Rock en Seine : psyché, fantômes & drogues douces

La 15ème édition du festival a clôturé le mois d’août ainsi que la pause estivale de certains vacanciers. Au domaine national de Saint-Cloud, 110 000 festivaliers se sont retrouvés durant trois jours afin de voir leurs artistes préférés et d’en découvrir de nouveaux. Nous en faisions partie, et cette édition, tout en crescendo, fut mémorable.

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JOUR 1 : Les garçons dans le vent

Franz Ferdinand Rock en seine

Pourtant, le début du festival aurait pu mal commencer. Quelques heures avant l’ouverture des portes, une tempête d’orage, de pluie et de grêle s’abat sur l’ensemble de la région parisienne. Le soleil perce néanmoins la grisaille, seules un peu de boue et quelques flaques d’eau éparses nous rappellerons que nous avons évité le pire. D’autres ont un peu moins de chance, le duo de rappeurs belges Caballero & JeanJass arrivent avec une heure de retard suite à une panne, et performent sur une scène plus petite que prévue. Les titres phares des EP « Double Hélice 1 et 2 » sur la jeunesse à base de fumette et d’egotrip tintés d’autodérision sont repris malgré tout avec enthousiasme par les spectateurs. Sur la scène du bosquet, à l’ombre des arbres, l’ambiance est au calme et à l’évasion avec le groupe new-yorkais Beach Fossils porté par le leader Dustin Payseur. Le son d’une trompette introduit en douceur le titre « Saint Ivy », accompagné par les notes psychédéliques d’un synthétiseur. Entre sophistication et simplicité, avec la participation de Jonathan Rado (Foxygen) à la production, leur troisième album « Somersault » diversifie la palette instrumentale du rock indé. La nuit tombe sur Saint-Cloud et le public rejoint la grande scène pour voir Franz Ferdinand, avec un Alex Kapranos blond platine et bondissant, enchaîner les morceaux désormais incontournables du groupe britannique.

JOUR 2 : Le rendez-vous des fantômes

Sleaford Mods Rock en seine

Le lendemain, Vince Staples, rappeur de Long Beach, est venu présenter son deuxième album « The Big Fish Theory ». Seul face au public, avec son flow haletant, ses sons électros percutants, ses paroles désespérées, il fait jaillir ses démons sur la scène de l’industrie. C’est une vision peut-être plus romantique mais tout aussi obscure du monde que propose PJ Harvey. Ce soir-là, elle interprète des chansons issues de ses albums « White Chalk » (2007), « Let England Shake » (2011) et « The Hope Six Demolition Project » (2016). Des plumes noires dans les cheveux, une robe à longues manches fendues, PJ Harvey survole la grande scène, tel un oiseau de nuit, et module son chant en passant du grunge grinçant au folk mélancolique. Elle reprend « Highway 61 revisited » de Bob Dylan en faisant ressortir l’essence sombre et rock du morceau. La journée ne serait pas complète sans évoquer le duo Sleaford Mods venu de Nottingham. Avec leur insolent « English Tapas », entre punk et hip-hop, Jason Williamson crache sa rage contre la société anglaise sur les beats accélérés d’Andrew Fearn. L’extrême simplicité apparente peut déconcerter mais la sincérité sans fard et l’humour acéré de ces deux lads sont imparables.

JOUR 3 : Drogues douces

Une odeur de substances douteuses se propage au fil des concerts lors de cette ultime journée de festival depuis Roméo Elvis & Le Motel avec le titre « Bébé aime la drogue » qui lance les hostilités, au rap psyché de l’irlandais Rejjie Snow, jusqu’au joint brandi par B-Real de Cypress Hill. L’atmosphère planante se poursuit avec Slowdive, après vingt-deux ans d’absence, le groupe livre une véritable expérience audiovisuelle où la finesse de leur musique est sublimée par les lumières étincelantes des projecteurs. Derrière les branches des arbres, un croissant de lune apparaît comme une virgule avant le dernier concert. La performance à couper le souffle du groupe londonien The XX restera certainement dans les mémoires. Nous nous souviendrons longtemps de l’interprétation tout en émotion de Romy Madley Coft, seule sur scène, pour « Performance », ainsi que la voix sensuelle d’Oliver Sim sur « Fiction ». Enfin, Jamie XX enchaîne les morceaux « Shelter », « Loud Places » et « On Hold » lors d’un set magistral, jusqu’à faire décoller le public du sol de Saint-Cloud. Tandis que les éclairages recréent les couchers de soleils multicolores des cieux de Los Angeles, aperçus dans leurs clips, le festival se clôt. Et cela ne pouvait pas mieux se terminer, si l’occasion se présente, ne passez pas à côté d’un concert de The XX, nous nous remettons tout doucement les idées en place.


Texte :
Milena Manneville
Emeline André

Photos :
Olivier Hoffschir

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