Cigarettes After Sex : «L’acoustique dès 3h du matin est incroyable»

Quelques verres après leur set intimiste sur la scène du Pitchfork Music Festival, nous avons rencontré Cigarettes After Sex. Le groupe le plus nocturne de notre génération nous raconte son pèlerinage. 

Cigarettes After Sex… Une affaire que l’on suit depuis 2012, depuis la sortie du fameux EP, devenu mythique ! 

Greg Gonzalez (chant, guitare) : Merci, c’est génial, vous avez une vue royale sur notre évolution.

Ce premier album semble être le résultat d’un travail mûri pendant de nombreuses années. N’êtes-vous pas un peu « possédés » par ces morceaux, depuis le temps ? 

Greg Gonzalez : Effectivement. Certains titres comme Young & Dumb et Flash sont plutôt vieux. Ils ont été écris en 2012, lors de la composition de notre EP. Mais ils n’ont jamais été satisfaisants et ont les a laissé de côté quelque temps. Je suis content qu’aujourd’hui ils puissent figurer sur l’album, ça veut dire qu’on a réussi leur intégration.

Comment vous êtes-vous donnés le feu vert pour un album ?

Randy Miller (basse) : En fait, on y réfléchissait depuis 2015…

G.G : Mais ça n’a pas fonctionné. Les deux survivantes ont été Affection et Keep On Loving You, que nous avons dévoilé et qui, mine de rien, ont mené la danse pour la suite. On a gardé le feeling global de ces morceaux et je crois que ça a été notre tremplin.

R.M : Indéniablement. Affection a été la ligne directrice des notre session d’enregistrement.

Vous êtes plutôt à composer le jour ou la nuit ? Je crois que la réponse est évidente… 

G.G : La nuit, sans hésiter. Elle est imbattable. 

R.M : En plus de nos relations amoureuses, l’album a été notre partenaire nocturne. À partir de minuit, on a commencé à se prendre au sérieux et à écrire.

G.G : La nuit, tout est calme, tout se métamorphose. Cela laisse suffisamment de place à la musique, alors elle prend forme et peut « sonner ». L’acoustique dès 3h du matin est incroyable.

Nous avons écouté un « album perdu » de Cigs sur YouTube, intitulé Roman 13:9… Il est très rock, comparé à vos sonorités actuelles. Cette période est-elle révolue ?

G.G : Woaw ! Je suis étonné que vous ayez trouvé cela. Totalement révolue même. Mais ce premier jet est important pour moi. Ça fait partie de la période où j’écrivais seul chez moi, où je jouais tous les instruments. Nous n’étions pas encore un groupe, je gérais tout seul le projet et je pense qu’il n’y avait pas vraiment d’idée directrice… Bref, c’était assez fourre-tout. 

R.M : Cigarettes After Sex est réellement né en 2012 ! 

G.G : Néanmoins, je suis content que cet « album » existe, j’aime toujours ces morceaux et d’ailleurs, nous avons gardé Please don’t Cry, qui apparait souvent dans nos setlists. Un peu modifiée, évidemment. Plus contemporaine.

Romans 13:9 aborde des vibes très « californiennes », avec ces grosses guitares saturées… c’est l’exact contraire de ce qu’est devenu votre groupe aujourd’hui. 

G.G : Ce qui montre que le groupe a évolué. Mais je pense que c’est propre à tous les musiciens : de se remettre en question. On s’est mis sur le droit chemin, en quelque sorte. Je suis heureux aujourd’hui, je me blottis dans nos ballades.

On parle de Cigarettes After Sex comme le parfait représentant du « slow-core »… vous en pensez-quoi ?

R.M : Quand on y réfléchit, c’est un peu comme le slow-motion au cinéma, mais en musique. Un parti pris intéressant. Pourquoi pas ?

J’y pense beaucoup en écoutant votre titre « Opera House ». Cette batterie, incroyable en retenue par rapport aux autres instruments. Y a t-il un message émotionnel qui est transmis à travers vos arrangements ?

G.G : J’ai toujours été attiré par les musiques épurées, aux arrangements simples. Je suis amoureux des ballades des années 50, qui sont très fortes pour moi. J’ai grandis avec. La manière dont j’écris les morceaux est dirigée par ces influences majeures.

« Il existe une romance entre les artistes
et la drogue »

Maintenant que votre groupe est exposé à la célébrité et se produit dans les plus grands festivals, n’avez vous pas peur de la page blanche ? Devoir écrire et composer, alors que vous ne vous sentez pas de le faire, pour répondre à une demande forte ?

