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Le street-art, discipline olympique française

En 1986, le collectif d’artistes Nuklé-art sort un ouvrage dédié à la technique du pochoir. Cette technique marque la démocratisation en France d’une – pas si nouvelle – forme d’art : le street-art. Quarante ans plus tard, retour sur l’évolution du plus engagé des arts urbains.

Le phénomène du street-art débute dans les années 70 en plein cœur des États-Unis. Généralement associé à la culture hip-hop (et à toutes les connotations négatives qui lui sont attribuées), le street-art peine à s’exporter en France. Cet art qui consiste en l’utilisation du monde urbain comme toile, n’apparaîtra dans l’Hexagone que durant les années 80, âge d’or du street-art américain avec notamment la révélation de Jean-Michel Basquiat et son groupe SAMO (« Same Old Shit »). Coté Français, les démonstrations de street-art se résument à quelques tags dans les rues de Paris, dans l’indifférence la plus totale pour les moins chanceux, et suscitant une politique de nettoyage pour les plus efficaces. Tout de même, de grand noms du street-art commence à se faire entendre, à l’image de la poète-graffeuse, Miss.Tic. Mais la gloire véritable reste dans les années 90.

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Autoportrait de Jean-Michel Basquiat, grand précurseur du street-art (Crédits : Flickr)
Les années 90, l’affirmation de l’art urbain

En mai 1991, la station de métro musée du Louvre est taguée pour la première fois. La même année, l’ancien ministre de la culture, Jack Lang, officialise son soutien au mouvement du « tag », allant même jusqu’à proposé une exposition, ART CO’91 à l’arche de la Défense à Puteaux. En résumé, durant les années 90, le street-art français se développe dans le milieu hip-hop. Il connaît, avec 20 ans de retard, la même réception qu’outre-Atlantique. Cette décennie marque aussi le début de la reconnaissance de grands street-artists français à l’image de Stem, SP 38, Miss. Tic ou Space Invader, pour ne citer qu’eux. Les médias commencent également à s’intéresser à ce nouveau phénomène artistique, notamment Canal +. Thierry Ardisson consacre un numéro de Lunettes noires pour nuits blanches au street-art. En parallèle, sur la même chaîne, le street-artist Invader fait lui aussi son apparition sur le petit écran à travers ses œuvres d’art.

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L’artiste Space Invader (ou Invader) connait son heure de gloire dans les années 90. Décennie pendant laquelle le street-art a su s’imposer dans l’estime des français. (Crédits : DR)

Si les années 80 et 90 marquent les débuts timides de l’art urbain en France, les décennies suivantes marquent son impact sur la société. Engagé et sans tabou, le street-art devient un véritable pouvoir de dénonciation.

Vernissages, expositions, ventes, salons… Les années 2000 marquent la démocratisation du phénomène « street-art ». Les artistes à l’image de Space Invader deviennent des références, leurs tableaux sont vendus, leurs graffs reconnus. Le street-art est désormais une part entière du monde culturel. Des musées se spécialisent dans l’exposition d’œuvres urbaines. Encore aujourd’hui, d’immenses salons leurs sont consacrées, associant toiles et tags, décors de vernissage et parcelles de murs. Les médias accordent de plus en plus d’importance à ce phénomène, reportages, invitations en plateau télé ou radio, les street-artists peuvent enfin faire entendre leur voix.

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En 2000, les VLP collent pour la première fois leurs « Zuman Kojito« . Cette oeuvre participe à la démocratisation du phénomène street-art et incite les passants à le rejoindre. (Crédits : VLPblog)
Banksy, la voix de la révolution

Mais il faut encore attendre dix ans avant que le street-art ne devienne l’arme qu’elle est aujourd’hui. Dans les années 2000, un nom fait l’émule outre-Manche. Il subjugue et ce n’est autre que Banksy. Ce street-artist britannique fait de son engagement politique et social sa signature. Il devient rapidement une référence dans le monde de l’art urbain et inspire plus d’un tagueur sur les sujets qu’il aborde. La « révolution Banksy » est un moment clef de l’histoire culturelle.

En France, l’engagement et la dénonciation deviennent aussi le mot d’ordre. En 2015, le street-artist Combo réalise un collage gigantesque dans les rues de Paris, représentant la citation « Coexist » à l’aide des symboles des trois religions monothéistes. C’est un engagement aussi fort que symbolique après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher. Un engagement qui lui vaudra un bon nombre de coups et blessures. Quelques jours plus tard, l’IMA (l’Institut du monde arabe) et son représentant Jack Lang (fervent défenseur de l’art urbain) le reçoivent, preuve de l’influence du street-art sur la société.

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Cette oeuvre d’art prônant la tolérance et l’égalité aura valu à son auteur, Combo, de nombreux coups et blessures (Crédits : CultureBox)

40 ans, ce n’est rien, et pourtant…  40 ans, c’est le temps pour qu’un phénomène artistique renié et désapprouvé devienne un réel pouvoir de dénonciation dans notre société.

Cassandra Rolland

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