Le jazz est arrivé il y a cent ans en France, mais il est devenu populaire il y a seulement 70 ans

Le jazz est né à la fin du XIXe siècle dans les contrées lointaines du sud des Etats-Unis (Nouvelle-Orléans). Établi par les esclaves afro-américains, influencé par les coutumes festives de l’Afrique de l’ouest, du Congo, des offices dominicaux dans l’église catholique américaine, inspiré du gospel et de l’apprentissage de « nouveaux » instruments (tels que le violon et le piano), la pratique du jazz s’étend au cercle des musiciens. Puis elle débarque en France en 1917-1918. Mais elle ne devient populaire que 30 ans plus tard.

James Reese Europe et les Harlem Hellfighters — Underwood & Underwood. National Archives at College Park – Still Pictures.

Avril 1917. Les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne. Quelques mois plus tard, les premiers soldats américains débarquent sur les côtes françaises et anglaises. C’est ainsi que le jazz américain débarque en France, au détour d’un premier concert joué le 12 février 1918 dans les rues de Nantes (quartier Graslin) avec James Reese Europe, ambassadeur du jazz américain et les Harlem Hellfighters, des soldats et musiciens américains à la belle réputation outre-Atlantique. Mais c’est surtout à partir des années 1930 que le jazz se popularise en France, que les différentes strates de la société peuvent enfin accéder à un art qui était jusque là réservé aux spécialistes (voire les élites).

« La création du Hot club de France en 1932 en est le premier signe concret. Cette association regroupe les premiers amateurs et est destinée à assurer l’éducation musicale du futur public par le biais de conférences-auditions au cours desquelles des amateurs confirmés décrivent les règles de la nouvelle musique » (Ludovic Tournès, dans la Revue historique).

Le Jazz hot

Puis vint, en 1934, la publication de l’ouvrage Le Jazz hot, écrit par Hugues Panassié (fervent admirateur de Louis Armstrong). En France, c’est le pape du jazz des années 1940. Celui, qui, l’année suivante, entraînera la création de la première revue spécialisée en la matière : Jazz hot. Il s’adresse aux amateurs de ce nouveau genre musical, légitimiste un nouveau courant, enfin, conquiert le public, peu averti au genre. La revue demeure toujours. En 1937, le tout premier label de jazz français appelé Swing propose aux artistes de financer la production de leurs disques.

Un renouvellement du paysage musical

Un tournant qui amena cette même année la création d’un tremplin musical destiné aux amateurs pour faire leurs armes et rebondir, si le talent et la reconnaissance le leur permet, dans le monde professionnel de la pratique du jazz. L’apparition de ces structures dans un laps de temps restreint a été favorisé par deux facteurs :

« Le premier est l’américanophilie qui est à son zénith à la Libération et joue en faveur de tout ce qui vient d’outre-Atlantique. Le deuxième est l’essoufflement du paysage musical populaire français, qui va trouver dans le jazz les éléments d’un profond renouvellement. Le processus a déjà commencé avant 1939, symbolisé par Charles Trenet qui, le premier, a introduit les rythmes de la nouvelle musique dans la chanson française [gamin, sa mère lui jouait des standards de jazz au piano, entre autres, « Hindustan » d’Oliver Wallace n.d.l.r] », précise Ludovic Tournès, professeur d’histoire internationale, qui a étudié à l’école normale supérieure en 1989, obtenu son agrégation d’histoire en 1991, son doctorat en 1997. L’industrie du disque et ses mutations du monde moderne au monde contemporain fait partie de ses recherches et publications notables.

Dans La La Land aussi

Après la Seconde guerre mondiale, une poignée d’intellectuels français que sont Jean Cocteau, Boris Vian et Blaise Cendrars écrivent sur le genre, s’appliquent à le démystifier, le rendre d’autant plus accessible au fur et à mesure que les musiciens qui rejoignent le mouvement proviennent d’horizons différents. Certains d’entre eux se mettent à y jouer par la suite.

A la fin des années 1940, lorsque le club de jazz Le Caveau de la Huchette ouvre ses portes dans le quartier latin de Paris, de nombreux musiciens de jazz américains (Lionel Hampton, Count Basie, Art Blakey) et français (Claude Luter, Claude Bolling) s’y établissent. Un lieu d’échange et de célébration de la musique. Le même lieu qui a fait une apparition dans l’une des dernières scènes du film de Damien Chazelle, La La Land  (2016).

caveau de la huchette
Le Caveau de la Huchette à Paris, dans les années 1950.

Aujourd’hui, la France compte parmi ses muses des hommes tels que Martial Solal, Ibrahim Maalouf, Biréli Lagrène et des jeunes femmes comme Airelle Besson, Camille Bertault, Sophie Alour. Notons qu’en 2008, une étude annonçait que seulement 8 % des musiciens de jazz sont des musiciennes.

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