Vendredi sur mer : l’arbre génialogique d’un projet musical pas comme les autres

Coup de cœur cette semaine pour la musique électro acidulée de Vendredi sur Mer.

C’est l’histoire d’une suissesse de 22 ans, Charline Mignot, qui (pendant ses études) a décidé de se lancer dans l’art de la photographie. Au cours de son vernissage, elle rencontre Paul Andrieux, devenu son manager. Il lui propose de tester sa voix et rapidement elle signe sur le label parisien Profil de Face. Celle qui se cachait derrière son objectif d’appareil photo se mure désormais derrière un pseudonyme qu’elle s’est choisi : Vendredi sur mer. Sa musique un peu amère, légèrement acidulée, suffisamment salée et sucrée passe finalement crème. Le projet rassemble les influences : on y retrouve par ci par là de jolies influences françaises : de la Femme à Blind Digital Citizen version féminine, le spectre de la pop continue à s’étendre à mesure des explorations de cette nouvelle interprète. Pour en savoir plus à son sujet, le webzine Lowraye propose une longue interview avec elle.

Mais de qui Charline Mignot est-elle réellement la petite-fille ? De qui est-elle la fille ? Et la sœur ? Nous avons tenté de dessiner l’arbre génialogique (tu as bien compris généalogique) de ses influences photographiques, cinématographiques et musicales.

Grand-père

Martin Parr, celui qui photographiait la consommation de masse

Martin Parr supermarché

charline mignot photographie

Un jeune homme au crâne rasé, aux faux cils et yeux en amande portant un soutien-gorge en dentelle. Cinq femmes main dans la main en demi-cercle dans un décor bétonné et des accoutrements futuristes. Une autre femme aux vieilles lunettes roses rétro et coupe mulet à la pilosité faciale dessinée au crayon khôl. Effectivement, Charline sonde les genres sexuels et nous attire avec ses clichés dans son monde féministe. Elle met en scène ses figurants dans un esthétisme lisse contrastant avec la personnalité débordante de ses interlocuteurs. Hors cadre, l’atmosphère est presque pesante tellement le contraste nous prend aux tripes.

Au carrefour des contrastes, elle considère le photographe anglais Martin Parr comme un « génie ». Lui qui avait commencé à tâter l’appareil photo à 13 ans avec son papy est, à 62 ans, l’un des plus grands de l’agence Magnum, celle qui a révélé il y a 73 ans les travaux de Robert Capa pendant le débarquement américain.

Père

Lolita de Stanley Kubrick (parce que dans une autre vie Kubrick aurait été son père).

lolita stanley kubrick

Charline Mignot

C’est dit : dans une autre vie, Stanley Kubrick aurait été le père de Charline Mignot. A mi-chemin entre maître d’orchestre et virtueux réalisateur, Kubrick adaptait le rythme de ses séquences à sa musique intérieure. Un peu comme Charline Mignot avec la photographie et la musique.

L’univers de Vendredi sur Mer et les photographies de Charline son interprète fait tout droit penser à l’un des plus grands films du réalisateur, intitulé Lolita. Rêveur et séducteur, son univers colle à point avec l’univers de Charlotte Haze, le personnage principal de l’histoire partiellement adaptée du éponyme roman de Vladimir Nabokov publié en 1955. De la bouteille quoi.

Mère

Fishbach, l’amour pour la syllabe française

« Fishbach, si vous ne connaissez pas cette nana, vous loupez quelque chose… » Quand elle s’attarde sur les artistes qu’elle préfère de la scène française actuelle, Charline Mignot déclare surtout son admiration pour Flora Fisbach alias… Fishbach. Un nom qui résonne anglais mais pourtant bien français, son interprète étant originaire de Charleville-Mézières, la ville du cabaret vert de Rimbaud.

A l’image de sa muse, le projet musical Vendredi sur Mer a commencé sur des petites vagues avant de s’attaquer aux grosses bétonneuses que sont les salles parisiennes de taille moyenne. Comme Fishbach, Vendredi sur Mer délie, relie et coud ensemble les mots de la langue française. C’est presque comme un jeu et c’est fascinant de voir comment les deux musiciennes ont autant de capacités et de cartes à jouer sur la scène pop française. Fishbach est passé en dix ans du punk-rock à la pop et elle n’exclue pas un jour proche de faire de la cornemuse. On comprend alors son intérêt pour elle.

Cousine

Alice Kong, réalisatrice de son dernier clip cosmique

Planant, rêveur… mais aussi cosmique. L’univers de Vendredi sur Mer c’est ce mélange osé entre paillettes ultra-colorées des années 60, des déanchements dans les dance hall de l’époque, où les distributeurs de bonbons acidulés servent les martiens à la peau bleue. Cet univers complétement rétro, la réalisatrice et photographe française Alice Kong l’a manifestement plutôt bien retranscrit pour ce dernier clip sorti en avril.

Nous retrouvons ainsi compilés les contrastes visuels des photographies de Charline Mignot, la rêverie rythmique de Vendredi sur Mer et quelques plans qui nous font presque penser à la fameuse séquence d’ouverture de Kubrick à 1 min 56.

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