in a heartbeat

Couple homosexuel, la difficile visibilité

In a Heartbeat est un des phénomènes d’internet de l’été. Ce court métrage met en scène deux garçons tombant amoureux l’un de l’autre. Mais est-il le seul exemple de couple homosexuel représenté dans les différents modes de fiction ?

Cet article est une suite de Les clips vidéo, au service de la cause homosexuelle? publié en juin 2015 sur Efflorescence Culturelle. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de se focaliser sur l’individu homosexuel et de sa place dans la société à travers les clips vidéos mais de percevoir l’amour qui relie deux individus de même sexe à travers des courts métrages d’animation, des séries, des comics et des fan arts. Cet échantillon hétéroclite de couple fictifs pourrait répondre à cette question: l’amour homosexuel est-il assez visible dans les médias culturels?

Du court-métrage au long métrage d’animation ?

Difficile d’échapper à In a Heartbeat, ce court métrage américain mettant en scène deux pré-ados ayant un coup de foudre progressif, réalisée par Beth David et Esteban Bravo pour palier à l’absence de romance homosexuelle dans le domaine de l’animation. Aujourd’hui, In a Heartbeat approche des 28 millions de vues sur Youtube, ce qui en fait un succès mondial indéniable.

En France, un film d’animation pédagogique à créer la polémique en 2011. Le Baiser de la Lune de Sébastien Wattel met en scène deux poissons mâles amoureux et poussés par un chat à la séparation mais cette courte animation dérange. L’incompréhension naît des associations protégeant la famille et des politiques comme Christine Boutin. Alors présidente du parti chrétien-démocrate, Boutin – qui en 2015 sera condamnée « pour provocation à la haine ou à la violence contre les homosexuels » – sollicite le ministre de l’éducation nationale Luc Chatel pour qu’il cesse la diffusion du film dans les classes de CM1/CM2. Les relations sexuelles sont pointées du doigt alors qu’il ne s’agit que de romance.

Comme le précisera Paul B. Preciado en 2013 dans son article Qui défend l’enfant queer ? – écrit à l’époque pour s’opposer à la Manif’ pour tous et Frigide Barjot (à lire ici) – cette protection est un leurre car elle n’engendre que des discriminations: « Cette enfance qu’ils prétendent protéger exige la terreur, l’oppression et la mort ». Mais surtout l’adulte profite de la faiblesse de l’enfant pour imposer sa réalité sur la possibilité d’une différence: « l’enfant est toujours un corps à qui on ne reconnaît pas le droit de gouverner ». Visionnée dans certaines écoles comme à Rennes, Le Baiser de la lune aurait l’effet inverse des opposants conservateurs. Il invite l’enfant à comprendre par lui-même les différentes façon d’aimer au-delà du modèle hétérosexuel.

« Je ne dois pas tomber amoureux de lui car il ne ressemble vraiment pas à une princesse »  (Le Baiser de la Lune)

Dans l’industrie du cinéma américain, les fans de Disney ne cachent pas leur déception face à l’absence de couple homosexuel ou clairement d’homosexuel (sans stéréotype). La nouvelle version de la Belle et la Bête a comblé ce manque mais en animation le cas est nul. Chez Pixar, un progrès est en marche mais timidement. Les analyses des internautes permettent de trouver des indices à l’homosexualité cachée chez l’héroïne de Rebelle et la bisexualité de la pré-ado de Vice Versa. Mais le couple n’est jamais visible et la bande-annonce du Monde de Dory semblait avoir changé les choses. Les internautes pensaient y percevoir un couple de femmes parents d’un enfant. Que ce soit faux ou juste, cette quête d’une romance au sien d’un film fait rêver.

Du dessin animé aux comics:

La Légende de Korra, plusieurs fois diffusée depuis cet été sur France 4 mérite sa place dans cet article. Son dernier épisode illustre à lui seul le problème de la représentation du couple du même sexe dans un dessin animé.

Michael Dante DiMartino, Bryan Konietzko, La Légende de Korra

Il aurait fallu être très observateur pour percevoir le début d’une romance entre Korra et Asami lors de la dernière saison et les dernières secondes de la série manqueraient à être plus claires. Elles rejoignent le monde des esprits main dans la main comme un couple se promenant dans la rue. C’était le vœu des cocréateurs Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko de trouver une fin rendant explicite la relation entre les deux amies. Une des meilleures raisons est évoquée par Konietzko: « tout le monde n’est pas queer, par contre tout le monde n’est pas hétérosexuel. » Mais on peut s’interroger sur l’efficacité de cette poignée de main « romantique ». Un baiser aurait eu plus de force et aurait jeté le trouble. Cependant, les fans de Korasami peuvent retrouver les héroïnes en tant que couple dans les deux parties du comics The Legend of Korra: Turf Wars.

