu veux raconter ? » À partir de là, tous ceux qui ont un ego plus grand que leur musique, ce n’est pas la peine.


Vous mixez pas mal d’artistes électro, est-ce compatible avec cette définition ?

Bien sûr !  Il y a pas mal de sons électro qui me parlent, et qui pour moi racontent des choses. Je pense à des artistes comme Spice, ou encore Kofee. Je suis très porté sur le Dancehall. C’est une musique qui s’est construite sur les samples, les reprises de morceaux, et déviée du reggae. Il y a de vraies pépites à trouver !
Quand je mixe, je cherche à faire danser tout simplement. Pour cela, je récupère aussi des sons trouvés au Ghana, au Nigéria. J’adore aller digger à droite et à gauche. Ce que je veux c’est du rythme pur et des choses qui me parlent. Je retrouve tout cela chez des artistes comme Babes Wodumo, avec son titre Wololo. C’est ça que je veux pour mes sets.

La sud-africaine Babes Wodumo, avec le titre Wololo

Pour revenir à votre au métier de producteur, comment saviez-vous qu’un son était terminé ?

Tout dépendait des échanges avec les artistes. Des gens comme Don Cherry, cela se faisant en une prise et c’était bon. Après c’est totalement subjectif. Cela, et le fait que l’artiste soit heureux. Mais ce qui me plaît aussi, ce sont les erreurs. Ces petites subtilités dans les sonorités leur donnent une approche ressemblant davantage à celles d’un live. Les fluctuations imparfaites sont réelles, pourquoi les gommer ?


Avec le recul, quels regrets auriez-vous aujourd’hui sur votre carrière ?

Il y en a un qui me vient tout de suite en tête. L’album Sorro de Salif Keïta (1987) aurait pu se faire avec Les Ambassadeurs (groupe malien duquel le musicien a fait parti dans les années 1970 ndlr). On avait fait une maquette, je voyais tellement le résultat, cela aurait pu être très bon. Malheureusement, la maison de disque avait finit par dire non. Salif a donc fait l’album en solo, avec un synthé. Le résultat est tout de même magnifique, mais c’est un gros regret de ne pas avoir vu ce projet aboutir.

Le Dj devant son public
Le Dj alie trouvailles Dancehall et pépites house lors de son set au Hall 4 des Trans Musicales. Crédit photo : Flavien Larcade

En guise de soulagement, il y a toujours possibilité d’écouter une version du fameux  Sorro par les Snarky Puppy. Avec Salif himself au chant, ce qui vaut le détour :

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