Donald Trump, une icône de l’art ?

Qu’est-ce qui motive les artistes internationaux à peindre, sculpter et caricaturer le nouveau dirigeant des Etats-Unis d’Amérique? Affublé d’un micro pénis, d’une bouche servant d’urinoir ou encore d’une tête devenant une piñata, Donald Trump tend progressivement à devenir un modèle inépuisable pour le monde de l’art.

Ralph Wolfe Cowan, The Visionnary, 1989

Le 20 janvier 2017, Donald Trump deviendra officiellement président des Etats-Unis d’Amérique. Pour tous, il s’agit d’un tournant crucial dans l’échiquier international, en cause la liberté de ton du républicain. Ce manque de courtoisie tranche avec la diplomatie de son prédécesseur  Barack Obama. La personnalité du nouveau dirigeant prête à rire, ses tweets deviennent l’expression d’un individu jugé trop libre et très sensible à l’image que ses compatriotes lui renvoient de lui-même. Pourtant, à la fin des années 80, le peintre Ralph Wolfe Cowan propose une image plus douce et moins caricaturale. Le Visionnaire ou l’Entrepreneur met en scène un beau jeune homme posant devant un ciel nuageux troué de rayons de soleil. Trump serait-il à l’aube d’une vie pleine de splendeur ?

Illma Gore, Make America Great Again

La contestation par le nu

Une vingtaine d’années plus tard, son image perd de sa superbe, les artistes sont aussi libres que lui et dépeignent le 45ème président des Etats-Unis de manière crue. Le cas d’Illma Gore est emblématique des limites de l’art. En 2016, la jeune artiste peint un Donald Trump nu, posant ses bras croisés sur une cuisse. Il s’agit quasiment d’une étude d’anatomie, réalisée à partir du modèle d’un de ses amis. Mais l’artiste décide de l’affubler d’une bouche grimaçante et d’un pénis minuscule. Cette représentation ne passe pas et Illma Gore subit en sortant de son domicile les attaques physiques d’un partisan du parti républicain. Cette histoire de violence témoigne d’une désacralisation par l’art utile mais incomprise. Dans une interview accordée à The Guardian, l’artiste explique ce choix du micro-pénis en interrogeant l’interprétation que le spectateur peut avoir sur la taille du sexe masculin: « Je voulais poser la question du genre: si j’avais peint Trump avec un énorme pénis, pourquoi l’interpréterions-nous comme le signe de sa puissance ? Pourquoi considérer un petit pénis comme efféminé? Et tout d’abord qu’est-ce qui ne va pas avec le caractère efféminé ? » (Illma Gore, 7 mai 2016, interview accordée à The Guardian).

Une fois n’est pas coutume ! Ce type de représentation avec la quasi absence de son appareil génital devient un motif emblématique de l’image artistique de Donald Trump. Printemps 2016, le collectif d’artistes anarchistes anonymes de street art Indecline réalise la série The Emperor Has No Balls réunissant quelques statues de Trump pour enfin être présentées dans les grandes villes des Etats-Unis notamment New-York et San Francisco. La référence aux statues des dieux grecs semble lointaine mais fait écho aux ambitions que peuvent avoir certains dirigeants. Le président est présenté comme la nature l’a doté cependant les hauts faits victorieux sont remplacés par une contemplation austère. Ginger, l’artiste américain qui réalise ces statues d’argile et de silicone explique à Washington Post que le collectif a fait appel à lui en raison des monstres qu’il crée. Son air constipé fait écho à la frustration du dirigeant face à la modernité de la société. Ainsi pour Indecline, la désacralisation de Trump doit passer par l’humiliation ?

Rei Ramirez et Ivan Roque, When Pigs Fly, Miami

L’effet voudou ?

Sa victoire en novembre 2016 provoque quelques illusions. A Miami, deux artistes américains couvrent un mur de graffiti où Trump est grimé en cochon. When Pigs Fly (quand les cochons volent) reprend l’expression française « quand les poules auront des dents » et exprime la désillusion d’une partie des Américains.

