Jackie : Natalie Portman en première dame à l’allure vaniteuse mais bouleversante

Jacqueline Lee Bouvier, devenue Jacqueline Kennedy, dite «Jackie», fut l’épouse du 35e président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, et donc la Première dame du vaste pays outre-Atlantique de 1961, jusqu’à l’assassinat de son mari à Dallas, le 22 novembre 1963. Pablo Larraín, réalisateur chilien, à qui l’on doit El Club, ou encore Neruda, a donc choisi de se focaliser sur cette femme qui devait sa popularité à son élégance, à travers un biopic original : Jackie.

Ce film ne suit étonnement pas la chronologie des faits. Passant d’une interview post-accident, à l’accident lui-même, en se propulsant ensuite lors des funérailles, cette dernière se voit bouleversée, apportant un certain dynamisme à l’ensemble, quand parfois tout cela semble manquer de rythme dans des scènes où l’on ne fait que traverser et retraverser les pièces de cette Maison Blanche labyrinthique. En effet, quelques passages longs empêchent le spectateur de s’investir complètement dans ce biopic, pourtant bien mené. Jackie oscille entre passivité et action, mais le réalisateur donne à voir un deuil, une étape de la vie qui prend un certain temps à se résoudre, et qui explique ces longueurs, et cette stagnation psychologique de l’héroïne. De plus, le tout articulé autour d’une musique oppressante rend les scènes parfois interminables.

Il n’en est pas moins que Larraín a su mettre en avant les montagnes russes émotionnelles auxquelles la veuve en ensemble feutré rose fait face. Les gros plans sur le visage de Natalie Portman sont fréquents, et sont beaux. Ils font ressortir à merveille le jeu grandiose, si juste et touchant de l’actrice, tout en apportant au spectateur le grain de compassion qui pourrait lui manquer à d’autres moments dans ce film. Natalie Portman parvient alors à incarner cette Première dame devenue mythique, à travers un mimétisme digne des biopics les plus réussis, rendant à l’écran à la fois la fragilité et la force de caractère de Jackie.

L’alternance entre scènes d’intimité et de médiatisation rend le film intéressant. Tantôt fêtant l’anniversaire de son fils John ou nettoyant son visage plein de sang, tantôt marchant derrière le cercueil de son défunt mari aux côté de sa famille et de chefs d’État, Jackie est vue par le spectateur dans ces deux sphères qui s’opposent, et qui la font changer d’attitude. La réalisation est également originale grâce aux images d’archives dans lesquelles sont intégrés ensuite les acteurs.

Une femme qui voulait que les funérailles de son mari rayonnent

Quelque chose semble pourtant manquer au biopic de Larraín. En effet, le spectateur peut avoir du mal à saisir un quelconque intérêt dans l’organisation de funérailles. Bien sûr, il ne s’agit pas des funérailles de n’importe qui, mais en espérant trouver un film sur Jackie, la déception du spectateur n’est pas surprenante. Ce biopic, et cela est paradoxal, ne nous apprend que peu de choses sur la vie de l’épouse de JFK. Le scénario nous détourne du personnage complexe de Jackie, pour finalement presque exclusivement s’intéresser davantage aux événements et aux conséquences ayant suivi la mort de l’ex-président des États-Unis. L’hommage majestueux et spectaculaire est certes organisé par Jackie, mais cette dernière incarne une femme qui semble du même coup être dépeinte constamment dans l’ombre du président. Le choix de ce moment précis, qu’est l’assassinat de JFK, pouvait être un point de départ original pour ce biopic, puisque centré sur une période très courte, mais il nous éloigne ici de ce qui définissait réellement Jackie en tant que femme du président, dans tout ce qui faisait que sa vie quotidienne était si symbolique. Avec ce bouleversement tragique, le réalisateur chilien nous extrait de ce quotidien, dans lequel certes le spectateur aurait pu déceler une part d’ennui, mais qui lui aurait permis de découvrir véritablement l’icône qu’était cette Première dame.

Le film semble alors manquer cruellement d’action. Nous faisant presque penser qu’il s’agit plutôt d’un film sur le couple mythique américain, que sur l’unique Jackie, le spectateur veut assister à cet assassinat qui a bouleversé l’Amérique toute entière. Mais cet assassinat ne surgit que dans la deuxième moitié du film, et ne dure que quelques instants, nous laissant démunis après le son transcendant d’une deuxième balle mortelle.

Natalie Portman brille comme souvent, et est indéniablement en route pour l’Oscar, mais ne parvient tout de même pas à élever le film, dans son ensemble, au rang de chef d’œuvre.

Laisser un commentaire