LA LA LAND, bonjour bonheur

Hollywood est mort mais pas l’amour. Emma Stone tombe dans les bras de Ryan Gosling dans une magnifique comédie musicale signée par le mélomane Damien Chazelle.

On dit bien des choses sur la musique mais on dit surtout qu’elle adoucit les mœurs. Et Damien Chazelle prend l’expression au pied la lettre avec l’incroyable séquence d’ouverture de son dernier film La La Land, comme pour nous prouver que tout bon adage mérite reconnaissance. Ainsi, qui aurait pu imaginer un seul instant que l’indigeste cacophonie de klaxons d’un embouteillage se transformerait comme par magie en une chorégraphie millimétrée aux doux airs de spectacle de Broadway. Personne. Aucun des spectateurs ne restera de marbre face à une entrée en matière aussi gratuite qu’irréelle pourtant maîtrisée à la perfection. La comédie musicale a enfin une chance de revenir sur le devant de la scène car Chazelle vient tout juste de lui redonner ses lettres de noblesse trop longtemps oubliées.

Car oui, à n’en pas douter La La Land est une de ces comédies musicales que l’on pourrait à priori qualifier de volubile et redondante, imposée par une campagne marketing faite au bulldozer et que l’on éviterait volontiers. Mais non puisque le troisième long-métrage du réalisateur américain est bien plus qu’une simple comédie aux fausses notes musicales, c’est décidément un film incontournable de ce début d’année 2017, qui nous promet encore de belles surprises.

Ainsi la douce romance entre Sebastian (Ryan Gosling), un pianiste ingénu et Mia (Emma Stone), une actrice ratée, n’est pas qu’un simple prétexte à des séquences chantées et dansées de haute volée. Chaque élément du duo possède sa propre narration et évolue indépendamment de l’autre dans une symbiose des plus parfaites. Liés par des ambitions similaires et un schéma narratif identique, ils représentent à merveille les deux faces d’une même pièce. Tout deux rêvent de grandeur et de succès mais se retrouvent confronté à la dure réalité d’une industrie prise dans son propre piège depuis maintenant plusieurs décennies : la course au profit. La machine hollywoodienne apparaît comme tarit de tout bon succès (mais la preuve est que non) et hermétique à toute nouveauté. Lorsqu’il n’est pas en train de s’imaginer un passé qu’il n’a pas connu, Gosling, en génie burlesque et candide, proteste contre le changement de direction pris par son club de jazz fétiche. Stone, tout en explosivité, est désormais incapable de réussir la moindre audition pour une production incongrue ou une série sans fin. Ils partagent alors le même amour de l’ambition mais leur histoire (et son dénouement) à tous les deux semble si loin de standards actuels des ­rom-coms stupides. Dans un jeu de regards final rappelant ceux des longs métrages de Richard Linkalter, le film sort de son moule en prouvant qu’une comédie romantique n’a pas qu’une seule et unique issue possible.

Sans tomber forcément dans les travers de certains films mielleux, celui-ci tire évidemment sa force de son duo tantôt comique tantôt émouvant ainsi que dans son esthétique des plus soignées. Chazelle se revendique même digne héritier de Jacques Demy et ce n’est pas la séquence d’ouverture qui nous dira le contraire. Entre les couleurs criardes des costumes et la bande-son aux petits oignons de Justin Hurwitz, le public est transporté. Il est même invité au voyage dans un Los Angeles fantasmé voir ubuesque, comme si la Cité des Anges était tout droit tirée d’un film noir, tout en caricature et en exagération. La La Land génère une artificialité débordante qui lui est bénéfique au point de transformer la salle en une petite bulle de bonheur que même l’apparition d’un « The End » ne pourrait faire éclater.

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