Emmylou Prevett

Rencontre avec Emmylou Prevett, programmatrice française de la chaîne Vevo

Emmylou Prevett pilote un beau paquebot nommé Vevo. Dans son cockpit basé à Londres, elle fouille les tréfonds de l’Internet. De YouTube aux blogs d’influence, de Dunkerque à Toulon, aucune frontière n’arrête ses recherches en quête de la perle rare.

Efflorescence Culturelle : Votre métier, c’est un peu un métier de rêve pour ceux qui aiment découvrir des nouvelles musiques. Quelle formation avez-vous suivi pour devenir aujourd’hui programmatrice chez Vevo ?

Emmylou Prevett : En effet, c’est un métier de rêve, je sélectionne mes artistes comme si c’était mon propre petit festival, je voyage beaucoup à Paris pour les tournages de nos contenus originaux ou pour rendre visite aux maisons de disques. Mais c’est également un boulot monstre car je suis la seule représentante de Vevo pour la France, donc je porte plusieurs casquettes (relations labels, programmation, éditorial, réseaux sociaux, production, analyses data…). Il y a 10 ans, je faisais des études de droit à Assas qui ne me plaisaient pas du tout. Une amie travaillait à l’époque à la maison de disque PIAS à Paris, où j’ai postulé pour un poste de stagiaire marketing. J’ai découvert un nouveau monde et une nouvelle famille, puis j’ai débarqué à Londres pour faire un Master de Music Business à Westminster, tout en travaillant à mi-temps dans différents labels comme Warp Records, Universal et Disney Music. Deux ans plus tard avec mon diplôme en poche et quelques expériences dans ces différents labels, j’ai été embauchée en tant que French Editor and Content Manager à 7digital, une plateforme de music mp3 et streaming, puis je suis arrivée à Vevo il y a deux ans.

Quels étaient les besoins de Vevo lorsque vous avez été recrutée en tant que programmatrice de la chaîne ?

Vevo était à la recherche d’une personne de nationalité française vivant à Londres, afin d’intégrer leur équipe Internationale de Contenu et Programmation (Original Content and Programming), qui avait déjà de bonnes relations avec les maisons de disques françaises et connaissait bien le marché de la musique, les classements et les tendances actuelles en France. Un bon niveau d’écriture (pour tout ce qui chroniques de musique et traduction) était également exigé. J’ai maintenant plus de 10 ans d’expérience dans l’industrie de la musique française et anglaise (ayant travaillé pour diverses maisons de disques comme PIAS France, Warp Records, Universal mais également pour une plateforme anglaise de musique) donc j’avais les qualifications nécessaires pour ce rôle. Je n’avais pas d’expérience de production, c’est quelque chose que j’ai appris sur le tas à Vevo.

Le groupe français Juniore dans la dernière live session de Vevo France sortie en août.
Comment se déroule une journée type à Vevo lorsque vous faites votre sélection ?

Les sessions dscvr donnent l’opportunité aux artistes émergents français de présenter un de leurs morceaux dans un environnement live épuré. Étant donné que je ne suis pas présente physiquement sur le territoire français, j’organise généralement un tournage de 2 jours tous les 6 mois, pour avoir 2 séries d’artistes dscvr par an. Lorsque je commence la préparation d’un nouveau tournage, j’enquête d’abord sur les nouveaux artistes à suivre pour créer ma sélection. Je demande généralement aux maisons de disques françaises quelles sont leurs nouvelles signatures. Je fais des recherches sur plusieurs sites et blogs, je regarde le nombre d’écoutes Spotify et YouTube d’un artiste, leur présence sur les réseaux sociaux, je contacte certains artistes ou management non signé. Ce mois-ci, j’ai du faire mon choix parmi une liste de plus de 100 artistes ou groupes émergents, ce qui n’est jamais chose facile car j’aimerais tous les prendre ! Mais je n’ai malheureusement que 8 places par tournage. Une fois ma sélection faite, je travaille avec la boite de production Left Productions pour organiser le choix du lieu de tournage, l’équipe, les plannings des artistes pendant le tournage, les setups techniques, le budget…

Avez-vous des contraintes particulières pour émettre votre sélection ?

Les artistes que je sélectionne doivent être émergents, c’est à dire qu’ils viennent de sortir un premier single ou un EP, et sont en phase de sortir un premier album. Il est rare que je sélectionne des artistes avec déjà 2 ou 3 albums derrière eux, sauf si j’ai un vrai coup de cœur et que je vois qu’ils commencent tout juste à percer. J’essaie également de prendre des artistes signés chez différentes maisons de disques, afin d’avoir un vrai équilibre entre les artistes signés en major (Universal, Sony…) et les artistes signés chez des plus petits labels indé. Que les artistes chantent en français ou en anglais m’est égal, du moment qu’ils apportent quelque chose de nouveau à la scène française.

Sur la playlist de « new indies », pas moins de 650 vidéos clips d’artistes comprenant des moins connus (The Pale White, Banfi, Chaos Chaos…) et des plus connus (Grizzly Bear, Wild Beasts, Haim, Nothing But Thieves et même… Depeche Mode).
Vevo possède plusieurs chaînes comme Vevo France, Vevo dscvr, d’ailleurs on adore la sélection « new indies », comment sont-elles gérées ?

Ces chaines sont gérées par le Content and Programming Manager de chaque territoire. La chaîne YouTube de Vevo France est donc gérée par moi-même (je la met à jour toutes les semaines avec les nouveaux clips et contenus originaux propres à Vevo France), les chaînes Vevo dscvr et “new indies” sont gérées par le programmateur anglais de la même manière.

Quels sont vos coups de cœur du moment dans votre programmation ?

En terme d’artistes dscvr de mes anciennes sélections, j’ai eu un coup de cœur pour la soul d’Adam Naas et l’énergie de KillASon. Pour la prochaine série, je suis très impatiente de tourner avec Eddy de Pretto et Tim Dup, parmi tant d’autres. J’assiste également de temps en temps aux tournages dscvr anglais, qui ont lieu une fois par mois (plus fréquemment qu’en France) – j’ai beaucoup aimé le rappeur Benny Mails et la chanteuse Raye parmi leur dernière sélection.

Adam Naas, le dernier coup de cœur d’Emmylou Prevett sur son sulfureux titre « Fading Away ». Retrouvez notre review ici.
Crédit photo une : Edward Cooke @WMA

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