Ambiguïté sexuelle, les effets positifs de la pop culture

De Twin Peaks aux premiers prix non-genrés du MTV Movie Awards, comment représenter l’ambiguïté sexuelle ?

Est-ce un homme, est-ce une femme ? Que ce soit au cinéma, dans les séries, la musique, et autres domaines artistiques tous donnent de la place à des héros dont l’ambiguïté sexuelle est une force. Mais c’est seulement en 2017 que MTV Movie Awards abroge les catégories sexuelles pour juger seulement la performance des acteurs et actrices (avec l’apparition d’un premier prix non-genré). Faisons un petit retour en arrière de 1990 à 2017 pour comprendre l’impact de cette nouvelle catégorie à travers différents personnages de la culture pop.

Peut-être n’avez-vous pas remarqué que le mot intersexe s’est glissé derrière le sigle LGBT. Mot à la mode ou simple réalité, une partie de la population mondiale souhaite que la mention « sexe neutre » soit reconnue par leurs pays respectifs. Début mai 2017, en France, la Cour de cassation refuse qu’un tel cas figure sur l’ état civil d’un individu se considérant comme tel. Pourquoi ? Est-il dangereux de se considérer hors des deux sphères sexuelles ? En existe-t-elle une troisième ? Peut-être que nos personnages préférés pourraient répondre à ces questions.

Série: Denise Bryson de Twin Peaks, 1990-1991

Quoi de mieux que de commencer par la série culte de Mark Frost et David Lynch. De retour en mai 2017 pour une troisième saison, Twin Peaks regroupe une pléiade de personnages fantasques dont celui joué par David Duchovny (X-Files, Californication). Suite à une mission secrète, l’agent Dennis Bryson prend goût pour le travestissement et décide de s’affirmer en tant que Denise Bryson. Cet exemple est primordial dans le respect des différences dès les années 90 puisque Denise n’est à aucun moment moquée par les autres rôles. C’est ainsi une manière que l’on peut divertir les téléspectateurs sans faire appel à la violence verbale.

BD: Tante Plhébite de Le Petit Spirou, C’est pour ton bien, 1994

« Ch’uis petit mais ces vacances, j’ai compris un truc: on devrait jamais rejeter les gens. Ça les fait pleurer. »

Dessinée par Tome et Janry, cette nouvelle aventure du Petit Spirou entraîne l’enfant en vacances chez sa tante Phlébite. Le nom prête à rire mais pour le jeune lectorat il n’y a rien de choquant. Cette bande-dessinée invite aux lecteurs à comprendre, comme le Petit Spirou, que dénigrer les individus sous couvert de différence engendre le malheur de sa tantine et les gens qui lui ressemblent.

Cinéma: Marijo du Gazon Maudit de Josiane Balasko, 1995

S’agit-il d’un film sur l’homosexualité féminine? Quatrième long-métrage de Josiane Bakasko, ce film est un des premiers exemples français à traiter de l’amour entre deux femmes mais au grand dam de l’époux de l’infidèle. Si ce film a sa place dans cette ambiguïté homme/femme c’est grâce à l’apparence masculine de Marijo jouée par l’actrice-réalisatrice. Quant à Victoria Abril, son personnage ne voit aucune différence entre les sexes et reste séduite par cette femme rompant avec les codes vestimentaires de son genre.

La même année est rediffusé sur France 3 dans l’émission Minikeums le dessin animé Lady Oscar inspiré de la vie du chevalier d’Eon, espion masculin de Louis XV et Louis XVI connu pour s’être vêtu en femme jusqu’à sa mort en Angleterre. Diffusé depuis les années 1980, Lady Oscar est un exemple fort pour chaque décennie puisqu’on le retrouve en 2005 sur France 5 dans Midi les Zouzous. Mais c’est surtout le générique qui illustre le mieux son thème: « Lady Oscar, elle est habillée comme un garçon, (…) au lieu de jouer à la poupée, toujours galopait ».

Série: Lafayette de True Blood, 2008-2014

Indissociable de la série d’Alan Ball, Lafayette est un des personnages les plus complexes et reflétant la diversité au sein de la ville de Bon Temps. Reconnaissable à son style urbain et féminin, le cuisinier du Merlotte’s tranche avec la pléiade de personnage par son style, son irrévérence mais surtout grâce à l’affirmation de soi: être homosexuel, noir, mélanger les styles féminins et masculins et se maquiller ne sont pas des freins à son bonheur.

Cinéma: Michael de Tomboy de Céline Sciamma, 2011

Profiter d’un nouveau départ est l’occasion rêvée pour Laure, fille de 10 ans, qui choisit de se présenter à ses nouveaux amis sous le nom de Michael. Cette histoire est un des premiers témoignages d’un sujet tabou dans le monde occidental: le désir de changer de sexe se manifeste à l’enfance.

Clip: Annabel de Goldfrapp, 2013

Ce clip est à mettre en lien avec le célèbre roman du même nom de Kathleen Winter dont le groupe Goldfrapp s’y inspire pour le clip. Pour rappeler le combat de l’enfant qui oscille entre les deux entités sexuelles puisqu’il est né hermaphrodite, c’est-à-dire avec les deux sexes, sa mère lui offre une robe à paillettes qui fait son plus grand bonheur.

