swiss made

Un court-métrage illustre la démolition de la nature par le tourisme

Dans une vidéo de deux minutes trente deux, Sophie Wietlisbach, une graphiste Suisse, aborde le thème de la déconstruction d’espaces sauvages remplacés par des lieux destinés au tourisme de masse. Des images saisissantes.

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Le village alpin.. avant sa démolition au bulldozer.
Vous avez réalisé cette année « Swiss Made », un court-métrage de deux minutes trente deux qui sera diffusé mercredi 8 et samedi 11 novembre dans la catégorie OVNI du 32e festival européen du film court de Brest (à 21h30 au petit théâtre du Quartz). Vous y évoquez un rapport de force entre la nature, sa démolition, et par-dessus, la reconstruction d’édifices. De quoi s’inspire votre film ?
Sophie Wietlisbach : J’ai choisi le titre « Swiss made » principalement pour deux raisons : tout d’abord parce que c’est concrètement et tout simplement ce qui se passe actuellement en Suisse. Ensuite parce que, contrairement à d’habitude et à l’image qu’on en fait, ce « swiss made »-ci ne désigne pas un produit élégant, soigné et de bonne qualité, mais plutôt une accumulation enfiévrée d’installations inutiles pour créer un maximum de profits à court terme. Et un titre en anglais, pour englober la mondialisation et le tourisme international.
Ce sont donc des faits réels ?
C’est une carte postale animée qui condense une réalité caricaturée. A travers mes recherches pour mon travail théorique, j’ai rassemblé une importante quantité d’informations, et j’ai dénombré un bon nombre de projets aberrants qui colonisent les hauteurs. La mode y est au superlatif. Partout, des ponts suspendus, des plate-formes panoramiques en verre transparent, des téléphériques tournants, des hôtels titanesques, concurrencent pour l’appellation : « le plus long/le plus haut/le plus grand ». J’ai décidé d’aborder le sujet par l’humour, mais avec du sarcasme et de l’ironie.
Est-ce un appel pour certains à renouer avec la nature ?
D’une certaine manière, oui. Le clin d’œil final rappelle que les grands investisseurs et les professionnels du marketing savent comment tirer du profit de n’importe quelle situation et que le paysage lui-même n’est en réalité qu’un prétexte. Raison de plus pour laquelle il est temps de se mobiliser pour protéger nos paysages.
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Le village alpin.. un peu après sa démolition au bulldozer.
Vous avez réalisé ce court-métrage dans le cadre de vos études. Pourquoi avoir choisi le court-métrage plutôt qu’une autre forme de récit sur ce thème ?
J’ai réalisé mes études en communication visuelle à la Haute École des Arts de Berne. J’ai réalisé ce film dans le cadre de mon travail de Bachelor (c’est à dire mon travail de fin d’études). Contrairement à mon intention initiale de faire une publication pour dénoncer et critiquer cette face ternie des Alpes, j’ai réalisé qu’un court-métrage serait beaucoup plus approprié. Ce support permet de communiquer une idée de manière rapide et efficace à un large public. J’ai décidé de travailler sur le paysage alpin suisse, et plus précisément sur l’influence des diverses lois et réglementations qui contribuent à l’apparence de notre paysage ainsi que sur la modification de la perception du paysage à travers les installations et infrastructures touristiques. L’utilisation et l’avenir de nos montagnes sont des sujets qui me tiennent à cœur et sur lesquels j’avais envie de m’exprimer. Le film utilise de codes esthétiques inspirés du langage touristique. Les couleurs vives et la musique entraînante contrastent avec le portrait tragique que je tire de nos Alpes.
Techniquement, comment-vous y êtes-vous prise ?
Tout est fait à la main. Il est composé d’éléments d’images trouvés sur internet ou dans des dépliants touristiques, qui ont ensuite été imprimés, découpés et arrangés pour créer un paysage. Les bouts de papiers sont déplacés au fur et à mesure, selon la technique du stop motion : on déplace de quelques millimètres, on prend une photo, on déplace à nouveau, on prend une photo, on déplace, on prend une photo, etc… le mouvement se crée. Au total, ce sont plus de 1 200 photos mises bout-à-bout. Les photos sont ensuite placées dans un programme de réalisation de film (Première Pro) pour pouvoir y ajouter les bruitages, le son, le générique… que j’ai réalisés seule. Le tout m’a pris un peu moins de 3 mois.
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