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Mayerling : une musique influencée par la mélancolie et le gaming

Mené par Rodolphe Bary, Mayerling est un projet musical qui convie le gaming, la pop et le rock. Six ans après son premier album, il sortait, le 30 octobre, son deuxième opus, I Live Here Now, qui a tout d’un titre et les consonances d’un Bowie.

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La pochette de l’album de Mayerling, I Live Here Now, signée Hublot.
Efflorescence Culturelle : Première chose qui saute aux yeux, ta pochette ! Elle est très élaborée. Qu’est-ce qu’elle peut bien signifier ?

Mayerling : Elle a été faite par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Je côtoyais l’un des deux dans le cadre du boulot, et j’aimais beaucoup ce qu’il faisait. Je lui ai demandé si ça l’intéressait de faire une pochette. Il a écouté la musique et m’a dit qu’il était partant. C’était important pour moi d’avoir un visuel qui corresponde bien à l’univers musical que j’étais en train de créer. J’ai essayé de lui expliquer de quoi parlait le disque, qu’il y avait une notion de perception de la réalité, de besoin de distance et de retrait du monde, c’est le thème dans plusieurs chansons de l’album. Il y avait aussi cet autre côté de pas toujours se sentir à l’aise dans certains espaces sociaux, de trouver une sorte de monstruosité parfois dans les environnements sociaux qu’ils soient dans la réalité physique ou web.

A partir de ça, les deux illustrateurs ont eu l’idée d’arborer une tenue de monstre pour sortir de soi et à l’extérieur. Parmi les dessins proposés, j’ai retenu l’actuel, avec un intérieur assez « psyché », où un homme revêt son costume de monstre qu’il est en train de repasser pour pouvoir sortir et aller dans un espace où il va pouvoir affronter le réel.

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Un monstre tout en poils, également dessiné par Hublot.
Il a un air de famille, ce monstre… L’a t-on déjà vu ailleurs ?

Ce qui est amusant, quand ils ont commencé à faire des preuves, le monstre me faisait penser au Roi Jaune dans la première saison de True Detective que j’étais en train de regarder. Je suis super content du travail qu’ils ont fait pour la pochette.

Dans tes musiques Kid et Renaissance, tu portes des thèmes évocateurs, comme un mal être de la société, des personnes qui se renferment sur elles-mêmes… Sans pour autant être de la dénonciation.

Oui, et ce qui est drôle, c’est que certains textes ont été écris par François Gauer (ils se sont connus dans le groupe Folks) qui chante aussi sur quelques chansons de l’album. On s’est rejoint sur la même idée de la solitude et de repli. Ce n’est pas de la dénonciation, mais davantage du ressenti. Dans cet album, il y a plus de mélancolie et de nostalgie que d’envie de révolte. La mélancolie dans la musique, euphorisante et esthétique, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé, que ce soit dans les années 1960-1970 ou même plus tard dans Depeche Mode, Portishead ou les Zombies, et même dans pas mal d’instrus hip hop. C’est une influence majeure.

Quel virage as-tu voulu entreprendre ici, après Confession, ton premier album paru en 2011 ?

Avec du recul, j’ai remarqué que dans mon premier disque, je mettais trop d’arrangements. Sur I Live Here Now, je me suis concentré sur le travail des matières sonores. J’ai voulu faire quelque chose de très simple. Finalement, c’est un peu compliqué d’analyser la globalité du disque. On ne peut pas dire que c’est de la musique expérimentale non plus, mais il y avait ce parti pris de vouloir faire quelque d’un peu brut et sensitif, c’est-à-dire un peu noir, et pas toujours joyeux. Le morceau Z est pour moi le fil directeur de l’album. Une fois que je l’ai fini, j’ai compris ce que je voulais faire sur l’ensemble du disque.

Es-tu inspiré par d’autres arts que la musique pour l’aspect créatif ?

Oui, par l’univers du jeu vidéo. J’ai toujours joué et ait été influencé par des sonorités du retrogaming, plutôt des années 1990. J’ai même racheté une vieille game boy, il y a trois semaines. Je joue à Tetris et Super Mario Land 2 dessus. A l’époque, elle n’était pas rétroéclairée, je ne sais pas comment on faisait d’ailleurs, mais il y a des gens qui la retapent et j’ai réussi à en acheter une rétroéclairée. Donc ça m’intéresse énormément comme univers, d’ailleurs à un moment j’ai essayé de faire un titre, mais je n’y suis pas arrivé, sur Shadow of the Colossus, un jeu qui m’a marqué artistiquement sur PS2.

Quels artistes tournent dans ta playlist aujourd’hui ?

J’écoute pas mal de vieilleries en plus de celles que je t’ai citées précédemment. Il y a Nirvana surtout, que j’ai écouté très jeune, et ça c’est indélébile. Il y a aussi des artistes qui m’ont marqué plus récemment. Dans les années 2010, il y a eu James Blake. Ou encore Oneohtrix Point Never. Ce que j’aime beaucoup dans ce projet là, c’est qu’il y a ce côté de recherche musicale électronique, plus que pop song. Il véhicule des émotions un peu particulières. Ça fait du bien d’écouter des choses qui ne sont pas formatées. Rien à voir, mais j’écoute beaucoup en ce moment des podcasts d’émissions de France Culture comme « Du grain à moudre » et « Le tour du monde des idées ». D’autres émissions un peu geek, aussi, comme « Le rendez-vous tech » et « The vergecast ».

De nos jours, la musique qu’on fait est-elle mieux ou plus mauvaise que celle d’hier ?

Je ne peux pas dire que la musique qu’on fait aujourd’hui est moins bien que celle qu’on faisait hier. J’ai pas de nostalgie en me disant que je n’ai rien entendu de bien depuis 15 ans. Pour moi, plutôt le constat, c’est qu’il y a énormément de choses qui sortent à notre époque. A tel point que j’ai l’impression de me perdre dans les recommandations. Quand tu te mets à regarder la playlist des nouveautés rock indé, tu vas trouver une liste à n’en plus finir, pareil dans le hip hop et l’électro… Du coup, il faudrait que je passe pas mal de temps à fouiller. Vu les moyens qu’on a pour faire de la musique aujourd’hui, ça s’est tellement démocratisé que, finalement, si t’as vraiment envie, juste avec un PC tu peux sortir un disque.

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