Lescop

Entretien avec Lescop, lumière de l’obscurité

Après un premier album sorti en 2012, Lescop fait son retour avec Echo, un album pop et lumineux. Auteur-compositeur et interprète, Mathieu Lescop a été produit par Johnny Hostile qui le suit depuis ses débuts. Un voyage nocturne à écouter.

Crédit photo de Une : Mathieu Zazzo.
Pourquoi Lescop ?

C’est un surnom qu’on m’a toujours donné, un nom breton qui vient de mon arrière-grand-mère. C’était donc un choix naturel.

Dans « Echo », on rencontre de nombreux personnages. Qui est David Palmer ?

C’est l’un des protagonistes décrit dans mes chansons. Il est perdu, ambivalent, comme les autres. « Echo » est un chassé-croisé de personnages qui se cherchent et se rencontrent dans une grande ville, a priori Paris, la nuit. Ils se font écho de leurs tourmentes et de leurs chagrins. Ils finissent par trouver une vibration commune au fur et à mesure de l’album.

Vous cachez vous derrière le garçon « dérangé » décrit dans l’une de vos chansons ?

C’est toujours nous que l’on raconte dans nos chansons. Même « mauvaise fille », c’est moi. C’est une manière de se raconter.

Vous sentez-vous dérangé par la société actuelle ?

A votre avis ? Je ne connais aucune personne qui est satisfaite par la société actuelle. On est dans une époque qui va très vite et qui porte trop d’importance à des choses futiles. Evidemment, c’est un peu vague, mais pour développer, il faudrait beaucoup de temps.

Comment vous positionnez-vous face à la situation politique nationale d’aujourd’hui ?

On est dans une époque où les gens ont un sentiment d’injustice justifié. C’est ce qui est le plus symptomatique en ce moment. L’affaire Théo : c’est une injustice. Le problème est que les méchants ne sont pas si méchants que ce qu’on nous dit et les gentils ne sont pas si gentils que ça. Les rôles sont inversés en permanence. On dénonce Théo ou les journalistes qui vont fouiller dans les histoires politiques. Mais les méchants ce sont ceux qui détournent de l’argent ou qui enfoncent des matraques dans des parties intimes. Ces individus-là doivent perdre et les victimes doivent être dédommagées.

Pourquoi ne vous considérez-vous pas réellement comme un musicien ?

Pour moi, le musicien fait de la musique classique ou du jazz par exemple. Nous, on fait de la pop, c’est quelque chose de moins élaboré harmoniquement. Evidemment, la pop est de la musique, mais ceux qui en jouent ne sont pas des musiciens dans le sens savant du terme. Je me considère davantage comme auteur de chansons. Mon métier consiste à éveiller des images et écrire des textes tout en chantant, en faisant de la musique. C’est une charge émotionnelle. Donc non je ne me considère pas vraiment comme musicien, mais je suis une personne qui fait de la musique.

Quel artiste inavouable écoutez-vous ?

Il y en a plein ! J’adore avouer les artistes inavouables. Je suis fan de Billy Idol, j’adore Rihanna et Nicky Minaj… Beaucoup de personnes qui ne sont politiquement pas correctes. En ce moment, j’écoute que de la musique afro-américaine : du rap, du RNB…

Vous imagineriez-vous faire du rap ?

Le rap appartient à une culture, c’est un phénomène sociologique, comme le blues. Je trouverais étrange de faire du rap. Pareillement, je trouve ça ridicule quand des français font du reggae ou chantent en anglais, même si certains le font bien. Imaginez si des chanteurs américains se mettaient à chanter français… Ce qui pour moi est intéressant, c’est de voler des choses : une phrase, une façon d’écrire… aux musiques qui sonnent différemment de la mienne. Mais il faut faire une musique qui nous ressemble plutôt que d’essayer de ressembler à la musique de quelqu’un d’autre. Après, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas écouter ces autres musiques, ni ne pas s’en inspirer, mais il ne faut pas essayer de l’imiter.

Quelles sont vos influences musicales ?

Ma mère écoutait du Rock’n Roll des années 50, j’ai découvert la musique de cette manière. Mais mon premier amour c’est le punk avec Nirvana. Je lisais beaucoup d’interviews où il citait ses influences qui m’ont orienté vers Bowie ou Daniel Darc par exemple. C’est ainsi que je me suis intéressé au cinéma : beaucoup de réalisateurs ont influencé des chanteurs ou des groupes de rock, comme Godar, Louis Malle… En fait, c’est par le prisme du rock et du punk, que j’ai découvert l’art en général.

A quel moment de la journée écrivez-vous vos textes ?

Cela dépend, il n’y a pas d’heure… souvent l’après-midi. J’ai eu une grosse période matin aussi, mais j’ai changé. Cet album-là, je l’ai écrit entièrement dans des cafés : je mangeais puis j’écrivais. J’achetais des bouquins avec des images que je posais sur ma table et les regardais, je regardais aussi les gens, j’essayais de m’inspirer de ce qu’il se passait.

Mettez-vous un réveil ?

Je n’ai pas le choix d’en mettre un ! Si vous voulez tout savoir, je me réveille à 7 h 30 tous les matins.

Vous étiez quel ado ?

Pénible, comme tous les ados. J’étais un ado rebelle, même si c’est cliché de dire cela car tous les ados sont rebelles. Mais j’étais assez violent dans mes rapports humains. J’étais plutôt extraverti, d’ailleurs j’ai changé là-dessus je suis devenu plus réservé.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans la vie ?

La beauté, c’est ce qui me fascine le plus, du moins positivement. J’ai aussi des mauvaises fascinations, la bêtise par exemple. Mais j’aime la beauté dans toutes ses déclinaisons : la beauté des gens, du langage, d’un film, d’un geste… J’adore regarder quelqu’un qui fait très bien la cuisine ou un champion de karaté. L’autre jour j’ai regardé quelqu’un peindre, j’étais impressionné par ses gestes assurés et fluides. J’aime bien griller des petits détails chez les gens que je trouve jolis, des attitudes que je trouve charmantes. C’est ma petite fascination du quotidien.

D’où vient votre amour pour la langue française ?

Quelque part, je n’ai pas le choix d’aimer la langue française : c’est la mienne et la seule que je maîtrise à peu près. Notre force vient de ce que l’on est. Il faut donc faire en fonction de ce que l’on a, que ce soit nos faiblesses ou nos qualités. Je ne serai jamais David Bowie, mais c’est ma force aussi. Il n’y a pas de meilleur Lescop que Lescop : personne ne peut être moi mieux que moi.

Votre auteur préféré ?

J’ai eu une grosse période Bret Easton Ellis. J’aime beaucoup le langage qu’il a, il ne passe pas par quatre chemins, dès qu’il a quelque chose à dire il le dit. American Psycho par exemple, on peut trouver ça impudique, mais je trouve que dans son style, même si les sujets abordés sont très cru, il a une certaine pudeur. C’est quelque chose qui me parle, que je recherche.

Vos projets en cours ?

J’écris actuellement mon prochain album et des scénarios de film. Je vais peut-être me prêter au jeu d’acteur aussi, j’attends des feux verts.

Un dernier message pour conclure ?

Justice pour Théo !

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