Allan Heinberg, Jim Cheung, Young Avengers

Un autre comic américain datant de 2005 met en image un couple de jeunes hommes et superhéros. Young Avengers, scénarisé par Allan Heinberg et dessiné par Jim Cheung met en scène une nouvelle génération de héros à l’image des premiers Avengers. Parmi eux, Wiccan et Hukling tirent leur épingle du jeu pour une raison évidemment romantique: ils sont en couple. D’après le résumé du site marvel-world.com les deux héros sont invités par Jessica Jones à révéler leur relation au public « afin d’offrir un modèle positif aux autres adolescents homosexuels ». C’est un conseil qui est loin d’être anodin. Il reflète la nécessité d’outer son homosexualité pour que les ados aient un modèle et leur romance peut avoir un effet encore plus fort, donnant de l’espoir en l’amour. En dehors de cet aspect favorable à la relation homosexuelle, cette idylle casse les codes du héros hétérosexuels encore tenaces dans l’industrie du cinéma américain qui exploite fermement les aventures des superhéros de Marvel.

La puissance des séries:

Les séries sont les médias les plus exemplaires. Les couples homosexuels ne manquent pas, même si parfois les histoires finissent mal. On pourrait citer beaucoup de duos emblématiques ces dernières années mais elles se limitent généralement au domaine américain. En France, Plus Belle La Vie marque l’exemple avec Thomas Marci (Laurent Kerusore). En effet, il est un des premiers héros de série française à avouer son homosexualité, à embrasser un homme, à en épouser un, en l’occurrence Gabriel Riva avec qui il adopte deux ados. Notons que le personnage a été victime d’agression sexuelle. Il y a une réelle envie de la part des scénaristes de refléter au mieux la réalité et s’ouvrir à la diversité. Ce cas est réellement à prendre en compte puisque les couples emblématiques dans les séries françaises se font rares. Peut-être que les scénaristes de Candice Renoir désireront trouver une compagne à la nouvelle recrue Valentine (Yeelem Jappain).

Aux Etats-Unis, pays de référence en matière de série gay-friendly, deux séries sortent du lot. Buffy, diffusée en France dès 1998, est une des premières à donner une chance à un couple de femme. Il faut attendre la saison 4 pour que Willow tombe sous le charme de la sorcière Tara. Ce couple est emblématique pour une bonne raison: il n’est jamais la cible d’agression homophobe, témoignant de la part du showrunner Joss Whedon de donner une image positive d’une romance lesbienne. La seconde série télévisuelle qui marque cette fois-ci une génération plus jeune est Glee. Deux couples tirent leur épingle du jeu: Santana et Britanny puis Blaine et Kurt. Ces quatre-là ont vécu des rebondissements interminables jusqu’à la fin heureuse: un mariage pour chacun lors de la dernière saison. Notons que les spectateurs français ont, grâce à la série espagnole Physique ou chimie diffusée sur NRJ12, pu s’identifier aux deux ados Fred et David. Pourquoi les scénaristes français ne s’imprègnent pas assez de leurs voisins européens ?

Fanart, en quête de romance fantasmée

Le phénomène des fanarts est assez révélateur des rêves engendrés par les films, séries et autres fictions. Il arrive que certaines images peuvent heurter les esprits avec des couples totalement imaginaires et provocants mais il existe des cas plus abordables et attendrissants. L’homoromantisme (néol.) est assez fréquent. Le fanart de maXKennedy reprenant deux personnages du film des Animaux Fantastiques est assez plausible si l’on prend en compte le rapport protecteur/protégé entre Percival Graves et Croyance, et l’homosexualité de l’un que les Potterheads connaissent d’après les révélations de J.K Rowling.

Il existe des représentations plus imaginaires. Les fans de la série Sherlock ont imaginé une relation amoureuse entre le héros et son acolyte Watson. La déception a dû être grande en découvrant que le dernier allait se marier avec une femme. Si les suppositions amoureuses entre deux héros de même sexe suffisent à créer des images explicites, le fan art démontre la volonté des artistes amateurs à produire des images non-hétéros.Manque d’identification, les individus queer recherchent des personnages qui leur ressemblent ou veulent représenter par simple manque de représentation. Simple désir de reconnaissance ou une forte volonté de trouver un idéal romancé ?

Beth David, Esteban Bravo, In A Heartbeat

Séries, courts métrages d’animation, comics, autant de fictions qui pour la plupart revêtent une forme héroïque, celle d’oser montrer l’amour entre deux individus de même sexe dans un monde où le couple mixte domine. L’intention est plurielle. La culture doit refléter la réalité, pour combattre ce que les théoriciens queer ou LGBTQ nomment l’hétéronormativitéLa quête est la déconstruction de l’hétérosexuel(le) comme seul  garant de la vie exemplaire. S’intéresser aux romances permet aussi de se détacher des stéréotypes de l’homosexuel(le) ayant une relation libre et trop pornographique. Surtout, ce qui ressort de ce panorama culturel est la prédominance de la romance positive. Cependant, à la question de sa visibilité, il est difficile d’avoir une réponse catégorique. La raison: la liberté de création dépend de la société de diffusion et de production qui accepte ou non que le couple de deux individus de même sexe ait ce droit d’être représenté.

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