La même année, la série Orange is the new black de Jenji Kohan  est diffusée sur Netflix et les spectateurs découvrent Laverne Cox, actrice transgenre dans le rôle d’une taularde accessoirement coiffeuse. Notons que l’actrice est choisie pour reprendre le rôle du docteur Frank-N-furter de The Rocky Horror Picture Show, héros travesti du film de 1976.

Eurovision: Conchita Wurtz, 2014

En Europe, s’il y a une icône des années 2010, c’est inévitablement Conchita Wurtz qui marque l’esprit à travers le monde de la musique. Tom Neuwirth gagne l’Eurovision 2014 en interprétant Rise Like A Phoenix, vêtu d’une robe à paillettes, le visage barbu et les cheveux longs laqués. Coup marketing ou réel reflet d’une société changeante, cette prestation est un témoignage du respect des téléspectateurs européens pour cette autre définition du corps masculin/féminin.

La même année, la série Transparent de Jill Soloway puis l’album Chaleur Humaine de Christine and the Queens sortent sur les supports respectifs. La série met en avant un homme désirant devenir une femme. Le rôle-titre est donné à Jeffrey Tambor et la première saison ne tire jamais vers le drame pour élaborer un scénario sobre et touchant à la fois. Tandis que l’album de la française Christine and the Queens questionne sur la question du genre comme on peut le traduire d’après l’anglais dans IT : « Elle est un homme maintenant, Et il n’y a rien que l’on puisse faire pour changer son avis, Elle est un homme maintenant. » Toujours en France, la chaîne France 3 diffuse le téléfilm Belinda et moi, dont les rôles sont confiés à Line Renaud et à Alexandre Styker qui joue Belinda, « une jeune femme piégée dans un corps d’homme« . Primé en tant que meilleur espoir masculin au Festival de Luchon, cette prestation est un bon témoignage du respect de l’acteur envers les transsexuels et les transgenres.

Série: Liz Taylor d’ American Horror Story: Hotel, 2015

C’est seulement lors de la cinquième saison que Ryan Murphy et Brad Falchuk introduisent un personnage au genre ambigu. C’est Denis O’Hare qui est choisi pour jouer Liz Taylor. Avant de ressembler à Cléopâtre jouée par Elizabeth Taylor, il était un père de famille triste, trouvant dans le travestissement la source de son bonheur. C’est grâce à la comtesse jouée par Lady Gaga qu’il devient Liz Taylor. Ce personnage bénéficie d’une belle fin. Son fils l’accepte en tant que femme, un beau jeune homme l’aime en le considérant comme femme tout en oubliant leur différence d’âge. La saison précédente, pour AHS: Freak Show, les créateurs acceptent de changer un rôle masculin pour l’actrice transgenre et plus grande femme du monde en 2011 Erika Ervin mais n’évoque jamais cet aspect.

Cinéma: Danish Girl de Tom Hooper, 2016

Gerda Wegener, Lili avec un fan de plumes, 1920

Avant le film il y a le roman de David Ebershoff et avant le livre il y a la vraie vie de la  fille danoise connue sous le premier nom d’Einar Wegener, peintre paysagiste. Le film retrace la vie de cet artiste romantique qui en remplaçant un modèle féminin, en portant une robe et des chaussures pour un tableau de sa femme, ressent le désir de se travestir puis de devenir Lily Elbe. Sa femme Gerda l’encourage dans son combat hors norme au début du XXe siècle jusqu’à sa mort des suites du rejet de la greffe d’un utérus. Véritable inspiration pour son épouse, Lili Elbe reste encore aujourd’hui une icône de l’art queer (l’œuvre Lili avec un fan de plumes figure dans A Queer little history of art d’Alex Pilcher).

MTV Movie Arwards: premier prix de la performance non-genré, 2017

En France, un personnage transgenre tient le premier rôle d’une série. Cependant, le nom Louis(e) marque une maladresse, celle d’attacher l’héroïne aux deux sexes plutôt qu’un seul alors que son combat est d’être uniquement une femme. La seconde maladresse ? Surfer sur le succès de Transparent.

Aux États-Unis, les MTV Movie Awards cessent de récompenser les acteurs et actrices selon leur genre pour se consacrer uniquement sur la prestation. En seront-ils les seuls à percevoir la nécessité d’oublier les genres ? Les concours audiovisuels français en prendront-ils exemple ?

Cette question de l’affirmation de son propre genre au-delà des convenances n’est pas uniquement exploitée dans les différents arts. Les drag-queens en sont les parfaits exemples et sur YouTube des jeunes hommes et des enfants n’ont plus honte de se maquiller pour briser la frontière des genres ou juste pour cacher leurs imperfections (voir les conseils de Joey Gracefa ici). Le monde de la presse accorde aussi de l’importance à ces courageux individus. Pour le numéro de janvier 2017, le National Geographic choisit pour la première fois en couverture une enfant transsexuelle de 9 ans.

Le monde ne se modernise pas, il ne fait que révéler ce que la société a longtemps refoulé et qui encore aujourd’hui n’accepte pas entièrement. En France, les agressions transphobes ont doublé en 2016 et ceci est un cri d’alerte. Pourquoi agresser ceux qui affirment leurs différences ? Cet échantillon de héros et héroïnes agit comme une image positive d’une communauté incomprise et opprimée, comme un modèle à ne jamais oublier et à exploiter sous peine de renier ce qui caractérise la diversité mondiale humaine.

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