Bo Bartlett, l’effet du regard

Récemment exposées à la galerie Ameringer, McEnery, Nohe, les oeuvres du peintre américain Bo Bartlett mettent en scène le silence, la rage et l’espoir. Ce mélange fait de lui un artiste qui aime arrêter le temps pour qu’à notre tour nous en imaginions la suite.
Bo Bartlett peignant The Promised Land; crédit: facebook officielle de Bo Bartlett

Né en 1955 à Columbus en Géorgie aux Etats-Unis, Bo Bartlett se forme à Florence en 1974 puis retourne dans son pays pour étudier l’art en Philadelphie et en Pennsylvanie ainsi que l’ostéopathie jusqu’en 1977. Puis il est successivement récompensé de prix décernés notamment par l’Académie des Beaux Arts de Pennsylvanie. Ce n’est qu’en 1982 qu’une exposition personnelle lui est dédiée au Marian Locks Gallery de Philadelphie. Depuis, il est principalement exposé  à New-York, Los Angeles, Chicago et Seattle.

Bo Bartlett, The American (2016)

En 2016, Scala Arts & Heritage Publishers édite une monographie de Bo Bartlett pour traiter de l’évolution du peintre en tant qu’artiste figuratif et célébrer l’ouverture du centre portant son nom à Columbus, sa ville natale. La publication retrace ainsi toutes les compositions d’un artiste prolifique parfois rattaché aux peintres réalistes américains tels Edward Hopper et Thomas Eakins. Mais la production de Bo Bartlett est plus personnelle, rattachée à son expérience et les préoccupations de la société du début du XXIe siècle.

Bo Bartlett, The Promised Land (2016)

De son expérience personnelle, The Promised Land exprime son rattachement à la mer qu’il côtoie sur sa barque et en l’observant à travers la fenêtre de sa maison sur l’île de Wheaton dans le Maine. C’est même dans sa petite maison insulaire blanche qu’il réalise ses tableaux. Mer habituellement calme, cette fois-ci la vague trouble la navigation, déclenche un sentiment de crainte chez les jeunes baigneurs. Le spectateur peut être troublé par ce jeu de courbes produit par cette vague puissante et bombée ainsi que par la montée de la mer. Pourquoi affronter une nature aussi réticente? La Terre Promise existe-elle réellement ?

Bo Bartlett, Dominion (2016)

L’œuvre de Bo Bartlett ne se réduit pas uniquement à la narration d’individus à la recherche du bonheur, il s’étend jusqu’aux péripéties de nos amis les animaux. Dominion met en scène la colère d’un ours polaire. Placé sur un vulgaire morceau d’iceberg perdu dans une mer paisible, la bête est menacée de disparaître, consciente que sa terre promise n’est plus qu’une utopie. Ses yeux rouges sont l’expression d’une rage, d’un sentiment d’abandon. Bien qu’il ait une pose de conquérant à la manière de Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard peint par Jacques-Louis David, l’ours ne peut être victorieux que dans la dignité.

Bo Bartlett, Eliot in Chaddsford (2015)

Moins tragique, ce tableau met en avant son troisième fils Eliot. Auparavant, Bo Bartlett faisait figurer cette même position notamment dans The Universe is a green dragon et Eliot in Margaree Harbour Novia Scotia peints en 1996. C’est une manière pour le père de faire ressurgir le passé de façon pérenne. Le souvenir de l’enfance est toujours imprimé dans la rétine, toujours lié à celle de son fils et à une époque. En effet, même si cette pose ne semble n’être qu’un motif qu’il affectionne, son fils marque une partie de sa production entre 1990 et 2000. Eliot apparait quelque fois avec ses deux grands frères Will et Man, ou avec d’autres individus. L’innocence de son jeune fils semble être une source d’inspiration inépuisable vingt ans plus tard. Est-ce la force de son regard qui lui donne cette force de création?

Bo Bartlett, Halloween (2016)

Encore un regard ! Cette scène a un effet cinématographique, comme une suspension dans le temps pour attirer l’œil sur un moment crucial. Est-ce le regard de ce gamin qui rappelle celui son fils Eliot qui en est l’élément déclencheur? Que l’enfant soit celui d’un autre ou le sien, peu importe, c’est l’animation de son silence qui nous perturbe. Pourquoi les autres minots courent-ils après les sucreries alors qu’à leur gauche un artiste ne désire qu’à les peindre ?

Exposition personnelle Bo Bartlett au Ameringer, McEnery, Yohe à New-York du 7 juillet au 12 août 2016.

Un héros est oublié, omniprésent dans chaque tableau. Puissante et silencieuse, une brume habille chaque composition créant une ambiance hypnotique et mettant en valeur chaque modèle. Bo Bartlett est incontestablement un peintre de la narration, celui qui pousse à s’approprier les scènes pour constituer notre propre histoire. Le spectateur doit imiter ces êtres qu’il observe pour tenter de communiquer avec lui afin de se laisser envouté par ces regards, comme charmé par ce lien mystique puis attrapé par l’indicible.

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