keny arkana

Keny Arkana : « Je reviens et je reviendrai »

La rappeuse Keny Arkana est revenue en juin avec un nouvel album Esquisse 3, empreint de légende Maya, de spiritisme, de luttes. Ses combats ? L’altermondialisme, l’éveil des consciences, l’éducation, l’écologie… C’est en partie comme cela qu’on pourrait expliquer ses prestations dans des festivals, parfois loin du rap, comme le Reggae Sun Ska, le plus grand festival de reggae français. Nous avons profité de son passage pour passer une interview.

Quels messages tu as envie de transmettre avec ton nouvel album ?

Keny Arkana : J’ai du mal à analyser mes propres textes. J’ai conscience par contre qu’on est peu à avoir la parole et la liberté d’expression et j’estime que c’est une responsabilité. Et surtout avec la musique où tu rentres vraiment dans l’émotionnel des gens, que tu les accompagnes. C’est cette conscience là qui me pousse aussi à avoir des messages qui nivellent vers le haut, qui leur fait du bien. En grandissant, je me rends compte que le message spirituel est peut-être plus présent sur mes disques. Mais mon message reste profondément le même : insuffler l’humanité à l’humanité. Il faut que l’on continue à y croire. Mon impulsion de départ, c’était de dire à tous ces cas isolés qui se disent seuls, tarés, et qui veulent changer les choses : c’est ce monde qui est taré, pas vous. Pour moi c’est primordial et tant qu’il y aura pas de relève vraiment, je reviens et je reviendrai.

Quelles sont les émotions qui te poussent le plus ? Est-ce la rage, très présente dans tes textes ?

La rage oui, c’est un moteur, ce n’est pas forcement négatif. Ça te pousse toujours à aller au-delà. A priori si tu as la rage c’est qu’il y a quelque chose qui n’est pas juste autour de toi, donc c’est bien de garder ce sentiment là. Il y a rien de pire que de banaliser l’injustice. Je ne suis pas en mode reggae tout va bien, positif. Mais j’essaye de ne pas nourrir les émotions qui nous tirent vers le bas. Mais évidemment parfois j’ai la haine. Mais c’est pas ça que j’ai envie de partager aux gens. Quand j’ai la haine, j’ai bien la haine. Mais j’ai décidé de faire de la musique pour niveler vers le haut. Tous mes démons, le ras-le-bol, la déprime ce n’est pas forcement ça que j’ai envie de partager. Ce n’est pas ce dont on a besoin !

Quels sont les artistes qui te touchent, t’inspirent ?

Bob et Tupac c’est des artistes qui m’ont influencer, c’est évident. Ils sont ceux qui ont mis leur art au service de quelque chose, et ça me touche ! Après on parle pas la même langue, on n’a pas le même style, donc ça inspire pas forcément mes textes. On a tous du talent quelque part mais pour moi ce qui est important c’est au service de quoi tu le mets. Un artiste dont la plume me touche, je peux dire que c’est Damien Saez. Et aussi tous les anciens du rap. Ils ont été importants dans ma vie autant au quartier que comme un exemple : c’est possible de faire de la musique et rester intègre et honnête, sans se faire corrompre le cerveau. Un mec comme Manu Chao et sa passion me touche aussi. Du haut de son âge, qui ne se dit plus au bout d’un moment, il fait ses deux heures de show, rien ne l’arrête. Il a un vrai truc, humain même en dehors de la sphère de la musique. En dehors du cercle musical, il y a l’Abbé Pierre, Gandhi, Coluche… Ils sont plus là, mais ils sont restés au service de leur cause et, à notre époque, c’est rare. Les artistes sont de plus en plus aseptisés. Et je ne juge pas, il y a des artistes talentueux dans leur aseptisation, mais il y en a moins qu’avant en tout cas.

Est-ce que tu choisis les endroits dans lesquels tu te produis pour leurs engagements ?

On a fait 14 festivals dans ma tournée et ils ne sont pas forcément militants. Et même ici, reggae ou pas reggae, je sais ce que c’est un festival vraiment militant, c’est du sans pub etc. Donc c’est assez rare. Mais après ça relève des choix politiques des organisateurs. On a tous une part de paradoxe en nous… Soit on fait les bourgeois et on veut plus aucun paradoxe sur notre personne soit on passe à l’essentiel on accepte d’être paradoxale mais l’important c’est où ton cœur est. Tu défends quoi ? Si tu connais ton but, ça ne te salira pas. Par exemple, j’ai choisi de mettre un pied dans le système – enfin que ma musique mette un pied dans le système. Mais moi par forcément. Je suis née en France, si le mektoud [nldr : notion de destin en arabe] m’a mise là, c’est qu’elle est aussi là ma lutte, même avec un pied dans le système, je sais où est mon cœur. Je fais plein de festivals de reggae, mais je m’en fiche. Je m’en fous des frontières, reggae, punk, ce que tu veux, je me sens comme chez moi. Je fais pas que des trucs militants, c’est pas vrai, même si oui les événements où je vais on plus des têtes de festivals alternatifs que de grosses productions.

Propos recueillis par Anne-Flore Roulette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *