La musique libératrice de Nakhane

Depuis sa résidence aux Transmusicales de Rennes et la sortie de son premier album, You Will Not Die, une effervescence plane autour de ce nom (prononcé « Nakhané ») encore méconnu en France. Originaire d’Afrique du sud exilé à Londres, Nakhane est déjà un artiste complet et pluridisciplinaire à la vie digne d’un roman. Nous sommes allés le découvrir sur scène lors de son passage le 29 mars à Paris au Café de la danse.

Plaisir désespéré

C’est d’abord sa voix singulière, envoutante et mystérieuse, qui capte l’attention. Un timbre androgyne légèrement voilé à la tonalité soul alliée à des envolées pop. Nakhane est aussi multi-instrumentiste, à la fois pianiste, guitariste, « steel-drumiste », etc. Ses mélodies sont riches de diverses influences où s’entremêlent les sonorités africaines aux arrangements électro. C’est peut-être l’unique déception de le voir accompagné sur scène de seulement deux musiciens (un batteur et une claviériste), en comparaison de la pluralité instrumentale de son album. Néanmoins, Nakhane est un artiste de scène, il incarne sa musique corps et âme.

Vêtu de noir laissant apparaître un harnais en cuir sous sa veste de costume, il ouvre le concert avec « Violent Measures ». Debout au piano, son visage de sphinx semi-éclairé, il entonne d’une voix douce : « Je ne lui ai pas donné de nom, je n’en avais pas besoin pour exister. Les temps désespérés appellent aux plaisirs dérobés, oui c’étaient des mesures violentes ».

Nakhane et ses musiciens. Photo : Milena Manneville
Vivre librement sa sexualité

Viennent ensuite « By The Gullet » puis « Interloper », Nakhane laisse son clavier pour danser avec sensualité au rythme de la batterie. Sur des chœurs gospel, ses paroles rapprochent le plaisir charnel à l’extase mystique. Issu d’une famille catholique, il a bravé les interdits de ses croyances pour vivre librement son homosexualité.

Sur les titres « Fog » et « Presbyteria », il évoque son rapport difficile à la religion, une manière de s’exorciser des traditions conservatrices. Entre deux morceaux, il échange avec le public et glisse en souriant : « Je me sens tellement heureux de performer ici ce soir, c’est comme juste avant de jouir, vous voyez ? ». Nakhane se plaît à provoquer ses détracteurs, ces mêmes personnes qui le menacent de mort en Afrique du sud.

Le magnétique Nakhane. Photo : Milena Manneville

Son interprétation de « Teen Prayer » est l’un des points d’orgue du concert. A travers le silence et les notes de piano, la voix de Nakhane survole la salle laissant les spectateurs suspendus d’admiration. Il clôt le concert torse nu sur une dernière course enfiévrée avec « Clairvoyant ». Ce soir-là, c’est un artiste aventureux, plein de promesses, que nous avons pu découvrir dans l’intimité d’une petite salle.

La prochaine fois, nous espérons le revoir sur une plus grande scène entouré d’un orchestre entier, d’un ensemble de choristes, et de se prendre à nouveau, dans toute sa dimension, « l’effet Nakhane ».

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