Chaunu caricaturiste et humoriste engagé

Humoriste chaque vendredi soir à Caen, dessinateur pour Ouest-France et La Manche Libre, mais aussi aux côtés de Michel Drucker dans son célèbre canapé rouge, Emmanuel Chaunu est un artiste haut en couleurs. Fier de ses origines, il scande haut et fort ses désirs et ses luttes quant à l’avenir du dessin de presse.

Né de parents historiens, Chaunu a toujours grandi dans un monde où il y avait des livres. Dernier d’une famille nombreuse, il se définit lui-même comme « une sorte de bébé médicament » remplaçant l’absence d’un frère mort d’une leucémie à l’âge de 16 ans. Il comprend très vite qu’il a pour unique rôle de faire rire et d’apporter de la joie.

Cette vocation de caricaturiste, et plus largement d’humoriste il la trouvera à l’âge de 6 ans. « Je vais dans la cuisine, et j’y découvre sur la table des titres célèbres que je ne comprends pas (…) et au milieu de tous ces titres très sérieux, il y avait un type qui avait osé dessiné un truc. Ce type c’était Jacques Faizant (grand dessinateur du Figaro– ndlr), il avait dessiné François Mitterrand en toréador essayant de toréer Georges Marchais qui se détestaient. » C’est à cet instant que Chaunu prend conscience qu’il veut faire ce métier, et utiliser le dessin qu’il décrit lui-même comme un véritable don.

Trash et grand public

Admiré par ses camarades de classe et poussé par sa famille et les gens qui l’entourent, Chaunu part pour Paris faire une école de publicitaire où il a appris la construction de l’image. Il commence à faire ses preuves à La Manche Libre, « un comble pour un dessinateur de dessiner dans un journal de manchots », déclare-t-il encore avec malice. Tout s’enchaîne ensuite très vite, l’Agriculture Normand puis des prestations en direct au Mémorial de Caen qui lui vaudront la chance d’être repéré par François Régis Hutin (ancien directeur de publication de Ouest-France). « Après une petite vingtaine d’années de dessins de presse, je me suis retrouvé tous les jours dans Ouest-France puis dans L’Union » avant de se retrouver très récemment sur les bancs de l’école parisienne dans l’émission de Michel Drucker, Vivement Dimanche.

Chaunu est le dessinateur de presse généraliste par excellence qui s’adresse au grand public. Dépendant de sa rédaction, mais complètement trash sur scène ; une double facette qui ne lui déplaît pas. Bien au contraire.

L’actualité réinterprétée par Chaunu tous les vendredis lors de son JT DéJanTé.
« Nous ne sommes pas tous Charlie et nous n’avons pas tous intérêt à l’être »

Quand il évoque Charlie Hebdo, Chaunu prend beaucoup de recul avant de déclarer que Charlie c’était la provocation, mais qu’en même temps, il y avait une menace, et qu’il ne fallait pas se voiler la face.

Pour lui, la religion est revenue en force dans le débat de la caricature très traditionnelle et arcboutée ; « on est encore avec des dessinateurs très issus de 68, qui n’ont pas abordé ce problème et quand ils l’ont fait, ils l’ont mal abordé » finira par conclure Chaunu. Un changement de paradigme ; après Charlie c’est un peu sa conclusion, « la caricature est restée dans ce réflexe d’être contre l’état, la monarchie, mais le problème n’est plus là aujourd’hui à la rigueur contre l’argent, le macronisme »

Charlie a fait revenir le dessin de presse sous les feux de la rampe, mais ça ne veut pas dire qu’il se porte bien, puisque pour lui tout le monde a oublié Charlie depuis le Bataclan. Lorsqu’il évoque ces évènements, Chaunu parle de gêne, « « Je suis Charlie » ne veut rien dire, c’est juste que je suis contre le meurtre et pour la liberté d’expression. Après Charlie, les gens n’ont pas réfléchi, nous ne sommes pas tous Charlie et nous n’avons pas tous intérêt à l’être, il y a eu une grande orchestration alors que tout cela demeure très complexe. »

Après le 7 janvier 2015, Chaunu a rendu hommage à sa façon à Charlie Hebdo.
« Pas de caricature sans culture »

Ainsi la caricature ne peut être comprise sans culture, et c’est donc ça tout l’enjeu du dessin de presse à l’heure actuelle. Chaunu sait d’ailleurs bien de quoi il parle puisque, juste après les évènements de Charlie, il s’est rendu dans les écoles face à 500 lycéens qui étaient tous contre Charlie. « Pour les gamins, les caricaturistes étaient les ennemis de l’Islam », explique-t-il. C’est sur ses enjeux éducatifs que repose tout l’avenir du dessin de presse. Pour Chaunu il paraît dès lors primordial d’inventer d’autres choses pour réinventer le genre. « Depuis Charlie il n’y a pas eu de changements, les journalistes sont entre eux, ceux qui font de l’info sont à Paris. La province reste, quant à elle, sous tutelle. » Casser les frontières, les codes c’est son credo.

Plein de désirs et de révoltes singulières, Chaunu tente à travers son travail de les défendre de façon plus au moins décalée. Selon lui, le dessin est un décalage et c’est ce qu’il adore par-dessus tout. « Je veux être un type complètement normal alors que suis timbré et que je peux déraper à tout moment. Je veux être le vendeur chez Opel qui dérape, parce que c’est ça qui est drôle. » Dans un climat de plus en plus anxiogène, il s’agit de faire rire, sourire : « Aujourd’hui il se passe tellement de choses caricaturales que l’on revient presque à notre métier premier, celui de la photographie. Les hommes politiques sont tellement ridicules, qu’ils travaillent à notre place, c’est un autre monde », conclut Chaunu. Le principal est donc d’incarner ce que l’on est, et c’est ce qu’il pratique avec brio lors de ses spectacles.

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