Thylacine

Thylacine : « Ça a l’air hyper bien de manger de la musique »

Rarement un trajet en train n’aura été aussi prolifique que celui de Thylacine. De son voyage à bord du Transsibérien en 2015 sont nés une série de reportages et surtout un très bel album éponyme. Venu le défendre lors de la 20e édition de Panoramas, il s’est prêté au jeu du « tu préfères ».

Thylacine - William Rezé alias Thylacine - © Jean-Baptiste Millot
William Rezé alias Thylacine. Crédit photo : Jean-Baptiste Millot.
Efflorescence Culturelle : Tu préfères passer 160 heures dans un train vétuste ou dans une voiture super luxe ?

Thylacine : Je vois pas comment je pourrais dire la voiture avec ce que j’ai fait dernièrement. En plus j’adore le train, c’est clairement mon mode de transport préféré. Je trouve ça génial, d’une part parce qu’on rencontre des gens dans le train et puis le rythme de croisière me plaît vraiment.

Simplement pour voyager ou c’est aussi une source d’inspiration ?

Un peu des deux. Ce que j’adore dans le train c’est que je peux travailler et composer de manière hyper simple. Et c’est pour ça que j’ai créé Transsiberian : je m’étais rendu compte qu’il y avait tous les éléments pour composer, j’avais juste le petit confort nécessaire pour sortir un ordi, des machines et puis composer. Alors que dans une voiture, c’est plus fatiguant, le fait qu’il y ait des secousses un peu tout le temps…

Tu disais que tu pouvais rencontrer du monde dans le train. Tu préfères passer ta vie dans un train sans pouvoir parler à personne ou pouvoir parler à des gens en restant dans la même ville toute ta vie ?

Honnêtement je crois que je préfèrerais parler à personne et pouvoir partir. Parce que j’ai un côté un peu autiste et ça ne me dérangerait pas. Par contre rester dans une même ville tout le temps je pense que ça me ferait péter un câble, c’est frustrant. J’adore voyager partout, j’ai l’impression de me construire en voyant d’autres choses et c’est important je pense.

Tu as sorti ton premier album Transsiberian, tu as récemment composé une BO. Tu préfères composer de la musique pour un album ou pour un film ?

Entre le projet Transsiberian et le prochain album, j’ai pu bosser sur un premier film où j’ai pu sortir un morceau, je suis en train de finir un deuxième film aussi. Hum… Je pense quand même que je préfère la liberté d’un album parce que c‘est la liberté totale et il n’y a personne pour te dire quoi faire ou autre, t’as aucun filtre. Mais ceci dit j’aime vraiment beaucoup composer pour la musique de film parce que pour l’instant j’ai eu aussi énormément de liberté, personne ne m’a donné de consignes à la base, c’est moi qui ai interprété ce que je voyais. Mais on ne peut pas dire que je préfère ça à un album quand même. C’est plus fort et plus fou de faire un album.

Tu travailles sur un second album là ?

(rires) Ouais ouais, fin je suis en train de bosser sur mon prochain projet. Je sais pas encore quand je vais sortir ça et je ne peux pas vous en dire beaucoup pour l’instant parce que cette fois-ci je vais garder un peu plus le secret, mais oui ! J’ai envie de repartir. Ça fait peut-être deux, trois ans que je ne fais que tourner et faire des concerts. Et je m’éclate, tout se passe bien sauf que si je dis pas stop je m’arrêterai jamais et j’aurai pas le temps pour d’autres projets comme ça.

Tu auras besoin de repartir pour ce second album ?

Ouais ! Ben ouais ! Parce que j’adore ça, je m’en suis rendu compte encore plus avec Transsiberian, ça a confirmé mes questionnements sur ma façon de créer, ma façon de composer. Et de voir que le public ne m’a pas lâché malgré un album un peu plus concep ; au contraire les gens ont aussi complètement adhéré à toute cette démarche, ça me pousse encore plus à continuer. Quand je compose en studio chez moi ou autre, je trouve ça plus fade.

Tu préfères créer tes morceaux ou les partager en live ?

