mon garçon

Mon Garçon, « la plus grande expérience de cinéma » de Guillaume Canet

Tourner un thriller en six jours avec un acteur principal qui ne connait quasiment rien du scénario, voila le défi audacieux et risqué qu’a su relever avec maîtrise le réalisateur Christian Carion, qui a peut-être offert à Guillaume Canet son rôle le plus fort.

L’histoire de « Mon Garcon », celle d’un père divorcé prêt à tout pour retrouver son enfant de sept ans disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe, le réalisateur d’« Une Hirondelle a fait le Printemps » et de « Joyeux Noël » l’a écrite pour Guillaume Canet, son acteur fétiche.

Le film doit être tourné à l’automne 2016 mais Canet n’est pas disponible, il est en post-production de « Rock’n Roll », son dernier long-métrage. « Puisque l’histoire se déroule sur 3 jours, pourquoi on ne tourne pas en quelques jours ? » demande-t-il à Christian Carion. Le réalisateur est séduit par l’idée et décide de pousser l’expérimentation encore plus loin : « Je me suis demandé, comment ça se passe quand l’acteur ne sait pas ? »

mon garçon

Lorsqu’il débarque pour six jours de tournage dans les beaux paysages enneigés du Vercors, l’acteur ne connait que le pitch de départ du film et la biographie de son personnage. Les autres acteurs et les équipes techniques ont pu répéter les trames des scènes pendant deux semaines. Guillaume Canet lui, devra improviser ses dialogues, ses états, ses déplacements.

Mélanie Laurent et Olivier De Benoist, impeccables partenaires d’improvisation

Guillaume Canet sait que Mélanie Laurent jouera le rôle de son ex-femme, mais découvre le reste du casting, qui se révèle particulièrement brillant, au fur et à mesure des scènes. Pour sa première apparition au cinéma, l’humoriste Olivier De Benoist surprend et excelle dans le rôle de suspect et parvient à déstabiliser Canet dès les premières scènes.

« Mon Garçon » se relève très vite captivant, voir fascinant par moment, car l’on perçoit dans les yeux de Guillaume Canet un personnage qui, petit à petit, perd le contrôle de lui-même, mais surtout un acteur qui se met en danger dans l’inconfortable et grisant exercice de l’improvisation.

mon garçon

 « Ce film est la plus grande expérience cinématographique de ma vie. Je n’ai jamais vécu un truc pareil » confirme Canet. « Quand on est acteur, on rêve toujours de revivre des micro minutes qu’on a vécu sur un film où il y a un accident et où tout d’un coup il y a quelque chose qui sort qui n’était pas prévu aux répétitions et qui vous fait trouver votre personnage. »

« Quand on s’oublie, ce sont des moments très intenses, des moments de méditation rare », témoigne l’acteur et réalisateur de 44 ans. « Moi j’ai vécu ça pendant 6 jours du matin au soir. Je ne jouais pas, je vivais la chose. J’étais constamment dans l’expectative, sur le qui-vive ».

Guillaume Canet sans filet

C’est à la fois le personnage et l’acteur que l’on voit lâcher prise et être débordé par ses émotions devant les caméras. La fusion entre les deux est parfois troublante, ce qui rend la performance de Guillaume Canet impressionnante de justesse. On se passionne à se demander jusqu’où l’acteur est capable de nous emmener, à quels endroits il peut craquer.

mon garçon

On découvre un Guillaume Canet plus dangereux et plus habité que jamais dans un scène particulièrement intense, dont le rendu a dépassé les espérances du réalisateur Christian Carion : « On a tous été débordé par la violence dans cette scène. Face à des choses aussi terribles que la disparition de son enfant, il y a une part en nous animal qui peut resurgir. Je voulais qu’on voit ce glissement vers la parano et la violence. »

« Je n’ai pas été surpris par ma violence car je sais que je pourrai aller jusque là, c’est dans mon tempérament » commente Guillaume Canet. « J’ai plus été surpris par l’émotion que j’ai ressenti par moment. A la fin de cette scène je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer. »

« Je n’ai plus envie d’écrire pareil »

Pendant le tournage, tout est fait pour rapprocher au plus près l’acteur de l’état nerveux de son personnage. « La seule personne avec qui je parlais c’était Christian. J’essayais de choper des infos mais je n’y arrivais pas », s’amuse Guillaume Canet. Durant les premières nuits de tournage, isolé dans un hôtel loin du reste de l’équipe, il doute : « Je me demandais, est-ce que ça va pas être pourri en fait ? Et puis je voyais fur et à mesure scènes géniales et des comédiens vraiment supers, et ça me donnait envie d’aller encore plus loin. »

mon garçon

« Mon Garçon » a enrichi Guillaume Canet en tant qu’acteur, mais aussi en tant que réalisateur. « Je n’ai plus envie d’écrire pareil, parce que c’était imparfait, je bafouillais… Mais jamais j’aurais pu faire ce film de cette façon là. J’aurais eu tout le temps envie de refaire une prise. Christian a respecté totalement les règles, c’est très, très courageux de sa part. »

Avec « Mon Garçon », Christian Carion a certainement réussi son pari qu’on pouvait penser téméraire, pour un réalisateur à la carrière déjà riche : « Le film coûte un minimum. On n’a pas de chaîne TV, on n’a pas de compte à rendre. C’est formidable la liberté. Un film comme ça fonctionne parce que j’ai Guillaume, Mélanie et Olivier. Mais ça aurait pu rater. »

Nicolas Faure

Laisser un commentaire