Lorde Glastonbury

Lorde ressuscite les eighties avec « Melodrama »

Si vous êtes passés à côté de « Pure Heroine », il y a quatre ans, il est peut-être encore temps de vous rattraper. La jeune néo-zélandaise, du haut de ses vingt ans, continue de bouleverser la scène pop avec ses textes poétiques, sa voix enchanteresse et confirme que ce premier album était loin d’être une simple fulgurance.

Il est de ces personnes dont on ne sait pas si elles sont réellement humaines, ou si elles prennent simplement les traits d’une personne normale pour cacher leurs origines extra-terrestres. Lorde en fait partie. Après avoir quitter Auckland pour un long séjour à New-York, elle revient avec ce nouvel album aussi impatiemment attendu que le premier ne l’était pas. Pour cela, elle a fait appel à de nouveaux collaborateurs, dont Jack Antonoff (Fun, Bleachers, etc.), co-auteur et co-producteur, lui aussi un peu extra-terrestre à ses heures perdues. Ensemble, ils créent cet album à la fois dansant et intimiste, aux sonorités eighties, faussement insouciant, et aux paroles mélancoliques.

Chaque morceau correspond à différents états d’esprit d’une jeune femme prise dans le vertige d’une fête sans fin. Le besoin d’évasion de « Green light », l’ivresse dans « Homemade Dynamite », le désir dans « Sober », etc. À l’aube de ses vingt ans, au moment de l’écriture, Lorde fait ses adieux à ces mélodrames adolescents, ces hyperboles sentimentales, qu’elle raconte telle une odyssée lointaine. Dans « The Louvre », les dernières notes d’une guitare électrique font d’ailleurs étrangement écho à une autre mélodie, tout aussi mythique et empreinte de nostalgie : celle composée par Angelo Badalamenti pour la série Twin Peaks de David Lynch. Là encore les tourments de l’adolescence et le fantôme de Laura Palmer sont ravivés par la musique.

Mais c’est surtout la voix même de Lorde qui semble venir d’une autre dimension et apparaît dans toute sa splendeur dans cet album. Les morceaux épurés tels que « Liability », « Writer in the Dark », laisse entendre la voix surréaliste de la chanteuse, qui passe des graves, proches du murmure, aux aiguës déchirants. Seuls le piano, quelques cordes pour l’accompagner, sa voix est mise à nue, non plus dissimulée derrière les arrangements électroniques et les chœurs. Sur scène, Lorde va jusqu’à interpréter « Writer in the Dark », seule, a capella, pour faire de ce morceau une véritable ode mystique. Encore plus que la clairvoyance de l’écriture, ou la finesse des arrangements, la maturité réside peut-être, aussi, dans cette capacité à prendre la pleine mesure de sa propre voix. C’est par sa voix que Lorde se livre, se libère et nous transmet un peu de son pouvoir. Comme disait David Bowie, (ils s’étaient rencontrés lors de l’anniversaire de Tilda Swinton à New York en 2013), c’est « la musique du futur », il suffit simplement d’écouter.

Crédit photo à la une : Emma Swann pour DIY mag (Lorde au festival Glastonbury – édition 2017)

Milena Manneville

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