Le festival de Cinéma Indépendant Américain de Deauville en 6 films

Célèbre pour ses planches et ses parasols multicolores depuis le début des congés payés, Deauville attire toujours les parisiens mais aussi les stars du grand écran, surtout en septembre, pendant le festival de Cinéma Indépendant Américain. « A precious moment for all cinema lovers » ?

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Presque mythique, la charmante ville Normande a su séduire les conducteurs de belles voitures autant que les passionnés de cinéma grâce à ses longues plages de sable fin et à son festival ; que ce soit pour y regarder des films toute la journée ou pour se prendre en photo devant des stars sur le tapis rouge. C’est sans doute sa programmation variée – entre hommage à James Franco, Stanley Tucci et Michael Moore, avant première de War Dogs ou photo call de Daniel Radcliffe – qui l’impose comme un grand évènement, un moment précieux pour tous les amoureux du cinéma, d’après le slogan.

Un large choix de films indépendants américains encore inédits sont ainsi diffusés – et sans coupure pub ! – dans des lieux grandioses tel que le cinéma du Casino ou encore le Centre International de Deauville au bord de la plage ; les salles sont parfois pleines à craquer, jusqu’à refuser des dizaines de personnes à l’entrée, bien que beaucoup de spectateurs sortent au milieu du film, et sans parler de la foule qui s’échappe quelques minutes avant que la fin pour être sur de pouvoir profiter de la séance suivante ou peut être pour être servis le premier au restaurant. Ce qui est certain, c’est que l’on côtoie du beau monde au festival de Deauville mais on peut aussi y voir plein de films !

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Le Teckel

Wiener-dog, réalisé par Todd Solondz – au cinéma le 19 octobre

Récompensé par le prix Kiehl’s attribué par le jury de la Révélation et par le prix du jury (ex-aequo) présidé par Frédéric Mitterrand, ce film original dresse des portraits choisis et figés d’une société américaine déshumanisée. On y suit un petit chien court sur pattes – plus un fil rouge qu’un personnage principal – dans différents contextes, comme une succession de courts métrages où l’on rencontre des personnages cyniques que le réalisateur et sa caméra semblent détester. Plus ou moins fortement exploité, le teckel semble apporter quelque chose d’implicite – un pressentiment funeste puisque la mort n’est jamais loin ? – à tous ceux qui l’adoptent. Très minimaliste notamment dans ses dialogues – toujours froid et ne laissant place que au nécessaire – Le Teckel est une réussite dans son genre – un film pessimiste et misanthrope – malgré un humour un peu trop grinçant qui le fait basculer vers le malsain.

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Teenage Cocktail

Teenage Cocktail, réalisé par John Carchietta

A l’intersection entre Virgin Suicide et Spring Breaker, mais on peut aussi penser à The Bling Ring – décidément Sofia Coppola a sans doute inspiré le réalisateur – Teenage Cocktail est un film de jeunesse insouciante et dépravée. Après une rencontre de film américain, tournée admirablement comme une rencontre amoureuse sans se soucier du genre, les deux copines – magnifiquement interprétées par Nichole Bloom et Fabianne Therese – jouent avec le feu et avec le vice pour pouvoir s’enfuir à New York, la grande ville où tout est mieux pour une adolescente américaine pleine de rêve. Dans ce couple sensuel et explosif, la dominante initie la dominée à une forme de perversité dans un jeu dangereux qu’elle semble plus aimer que sa partenaire, comme si il lui fallait une copine pour la suivre dans ses délires dérangés. Un film faussement naïf que l’on prend plaisir à regarder – notamment pour sa photographie – sans pour autant être inoubliable, malgré de jolies scènes aux allures de clips.

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Sing Street

Sing Street, réalisé par John Carney – au cinéma le 26 octobre 2016

Avec son ambiance délirante des années 80 irlandaise, Sing Street est un véritable feel good movie musical : un film de copain qui monte un groupe « futuriste » pour impressionner une fille plus âgée qui se prétend mannequin et traîne devant le lycée. Thématique finalement récurrente de la jeunesse, la jeune fille, elle, rêve de quitter Dublin pour partir à Londres et comme dans Teenage Cocktail, le film propose une fin ouverte – peut être un peu plus heureuse – où les rêves ne sont pas brisés, où la jeunesse peut vaincre. Même si l’histoire d’amour prend un peu trop de place, l’atmosphère envoûtante du film, qui cite Retour vers le futur et Joy Division, en fait un véritable très bon moment. A la fois drôle et touchant grâce à ses personnages ingénieux, Sing Street mais manque sans doute d’innovation, mais finalement peu importe !

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Christine

Christine, réalisé par Antonio Campos

Biopic social, ce film raconte l’histoire d’une jeune journaliste américaine, Christine Chubbuck, notamment célèbre pour son suicide en direct à la télévision. Comme le titre le laisse présager, Christine se centre sur son personnage principal – autour duquel gravite ses collègues et sa mère – dans le seul but d’appréhender sa personnalité. Le suicide est finalement une belle métaphore de son caractère complexe, à la fois très fort et très faible. Christine est ainsi un beau personnage torturée, qui ne cherchera jamais à résoudre ses conflits internes, préférant croire à des convictions juste mais stérile. Trop conventionnel, ce film auto-centré reste en effet bloqué dans un pathos étouffant, en voulant expliquer se qui peut pousser au suicide une journaliste sérieuse et impliquée dans son devoir d’information.

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Brooklyn Village

Little Men, réalisé par Ira Sachs – au cinéma le 21 septembre

Derrière l’amitié attendrissante de deux jeunes garçons de milieux sociales visiblement différents, Brooklyn village est pourtant une histoire d’adultes, d’héritage et d’argent. Laissant l’Humain à la société des enfants, les décisions des grandes personnes sont ainsi uniquement orientées par des conflits d’intérêts dans un film où le dilemme – ou en tout cas le prétexte – est uniquement financier.  Récompensé par le Grand Prix, ce film de conflit social dans un décor de quartier résidentiel américain reste pourtant terne, convenu voir même quelque peu niais et sans réel enjeu finalement.

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Captain Fantastic

Captain Fantastic, réalisé par Matt Ross – au cinéma le 12 octobre 2016

Véritable coup de coeur, ce film – également récompensé par le Prix du Jury (ex-aequo) et le Prix du public – interroge la société et la vie qu’elle propose, à travers l’histoire d’une famille mise en scène comme une véritable micro-société vivant en autarcie dans la forêt. Visuellement magnifique, Captain Fantastic est à la fois drôle et touchant sans tomber dans le sentimentalisme grâce à un rythme parfaitement maîtrisé. Plus une histoire de choix qu’une critique de la société moderne, sans prétention aucune, c’est un film intelligent qui pose aux spectateurs de vraies questions, sans prendre parti ou devenir moralisateur.

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