G.G : Jamais, ou très peu. On commence déjà à réfléchir à la suite, et on essaye de garder un peu les pieds sur terre. L’objectif est de vivre au maximum avec notre premier album. Après, on entamera une nouvelle histoire.

R.M : Le groupe a d’ailleurs commencé quelques nouvelles sessions en juin dernier. Tout est venu naturellement, de manière très libre. L’année prochaine sera la bonne.

G.M : Promis, on ne va pas disparaître.

Avec qui avez vous grandi en musique ?

R.M : Le bassiste James Jamerson, qui vient du fameux label Motown. Étant petit, j’étais fasciné par ses sons, ses notes de basses si simples mais qui vont droit au but. Aujourd’hui, je m’en inspire énormément. Aucune note n’est gâchée.

G.G : Mes inspirations brassent large, ça peut aller de Flamingos à Cocteau Twins, en passant par du free jazz totalement déstructuré et de l’expérimentation à la Miles Davis.

Le jazz, c’est important pour vous, non ?

G.G : Pour tout vous dire, j’ai été un jazz-man fut un temps, je composais des ballades sans grande envergure, c’est une époque qui appartient au passé.

« Cigarettes After Sex », ça ne s’entend pas tous les jours…

G.G : Le sexe ? Effectivement (rires)

Je trouve ça catchy, ça attire l’attention mine de rien !

R.M : C’est très connecté à nos vies personnelles.

G.G : Ce sont des mots qui caractérisent la relation humaine. La cigarette et le sexe, deux choses qui ponctuent la vie de beaucoup d’entre nous, non ? Le nom m’est venu comme une évidence. C’était le petit matin, ma partenaire et moi avions eu de beaux ébats et elle me regardait dans la pénombre, allumant une cigarette. « Cigarettes After Sex »… ça m’a frappé, ça s’est affiché devant moi comme un titre de film… oui, c’est très mêlo-dramatique, mais c’est arrivé. 

Les relations, un thème central notamment dans Affection, où vous parlez d’un homme sous l’emprise de l’alcool, qui est empreint de l’amour…. 

G.G : Oui… c’est moi (rires). Je ne joue jamais un personnage. En fait, ces morceaux me permettent de bâtir un bilan personnel.

La musique est une drogue douce pour vous ?

G.G : Totalement. Quand on arrive sur scène, on est pris par l’adrénaline. 

Vous consommez de la drogue avant, et après un concert ?

R.M : On a jamais essayé. On veut être pro. Faire un bon concert, quoi. Il faut réussir à transmettre notre musique. En voyant flou, on y arriverait pas ! C’est du respect pour le public. Je pense qu’il existe une sorte de « romance » entre les artistes et la drogue, une sorte de fascination. Pas avec nous, du moins, pas pour le moment.

Pourquoi ne pas avoir nommé plus précisément votre album ?

G.G : On voulait qu’il soit dirigé par une idée simple.

R.M : C’est l’officialisation de quelque chose. Autant le nommer comme le groupe, non ? Comme ça, il est ancré dans une période bien particulière. Celle du premier album, tout simplement.

G.G : Le prochain album sera d’autant plus personnel qu’il devra porter un nom différent.

*une table tombe au loin et provoque un vacarme*

G.G : On l’appellera « Table » (rires)

Vous êtes heureux en tournée ?

R.M : On respire. On vit beaucoup de choses incroyables.

Que vous inspire cette ville lumière ?

G.G : Des grands noms, des grands esprits. Debussy, Gainsbourg… Le cinéma français, comme la nouvelle vague avec Truffaut, ou Godard. C’est comme si j’avais toujours été impressionné par cette ville, particulièrement lorsque elle est illuminée, la nuit.

Si vous deviez composer la bande-originale d’un film, dites-nous en plus ?

G.G : Les films de science fiction intimiste, sans trop d’effets spéciaux. Ils possèdent une ambiance toute en retenue, fournie en non-dit et ils cultivent un mystère qui nous touche. Je pense à ces longs travellings, contemplatifs. C’est un peu ce que nous souhaitons transmettre, au fond, avec notre musique.

Votre musique est cinématique, c’est volontaire ?

R.M : La vie est comme un long film, non ?


Cigarettes After Sex, l’album éponyme, disponible chez Partisan Records. Merci à l’organisation du Pitchfork Music Festival d’avoir permis cette rencontre.

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