Astan de Swagger

Avec son film Swagger, Olivier Babinet donne la parole aux jeunes des cités

Pour Swagger, son deuxième long-métrage, Olivier Babinet est parti filmer les gens d’Aulnay-sous-Bois, une ville en banlieue parisienne. Parce qu’il anime depuis deux ans des ateliers autour du cinéma au collège Claude Debussy, le réalisateur a voulu faire connaître ses élèves, jeunes habitants des quartiers populaires, et leur donner la parole sur ce qu’ils vivent au quotidien.

Swagger Olivier Babinet
Le documentaire d’Olivier Babinet a été diffusé cette année au festival de Cannes. Crédit photo : Faro / Kidam / Mathematic / Carnibird
Vous avez présenté pour la première fois votre film au festival de Cannes, en mai. Depuis, vous tournez en France pour le présenter. Comment réagit le public ?
Une fois, je me souviens, j’étais à la diffusion du film devant 300 adolescents issus de quartiers populaires et de cités. Une jeune Indienne a pris la parole en disant des choses très fortes. C’était en écho à Paul, un Indien, qui raconte dans le film le racisme qu’il a subi au quotidien. Et pourtant cette cruauté là, on la rencontre partout et pas seulement en cité. Même dans certains villages en Bretagne, les adolescents peuvent être vraiment très cruels les uns envers les autres sans s’en rendre compte. Quand elle a parlé, la jeune m’a dit en se levant : « Ce film, c’est moi. J’ai vu que je n’étais pas seule, quand que je suis arrivée en France, tout le monde se moquait de moi. » Elle s’est mise à pleurer et s’est adressée aux autres : « Je vous en supplie, ne faites plus jamais ça ». Ils ont tous applaudi. C’était assez incroyable comme moment.
Quelle image de la cité voulez-vous donner avec Swagger ?
Je voulais donner une image différente de celle que donne les politiques et certains médias. La modifier et la rendre juste. C’était ma motivation première. Montrer qui ces jeunes étaient réellement. C’est un film qui n’est pas adressé seulement aux jeunes de cité parce qu’ils vont sans doute se reconnaître dedans, mais c’est surtout un film pour les autres. A ceux qui ont des idées toutes faites. Et pour arriver à toucher ces gens, il faut faire circuler cette parole, engager le dialogue.

Selon vous, n’y a-t-il que le cinéma qui puisse mettre à mal les clichés sur les habitants des cités ?
Non, pas nécessairement. Il y a des journalistes aussi qui essayent de démonter les clichés. Mais les chaînes qui veulent faire de l’audience utilisent, des fois, des moyens qui sont dégueulasses. Ce qui est différent avec le cinéma par rapport au reportage, c’est que moi je passe deux ans là-bas à donner des cours aux enfants, puis après je décide de faire un film, je l’écris puis après il se passe encore deux ans. En tout, ça prend quatre ans.
Quelle est la différence dans le traitement de la banlieue au cinéma et dans les médias ?
Le mec qui fait un sujet pour une chaîne d’info en continu, il reste un quart d’heure. Il pose sa caméra de loin, il floute les visages, il fait un commentaire angoissant et puis voilà, c’est fini. Ça, c’est une grande différence. C’est comme les journalistes qui sont allés couvrir les émeutes, qui sont restés à chercher une voiture qui brûle pour la filmer pour donner la sensation que la France est en feu. En voyant ça à la télé, les américains ne viennent plus, ils pensent que la France entière brûle alors que ce ne sont que des gros plans de quelques endroits qui brûlent, comme d’habitude. Mais il y a certains journalistes, très peu, qui sont restés après. Il y a eu des suisses qui ont créé le Bondy Blog à la suite de ça. Ils sont restés six mois ou un an pour comprendre ce qui s’était passé, pour parler avec les gens. Puis ils ont légué le blog à ces habitants des cités. Donc ça c’est pas du cinéma, c’est du vrai journalisme.
Quel témoignage vous a le plus marqué dans votre documentaire ?
Je les aime tous. C’est un ensemble. Comme un orchestre, ils forment chacun un instrument. Mais souvent, quand les adolescents des cités sont représentés au cinéma, ils le sont en groupe, comme Entre les murs, par exemple. Aussi, on n’entend que les grandes gueules et leur point de vue l’emporte sur les autres. Les autres n’osent pas dire ce qu’ils pensent et donc on peut croire qu’ils sont d’accord. Or, celui qui a une grande gueule n’est pas celui qui a les choses les plus intéressantes à dire. Le fait de les avoir isolé, tout d’un coup les plus timides et les plus effacés ont des choses à dire. Ils mettent des mots sur des choses. Et ça, je suis très content d’avoir pu le montrer.

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