Les artistes américains ne sont pas les seuls à manifester leur intérêt pour la figure du président. C’est le cas de l’Anglaise Eleanor Elliott-Rathbone qui par trois fois joue avec Donald Trump. Sa tête représente des excréments dans We’re in the shit, elle est aussi sujette au jeu de la queue à accrocher sur la croupe d’un âne en choisissant cette fois-ci de fixer sa mèche blonde sur le front, ou encore sa boîte crânienne devient une piñata. Pour comprendre ses multiples références populaires, l’artiste-designeuse explique:

« Le visage de Donald Trump n’est pas le genre de visage qu’on peut oublier. Il est comique, ridicule et risible, autant que ses tweets. Le public n’a pas assez de temps ou la capacité à bien se sentir face aux choix politiques. Quelque chose d’aussi simple que de frapper sur un ballon en papier mâché en forme de visage ressemblant à celui de Trump est le remède adéquat pour se déstresser. C’est aussi le cas en pressant une épingle sur un poster avec son visage. D’une certaine manière, les politiciens ont tendances à ressortir les parties les plus agressives de notre personnalité, et mon travail permet au public de les relâcher. »

Donald Trump, muré dans des toilettes parisiennes
En Chine, l’usine de sculpture gonflable du Zhejiang choisit Trump comme le coq de l’année 2017; crédit: Photo Johannes EISELE. AFP
Casey Latiolais, Year of the rooster (L’Année du coq)

Un clown moderne

Cependant, représenter Trump n’est pas uniquement l’adage d’une contestation politique. Dans des toilettes parisiennes, les occupants découvrent avec amusement le visage de Trump derrière un urinoir en forme de lèvres tirées de l’univers des Rolling Stone. Est-ce  une référence à ses discours politiquement incorrects ? Faire rire par l’art se répand même en Chine. A l’occasion de l’année du coq, les Chinois verront dans le ciel des coqs gonflés semblable à Donald Trump. Le propriétaire de l’usine responsable de ces sculptures dit vouloir associer deux figures emblématiques de l’année 2017. Cependant, ce coq Trump n’est pas une originalité issu de l’imaginaire de l’industriel M.Wei. Le journal Libération rapporte qu’en décembre 2016, une statue semblable créée par l’Américain Casey Latiolais et nommée L’année du coq était exposée devant le centre commercial de Taiyuan au nord de la Chine. Malgré la ressemblance, Wei nie l’inspiration.

Acé, Trump et l’environnement

Dans le monde du dessin de presse, la figure du 45e président des Etats-Unis connait une pléthore de caricatures. Le dessinateur de presse français Acé explique la raison d’un tel intérêt pour cet individu atypique :

« Pour moi, Trump il est caricatural par nature. Physiquement avec sa très longue cravate et ses cheveux par exemple. On a l’impression qu’il est resté coincé dans les années 90. Et puis il dégage physiquement l’autorité patriarcale et patronale américaine typique. Dans son comportement aussi, il est tellement spontané et brutal, voire binaire qu’il prête le flan à la satyre. Il est chargé de symboles parfois ringards mais aussi fascinants. En gros c’est un personnage de bd parfait. D’une certaine manière il me fait penser à Homer Simpson ou à Family Guy. Des personnages de la classe moyenne américaine blanche de base pleins de vices mais rigolos. »

2017-2021: America’s Got A New Idol

Doit-on considérer que Donald Trump devient une nouvelle icône de l’art à l’image des Christ accrochés dans l’angle des maisons orthodoxes? Une chose est sûre, le nouveau président des Etats-Unis jouit d’une popularité complexe. Son physique, sa personnalité et ses propos provoquent autant le rire que l’indignation. Le représenter est une manière d’exorciser les émotions des artistes comme ceux des citoyens du monde puisque la personnalité de Trump a l’avantage de traverser toutes les frontières. Que son mandat rassure ou inquiète, nous sommes conscients que le dirigeant du monde libre continuera d’inspirer les créateurs d’images durant la seconde moitié des années 2010.

Retrouver les liens de chaque artiste cité: Acé (facebook et instagram) / Casey Latiolais / Eleanor Elliot-Rathbone /Illma Gore / Indecline / Ralph Wolfe Cowan

 

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