Michel Hazanavicius

Rencontre nostalgique avec Michel Hazanavicius

Alors que son nouveau film, Le Redoutable, est sorti en salle le 13 septembre dernier, Michel Hazanavicius est revenu sur sa carrière, lors d’une rencontre exceptionnelle, organisée jeudi par le cinéma Jean Eustache à Pessac (près de Bordeaux).

La série OSS 117 : un succès lié à la parodie 

D’abord lancée avec OSS 117, la carrière de Michel Hazanavicius accepte et prône l’envie d’intégrer ce qu’il nomme « des pics de comédie » dans ses productions cinématographiques, et c’est ce qu’il s’emploie à faire dans bons nombres de ses films. OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, et Rio ne répond plus, tel qu’il le confie, mettent en scène un personnage arrogant, qui a une perception du monde arabe caricaturale, mais qui parvient aussi à susciter l’attachement chez le spectateur. La comédie, tournée en Afrique, a du intégrer une représentation de l’Égypte traditionnelle, alors qu’il note effectivement qu’en France à cette époque, la question du voile par exemple était activement controversée. La démarche n’a en effet pas été simple. « Le scénario fût refusé par quatre réalisateurs, il me semble, au moins », nous confie-t-il. Tout le but du travail était alors de faire passer ce type de mannes, que l’on donne à voir habituellement dans l’espace privé, dans un espace public hostile à ce genre de représentations. « Il fallait donc protéger ces mannes ci, notamment dès la réécriture du scénario », nous dit-il. Les violences devaient être suggérées, seulement, jamais montrées.

La série OSS 117 délivre également une image de la France. Nostalgique des Trente Glorieuses, le film participe à renverser cette image. Pour le réalisateur il est important de mettre en avant les clichés. Il évoque une volonté de développer l’auto-dérision en France, bien peu présente. Le but est alors, dans cette image qu’il délivre de la France, d’équilibrer nostalgie et réalité. « Il ne faut pas croire que c’était mieux avant, il faut casser cette nostalgie de cette époque », exprime-t-il.

Jean Dujardin, dans OSS 117

Ce film nous amène aussi à nous interroger sur le personnage de Jean Dujardin. « Il y a beaucoup d’innocence dans son personnage. Il passe pour un bon gars mais pas il n’est pas là à la bonne époque. Il n’est pas conscient que tout ce qu’il dit est politiquement incorrect. Les années 50 légitiment le fait que l’on continue de penser que son comportement n’est pas voulu. » En Sibérie, lors de la présentation du film, Michel Hazanavicius a souhaité prévenir les spectateurs de la personnalité dérangeante de Hubert, incarné par Jean Dujardin. « Le lendemain du visionnage du film, nous dit-il, un spectateur vient me voir et me dit qu’il a adoré mon film, mais ne comprend pas pourquoi j’ai présenté Hubert comme un con. »

D’où vient cette balance constante entre premier et second degré, entre parodie et hommage ? « Je n’ai pas de mentor, mais par éducation familiale, je n’ai pas tendance à juger les gens, ce qui laisse des lectures très ouvertes au film, car je ne juge jamais le personnage de manière définitive. Je préfère laisser les gens avec leur intelligence. » Le spectateur greffe son imagination, son mode de lecture à l’image qu’il interprète de fait. Ainsi, il participe à la narration du film. Michel Hazanavicius, bien qu’il propose une multitude de lectures différentes aux spectateurs, prône particulièrement l’utilisation du second degré, d’où émane une distanciation par rapport aux faits exposés, aux personnages.

La consécration avec The Artist

Comment prépare-t-on un film totalement atypique ? « Le système de financement permet que ça se passe, grâce notamment aux deux films précédents. » Michel Hazanavicius a, de plus, une incommensurable fascination pour le projet, mais surtout pour le format, la manière dont cela fonctionne. En effet, il évoque une adhésion entre les spectateurs et le film muet qui semble beaucoup plus forte, qu’avec un film parlant. Il souhaite alors développer cette expérience intéressante de proximité avec les spectateurs. Au départ il pense à une multitude d’histoires possibles, mais il ne veut pas une histoire qui soit déconnectée du format, de façon à ce que le format se justifie. L’idée était d’attirer un public large sur ce film, c’est pourquoi il choisit Hollywood comme contexte plutôt qu’une ville, qui n’aurait aucun effet sur le public.