Créer je pense. C’est pas tout le temps positif comparé à un live. Ça peut être un peu violent et il y a des situations ou t’es perdu, c’est particulier mais je trouve ça peut-être encore plus riche. Je pourrais moins me lasser de composer que de faire des concerts. Et pourtant j’adore la scène, c’est plus agréable mais la composition je trouve ça plus profond.

Tu préfères jouer devant un public convaincu ou conquérir un nouveau public ?

Ben… Je vais pas faire le faux cul, ce serait faux de dire le contraire : je pense que je préfère quand même jouer devant un public convaincu parce que ça me permet de faire quelque chose de plus fin. Le public convaincu va pouvoir capter tous les changements que je vais faire. Y a rien d’écrit, il y a beaucoup d’improvisation. Je pense qu’il est encore plus à même d’apprécier ça qu’un public qui ne connaît pas mais justement j’aime énormément jouer à l’étranger devant un public qui ne me connaît pas du tout. Y a une espèce de sentiment où je pars de zéro en fait, je construis tout pendant tout le concert. Je trouve ça hyper cool de ne pas me dire « oh tiens, il faudrait que je joue ce morceau là parce qu’ils l ‘écoutent souvent ». Tu pars de zéro et tu fais tes preuves.

Tu préfères être un thylacine qui entend la musique ou William et être sourd ?

(rires) Je me suis souvent imaginé sourd pour voir ce que ça peut faire. Honnêtement si j’étais un thylacine à l’heure actuelle je serais un peu dans la merde. Tout le monde voudrait m’étudier et me foutre en cage donc je pense que je préfère encore être sourd. Je pense que je trouverais une autre façon de faire de la musique, de manière encore plus visuelle. Je ne pense pas que ça m’empêcherait de créer même si j’étais sourd.

Tu préfèrerais manger de la musique ou écouter des courgettes ?

Bah manger de la musique. Ça a l’air hyper bien de manger de la musique, avec grand plaisir !

Tu penses que ta musique a quel goût ?

C’est un truc un peu plus léger qu’un gros steak barbecue. On va dire un truc un petit peu plus fin avec plein de couches. Une sorte de mille feuilles de bouffe, avec différents goûts à l’intérieur.

Tu préfères avoir un saxo sans savoir en jouer ou posséder un ordinateur et ne pas pouvoir l’allumer ?

Un saxo et ne pas savoir en jouer. Le saxo c’est le mauvais exemple, c’est un peu le seul instrument que je maîtrise vraiment mais j’aime bien avoir un instrument et ne pas trop savoir en jouer. Sur la musique de film, c’est de la mandoline que je jouais et évidemment je ne sais absolument pas en jouer mais je sais faire quelques accords à la guitare ou autre. J’aime aussi le rapport de fouiller sur un instrument. Même si tu n’as aucune base, c’est quelque chose qui fait du son… tu grattes, tu fais des choses.

Tu préfères qu’on dise de toi que tu es un musicien jazz qui s’est un peu perdu ou un artiste électro un peu trop pointu ?

La deuxième ! La deuxième parce que c’est plus vrai même si je ne pense pas être trop pointu par rapport à d’autres artistes. Quand je vois mon public, y a un peu tout le monde.

Tu préfères faire un morceau satisfaisant mais pas terminé ou un morceau pas terminé mais un peu moins bien ?

Le premier parce que parfois c’est cool qu’il y ait des défauts. C’est justement ce que je recherche. Des fois tu vas essayer de faire un truc hyper bien fini, et c’est cool, mais en fait ça n’a aucune âme, c’est plat, tu te fais chier. C’est pour ça que je pars dans ces trucs là, je préfère faire un truc avec des conditions un peu moins bien. Transsiberian c’est ça. J’aurais pu partir dans un studio génial avec des instrumentistes et tout mais non, je préfère faire un truc un peu plus brut mais un vrai truc où les morceaux me parlent et me font voyager. Sans hésitation !

Propos recueillis par :
Adèle Urvoy
Anaïs Seznec

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