Desierto : un vide cinématographique

Desierto c’est l’histoire d’un type qui court pour fuir un fou qui lui même ne sait pas pourquoi il le poursuit. Desierto c’est un film baignant dans l’indifférence du spectateur qui ne sait lui même pas pourquoi il est allé voir ce film.

arton32447Aussi réducteur que prometteur, un nom peut s’avérer très vendeur lorsqu’il est bien agencé sur une affiche promotionnelle. La seule évocation de Spielberg ou Loach, savamment utilisé dans une campagne promotionnelle suffit à déplacer les foules vers les salles obscures. Mais un joli nom ne suffit pas à faire un joli film. C’est malheureusement la morale de l’histoire du film Desierto. Produit et réalisé par Jonás Cuarón, fils du bien connu Alfonso, ce thriller nous emmène dans le désert de Señora. A la recherche d’un avenir plus radieux, un groupe d’immigrés clandestins mexicains passe illégalement la frontière et se retrouve perdu au milieu de ces étendues rocailleuses. Mais très vite, les ennuis s’accumulent et les voilà pris en chasse par un suprématiste blanc. Courant pour leur vie après une glaçante séquence de tir aux pigeons, une chasse à l’homme démarre alors.

Alors qu’un certain candidat aux futures élections présidentielles américaines s’efforce de vouloir fermer la frontière sud, Jonás Cuarón, lui, l’ouvre en grand pour se plonger littéralement dans le désert du Nouveau-Mexique. Il filmera les déboires du mal-nommé Moïse, interprété par Gael García Bernal, qui tentera de guider ses comparses à travers les canyons sableux vers le supposé paradis américain. Peaufinant sa photo dès les premiers instants, le réalisateur fait fausse route à peine sorti du petit confort de sa caravane. Trop occupé à filmer ses décors et à magnifier l’image comme dans un de ces bons vieux westerns, le fils Cuarón fini par oublier l’essence même de ce qui compose le thriller : une tension haletante. Car mêmes si les incroyables paysages arides du Nouveau-Mexique peuvent vite sembler angoissant au point d’en devenir le véritable antagoniste du film, les personnages se doivent de fuir un tout autre danger. Ces derniers, vides de charisme, se retrouvent bon gré mal gré pris au piège dans un jeu du chat et de la souris faussement politique où le perdant y laisse sa vie. Pas même le méchant (Jeffrey Dean Morgan) n’est convaincu par ses propres exactions, surement du à son rôle mal écrit et maladroitement interprété. Véritable cliché ambulant de l’ex-militaire aguerri, il ne s’adresse qu’à son chien qui comme nous, ne le comprend pas. Seul le score de Woodkid parvient à rendre vivant le tout en y insufflant un peu d’émotion. Ses rythmes angoissants animent Desierto d’une mélodie sinistre et permettent à quelques scènes de s’intensifier et de vivre au-delà de la simple caméra tremblante du jeune Mexicain.

Desierto partait plein de bonnes intentions. Son scénario était pourtant intelligemment adroit mais le rendu final est tel que le film sent la mort à plein nez. Sur le papier, les idées fourmillent mais grillent au soleil une fois mises en scène.

Laisser un commentaire