Comment écrit-on un film muet ? Michel Hazanavicius nous fait remarquer qu’il a obtenu, grâce à The Artist, beaucoup de prix en tant que réalisateur, mais peu en tant scénariste. Pourtant, la production cinématographique est « beaucoup plus complexe à écrire qu’à tourner. On écrit seulement en image, alors soit tout est confié au jeu de l’acteur, soit à des événements visuels et sonores simples. »

Jean Dujardin et Bérénice Béjo, dans The Artist

Ce genre de film génère aussi une certaine appréhension chez les acteurs. Cependant, « Bérénice (Béjo) n’était pas stressée car elle est venue dès le début avec moi ; elle a accompagné le travail de préparation ; pendant l’écriture, notamment. Elle a aussi beaucoup regardé John Ford, les manières de bouger, etc. »

La sortie de The Artist se traduit par une pluie de récompenses. Le film est d’abord nominé au Festival de Cannes. Au départ, il n’est pourtant pas sélectionné. « Je viens de OSS, donc du monde de la comédie, donc je n’ai rien à faire à Cannes. Mais Thierry Frémaux apprécie le film et il me dit qu’il pourrait bien le sélectionner. Et quand on arrive avec un film léger au Festival, les spectateurs apprécient. L’arc émotionnel du spectateur est amplifié (rires). » Le point positif du film est aussi qu’il ne pose pas le problème de la langue ; ainsi cela lui permet de s’exporter facilement à l’international. Après avoir obtenu le Prix d’Interprétation à Cannes, de nombreux agents américains contactent Michel Hazanavicius ; « c’est à ce moment là qu’on se dit qu’il y a quelque chose qui est en train de se passer. »

Après les Césars, il y a les Oscars. The Artist s’affirme alors comme une consécration unique dans l’histoire du cinéma français. « Quand on se dit qu’on va choper les Oscars, c’est une autre limonade. Mais ce n’est pas l’artiste qui fait le succès du film, ni l’échec, c’est le spectateur, le jury. » La qualité de la mise en scène, du traitement convainc les membres de l’Académie des Oscars. L’image de Hollywood plaît également énormément. « C’est aussi le moment où les blockbusters sont très présents, avec des surenchères d’effets spéciaux, et The Artist rompt avec cette esthétique complexe de superproduction. » Michel Hazanavicius instaure une confiance, une forme de sincérité à travers ce film, qui participe à son succès.

Ainsi, Michel Hazanavicius rompt avec son intérêt pour la comédie. En effet, le format est plus propice au mélodrame qu’à la comédie. « On n’éclate pas de rire dans The Artist, c’est un autre film, c’est autre chose que OSS. »

Et après ?

Qu’est-ce qui produit un basculement vers la réalisation d’un film comme The Search ? « J’avais co-produit et co-écrit, juste avant OSS, un documentaire sur le génocide Rwandais, durant lequel des rencontres me font remarquer que mon empathie pour ces populations est forte. Avec un Oscar dans la main, j’ai la possibilité de faire ce que je veux. » The Search est moins efficace en termes de carrière mais est intéressant à traiter. « Ce n’est pas un film de guerre, mais un mélodrame sur la guerre, qui est à hauteur d’homme et de femme. Cela clôture un projet vieux de huit-dix ans qui bouillonnait dans ma tête. »

L’accueil de The Search est beaucoup moins enthousiaste que pour OSS 117, mais Michel Hazanavicius bénéficie d’une étiquette qui n’est plus la même ; après The Artist il a maintenant sa place à Cannes, comme le prouve une nouvelle fois Le Redoutable, actuellement en salles.

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