Bachar Mar-Khalifé Crédit photo : Loris Bavaro

Bachar Mar-Khalifé : « Je n’exprime pas une culture mais mon être »

Le chanteur et musicien franco-libanais Bachar Mar-Khalifé a fait souffler un vent de liberté au dessus de la scène Grall. Accompagné de la chanteuse américano-soudanaise Alsarah, il a entonné des chansons inspirées de l’égyptien Hamza El Din. Des notes électro qui ont réveillé les festivaliers en ce chaud vendredi après-midi des Vieilles Charrues.
Bachar Mar-Khalifé
Bachar Mar-Khalifé sur la scène Grall, vendredi 14 juillet. Crédit photo : Loris Bavaro.
Après vous être formé au conservatoire de Paris au piano, vous vous dirigez vers l’électro, comment expliquez-vous ce choix ?

Bachar Mar-Khalifé : Je n’ai pas eu à choisir, beaucoup de choix sont venus naturellement. J’ai joué du piano, de la percussion, du rock, tous ces instruments font partie de moi, et je ne pense pas que la musique se réduise à un genre. Ce que je joue, c’est ma réalité… On a fait plus d’une centaine de concerts dans cette tournée. J’ai essayé de comprendre comment les gens perçoivent ma musique. Plusieurs m’ont avoué partir en transe. Ces témoignages ont été un déclic, une force. Ma musique est personnelle, très intime, c’est encourageant d’apprendre qu’elle traverse des âmes.

Vous avez mis 10 ans pour réaliser votre premier album « Oil Slick », c’est long dans une époque comme la nôtre, Pourquoi autant de temps ?

Je crois que j’avais besoin de temps pour faire exactement ce que je voulais… C’est aussi beaucoup de pudeur car je ne pensais jamais sortir cet album. C’est ma voix, mon travail. Et puis je ne suis pas quelqu’un de pressé (rires) !

Bachar Mar-Khalifé
Concentré, l’artiste nous livre un instant de grâce au milieu de son set. Crédit photo : Loris Bavaro.
Votre musique est-elle un moyen d’exprimer votre culture franco-libanaise ?

Je n’exprime pas une « culture » mais mon être. Ma culture n’est pas figée, ce n’est pas un drapeau mais une poésie. Je retranscris dans mes chansons ce que je ressens au quotidien. Je ne sais pas encore si je chanterai un jour en français, c’est une question qui me poursuit. La musique française porte une autre culture, une autre histoire. J’y pense…

Dans votre deuxième album, l’une de vos chanson est un hymne contre le dictateur Bachar El Assad. C’est un signe de votre engagement ?

J’ai repris cette chanson du poète syrien Ibrahim Kachouch assassiné après s’être fait arracher les cordes vocales, justement pour avoir chanté cette chanson. La violence de cette histoire m’a ému. J’ai repris la chanson non pas par engagement mais par hommage. La musique flotte entre les mondes, elle n’a pas vocation à être un seul message.

Qu’est-ce que la notion de révolution représente pour vous ?

Je ne parle pas de révolution au sens large mais de révolution intime. Et cette révolution intime est la révolution ultime. C’est réveiller sa conscience en découvrant un poème, un livre. Nous sommes des êtres libres, asservis par la société, nous possédons une idée du bonheur erronée très loin de l’idée de liberté. C’est une révolution difficile à réaliser car c’est un éveil de la conscience de chacun.

Propos recueillis par Enora Le Nôtre

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