Bigflo et Oli

« Le rap français a été traditionnellement sous-médiatisé »

Sylvain Bertot aime le rap à tel point qu’en 2005, il fonde le site d’actualité Fake For Real. Entre deux piges pour Pop News, il se consacre le reste du temps à l’écriture de livres qui retracent l’histoire du rap indépendant et du hip-hop, publiés par Le Mot et le reste, une maison d’édition à Marseille. Ensemble, nous avons discuté de la place du rap dans les médias français, là où il n’a pas encore bonne figure.

Kaaris La Parisienne/Le Parisien
La Parisienne, version féminine du journal Le Parisien, publiait le 13 janvier un article sur le rappeur Kaaris accusé de misogynie, « une tendance de fond dans le rap français », disait l’article.
Photo de couverture
Dans la lignée du collectif 1995, les deux toulousains de Bigflo & Oli ont d'abord percé sur la toile avant de s'importer dans les salles. Pleines. Crédit photo : Christophe Harter.
Vous qui connaissez bien la musique rap, vous ne trouvez-pas que les pages musicales des grands quotidiens nationaux occultent le genre musical ?

Sylvain Bertot : C’est toujours le grand dilemme pour les médias grand public. Forcément, ils doivent trouver un consensus parce qu’il y a plusieurs contraintes pour eux. La première, c’est que ce sont des journaux à grand tirage et ils sont obligés de sélectionner des sujets qui conviennent à tout le monde. Ce sont des médias très visibles qui peuvent être facilement critiqués, qu’on attend au tournant. Donc forcément, parler du métal et les scandales qui sont associés à ce genre musical et compagnie ça semble être compliqué pour eux. Et la deuxième chose, c’est que la rédaction musicale de ces quotidiens a un certain âge et donc leur vision de la culture pop qu’ils ont est celle de leur génération. Donc même quand ils vont parler de rap, ils vont attendre du rap des choses qu’on attendait du jazz et du rock mais ils ne vont pas forcément comprendre le rap pour ce qu’il est.

Le rap qu’on retrouve dans les journaux, c’est surtout du rap engagé…

Bien sûr. Mais c’est aussi lié à l’histoire de la France. La France a pour héritage la chanson à textes. Les mots doivent dire quelque chose, ils doivent apporter un message… Si on parle de média orientés à gauche comme Libération, forcément par la force des choses, ils vont préférer des gens qui disent des choses qui parlent d’engagement plutôt que les versants les plus nihilistes du rap et du métal.

Est-ce que le rap a plus de visibilité dans la presse nationale aujourd’hui ?

Le rap a été traditionnellement sous-médiatisé parce que c’est une question de génération. Quand on veut en parler, on va parler de Nekfeu et Kaaris. Maître Gims, c’est pour les enfants. On a préféré se focaliser sur des gens présentables et sur des têtes d’affiche. Dans les années 90, on parlait de musique électronique, de rock et aujourd’hui on parle du rap d’une autre manière, c’est complètement différent.

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