Daniel Land

Daniel Land, cœur battant de la pop anglaise

Les fans de Sigur Ros et de A-ha aimeront à coup sûr la musique accrocheuse de Daniel Land. Il est à la dream pop (un sous-genre de la pop au caractère aérien et rêveur) ce que Mozart est au concerto.

Dans son troisième album « In love with a ghost » paru le 25 novembre, comme jamais il ne l’avait fait il stimule nos cinq sens. Et ça n’est pas vraiment un hasard… Alors qu’il se met à composer son album il y a trois ans, Daniel contracte une infection chronique de l’oreille interne. Pendant un an et demi, il demeure partiellement sourd et des crises de vertige le saisissent.

Si ce disque pouvait être un vinyle, il aurait plusieurs faces. L’album aux multiples histoires d’amour, leçons de vie et de courage se fait thérapeutique. Pour son auteur et son auditeur. De ses déambulations nocturnes dans Manchester, Londres et New York, il montre l’image de la ville, son atmosphère électrique la nuit, l’odeur de caoutchouc cramé, la brise de soirée qui embrasse notre visage. Une autre version d’une pop anglaise définitivement incontournable.

Vous avez écrit :

« Vivre dans une nouvelle ville m’a rendu incapable de faire de la musique. Et ça m’a déprimé. Ça a déclenché en moi une crise de confiance qui est allée si loin que pendant un moment j’ai cru que je n’arriverai plus jamais à faire de la musique. Quand j’ai finalement fini cet album, j’ai commencé a réévaluer ma vie, ma relation à la musique. Ça a eu directement une incidence sur ma santé, je me suis mieux senti. Ça fait du bien d’être de retour. »

Est-ce que la panne d’écriture est une chose récurrente chez vous ?

Daniel Land : En fait, ça ne m’était jamais arrivé. J’ai toujours trouvé ça facile, l’écriture et l’enregistrement d’un titre. D’ailleurs ça a plutôt été plus un manque de temps à cause de la fatigue, de la maladie plutôt qu’une panne d’écriture. Des choses sont arrivées dans ma vie en 2013, ce qui m’a bloqué un petit moment. Ca m’a pris un an pour en sortir. Quand je m’y suis remis, c’était difficile de reprendre l’album où je l’avais laissé un an avant. J’ai du rassembler le reste d’énergie que je possédais pour finir cet opus, et je suis très heureux d’avoir puisé sur mes réserves parce que finalement, cet album m’a ouvert beaucoup de portes.

Comment voyez-vous votre musique ? Comme une cure (la musicothérapie) ou davantage quelque chose à écouter à la maison comme une bande-son ?

Difficile de répondre à cette question ! Je suis corps et âme dans la musique, c’est donc difficile d’anticiper la réaction que les gens vont avoir en écoutant la mienne. Même maintenant, un an après l’enregistrement de l’album, ça reste difficile pour moi d’avoir des perspectives à ce sujet. Ce que je sais c’est que ça a mis longtemps à enregistrer et que ce n’était vraiment pas facile… Cela dit, après réflexion, je pense que cet album est plus dédié à une écoute posée chez soi. Mon album, « In love with a ghost », est un peu comme ces disques des années 80 laissés en fond sonore des dîners ou des apéros, comme l’ « Avalon » de Roxy Music.

En tout cas, c’est comme ça que je vois mon disque. C’est toujours intéressant de voir quel usage les gens font de votre musique.

Avez-vous déjà pensé votre album comme un hymne à l’amour ?

Je ne l’ai jamais imaginé de cette façon mais j’aime cette description ! Tout est amour, n’est-ce pas ? Plus je vieillis, plus je me rends compte que c’est tout ce qu’on a – qu’il s’agisse des amitiés, de la famille ou de partenaires romantiques… Il n’y a pas beaucoup d’autres choses. J’aime aussi les hymnes. J’ai été élevé dans une école religieuse, et chanter des hymnes faisait partie de la vie quotidienne. Plus ils étaient tristes, mieux je les aimais ! Pas étonnant que ma musique soit mélancolique…

Quel est l’apport de « In love with a ghost » dans votre carrière ?

C’est pour moi un disque important parce qu’il a cassé des limites que je m’étais auparavant fixées. J’ai sorti deux albums et plusieurs EP dans ma carrière : ils étaient tous plus ou moins classés dans le registre du shoegaze ou de la dream pop, et je voulais changer un peu ça. Je veux dire : j’adore le shoegaze et la dream pop mais je suis arrivé avec un train de retard. La musique avec laquelle j’ai grandi, c’était des choses comme Bryan Ferry, Tears For Tears, Peter Gabriel et Deacon Blue, et d’une certaine manière j’étais plus profondément empreint de ce genre de musiques. J’ai toujours voulu m’appuyer sur ces influences. Avec cet album, je me suis permis de le faire pour la première fois.

Cet album parle de la ville, de ballades nocturnes, de réinvention du monde. Mais il parle surtout de recommencer sa vie, la vôtre surtout. J’imagine que quand vous travaillez sur un nouvel album, vous recommencez à chaque fois de zéro. Ce serait, finalement, comme si vous aviez à « remplir les blancs ». C’est bien ça ?

C’est ça. Ma vie faisait face à beaucoup de changements et de défis quand j’ai commencé « In love with a ghost ». J’ai déménagé à Londres après avoir passé une grande partie de mon existence à Manchester, et je me suis aussi séparé de mon groupe qui m’accompagnait depuis 6 ans. Je me suis inscris à un cours de musique et j’ai rencontré plein de nouvelles personnes. Je vivais dans une nouvelle ville : tout était nouveau, passionnant et effrayant. Peu de temps après mon aménagement, j’ai rencontré ma compagne actuelle… Ma vie entière avait changé en quelques semaines. Naturellement, l’album a été nourri de ces aventures folles. Tout s’est passé sans trop réfléchir. Les choses se sont tendues un an ou deux après cela, mais je n’oublierai jamais la première partie de cette course ; c’était excitant.

Daniel Land photo credit Sue Westwood-Ruttledge
Crédit photo : Sue Westwood-Ruttledge.

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