Top 3 des meilleurs films de Cannes selon les plus démunis

C’est bien connu et la 69ème édition n’en changera rien, Cannes est pendant dix jours de festival, un ruban colle-mouche où les mouches portent Balanciaga et Chanel. La croisette a vu défiler Kendall Jenner venue nourrir son compte instagram, et Massimo Gargia en retraite au Carlton depuis la Ferme Célébrité.

Ensuite, il y a les vedettes, les vraies, celles qui font du cinéma, puis les producteurs, les distributeurs, la presse, les éboueurs et nous, les jeunes cinéphiles en toute fin de la hiérarchie, mis dans le même panier que les retraités de la région Paca. C’est un Cannes bien différent que l’on vit loin des paillettes et du tapis rouge, mais un Cannes riche en découvertes et en coups de foudre inattendus. On a donc décidé de vous faire part de notre expérience, dans un article écrit à quatre mains, pour mettre en avant des films dont les noms sont apparus très discrètement dans la presse ou sur votre fil d’actualité Facebook mais que nous on a adoré :

Willy 1er, Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gauthier et Hugo P. Thomas 

329473.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxSi la compétition officielle unissait des films signés par des réalisateurs de taille comme le cultissime Verhoeven, les Frères Dardenne, Pedro Almodovar, Ken Loach, Park Chan Wook, et j’en passe, il n’y a rien de plus jouissif que de découvrir des trésors inconnus et dans la fleur de l’âge.  La catégorie ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), peu exposée par les médias au cours du festival, a su briller par des films surprenants et créatifs dont Willy 1er fait parti. Réalisé par d’anciens étudiants de l’école de la cité, le film suit l’ascension de Willy, quarantenaire normand, vivant encore dans le foyer familiale, et qui décide après le décès de son frère jumeau de réaliser ses rêves à 9 kilomètres de la ferme familiale.

« A Caudebec j’irai, un appartement j’en aurai un, un scooter j’en aurai un, des amis j’en aurai et j’vous emmerde. »

Willy 1er est l’adaptation de la vie de son héro Daniel Vannet qui incarne à l’écran son propre rôle. Loin de l’humour noir de Groland ou Bruno Dumont qui posent un regard sévère et ironique sur la vie dans le nord de la France, le film trouve son équilibre entre le réalisme et l’ironie tragique avec beaucoup de style et de créativité. C’est de là que le film trouve sa force, celle de nous émouvoir et de  nous faire rire tout en ayant une identité propre. La mise-en-scène est ingénieuse, jonchée de références kitsches sur lesquelles viennent s’ajouter de la variété ou de la techno. Cependant, le film reste réaliste et se fait porteur d’un discours fort sur l’illettrisme en donnant la parole à des personnes oubliées et moquées au cinéma. Il ne ressemble à aucun autre et c’est ce qui lui vaut la première place du classement !

Swagger d’Olivier Babinet : 

swagger_site-29e67Après avoir réalisé Robert Mitchum est mort, Olivier Babinet se livre à la confection d’un documentaire sur la vie de 11 collégiens dans une cité « chaude » d’Aulnay-sous-Bois. Il rassemble à la fois des témoignages face-caméra et des mises-en-scène, en prenant pour porte-parole des jeunes ambitieux aux fortes personnalités laissant au second plan les trafiques de drogues pour mettre en avant les récits familiaux et imaginaires des protagonistes. C’est un récit réaliste et poétique, touchant et inventif, une sorte de docu-fiction au cadre ludique et au message fort et singulier. Mis en avant par l’Acid (décidemment !!) Swagger parvient à la fois à isoler chaque collégien auquel est attribué un fond et un endroit précis tout en les rassemblant au sein d’une même unité par des jeux de regards et un montage très subtil.

La Forêt de quinconces de Grégoire Leprince- Ringuet

410061.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxEt oui le petit Grégoire se met à la réalisation et c’est déroutant ! Loin de se laisser aller à la facilité, Leprince-Ringuet décide de bouleverser le dispositif filmique en écrivant une tragédie racinienne en vers tout en évitant le piège du théâtre filmé.  Exit l’acteur studio, c’est l’artificialité du jeu et du verbe d’une beauté surprenante qui est mis en valeur. Ne sachant que faire de ce film, le festival de Cannes l’a discrètement glissé parmi les projections spéciales. Ce film est un véritable défi de scénariste et metteur en scène, la troisième place lui est donc attribuée malgré quelques faiblesses au début du film.

Prudence Castelot

Dog Eat Dog de Paul Schrader 

Dog-Eat-Dog-Teaser-PosterPolar noir sur fond de comédie outrancière, l’adaptation du roman Bunker par le scénariste Paul Schrader est l’une des merveilles de ce 69e Festival de Cannes. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, on y suit un trio de bras cassé souhaitant se faire un nom dans le milieu criminel. Nicolas Cage, Willem Dafoe et Christopher Matthew Cook nous offrent une partition sensible et explosive lorsqu’elle n’est pas sincèrement provocante. Thriller sous cocaïne, Dog eat dog est un film explosif qui n’hésite pas à prendre son temps avant de repartir au quart de tour dans la seconde qui suit, toujours avec ses dialogues cinglants.

Bu-San-Haeng (Train to Busan) de Sang-Ho Yeon

trainLa Corée du Sud et son cinéma d’horreur, c’est toute une histoire d’amour. Sang-Ho Yeon réalise ici un film de zombie tout en splendeur, véritable hommage aux Romero et autre Kirkman. Pseudo-huis clos, toute l’intrigue se passe dans un express Séoul-Busan où la maladie se propage à grande vitesse. Les quelques survivants, eux, tentent de survivre avec les moyens du bord. Mais contrairement aux classiques du genre, les mort-vivants sont véloces et agiles dans ce train de l’enfer lancé à 200 à l’heure. N’oubliant jamais son petit coté humoristique, Bu-San-Haeng tombe malheureusement parfois dans le cliché et n’ose pas quelques petites excentricités.

Grave de Julia Ducournau

graveLes films d’horreur originaux sont rares et aujourd’hui, c’est vers la France que l’on doit se tourner pour en trouver un. Justine, végétarienne depuis toujours, découvre sa vraie nature lorsqu’elle intègre une prestigieuse école de vétérinaire. Au delà de certaines images chocs, rien n’est gratuit dans le film de Julia Ducournau : tout participe à une narration follement intrigante et malsaine. Très loin du slasher de base, Grave repose sur la psychologie de son jeune personnage et de la découverte de sa personnalité alors que les plans sanglants intensifient magistralement la sensation de malaise et de gêne.

Simon Lesauvage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *