AGAPES, cantiques punks de la capitale

C’est en ce début d’année que les parisiens d’Agapes sortent leur premier LP, incantations, basse grasse et rythme saccadés construisent un post punk/doom progressif transcendant et terriblement envoûtant.

C’est sur neuf titres que s’expriment les gènes d’une musique nouvelle. Un parcours en dents de scie dans les sonorités industrielles et froides agrémentées de chants proches de cantiques, d’une basse lourde et détachée comme emphase donnée à un discours musical qui nous amène lentement sur le chemin du spirituel, chemin à la construction discontinue, car on ne sait jamais vraiment où les titres nous amènent jusqu’à la fin du disque qui n’apporte pas plus de réponses.

L’album porte alors une dimension mystérieuse. La basse tantôt détachée met la batterie en exergue sur un tempo lent, laissant d’une part la place au silence de façon ponctuelle, d’autre part la voix comme porteuse d’ambiance (Only The Will), tantôt à la croche où la batterie se veut plus vive, accélérant au son des voix s’emportant dans un écho psychédélique sans pour autant se passer des nombreuses ruptures rythmiques qui participent de l’aspect progressif de l’ensemble (Here He Comes). Des semblants d’harmonies classiques interpellent avant d’être déconstruits autour de quelques vocalises angoissantes qui font sans cesse évoluer les sons au long des titres, sans pour autant se passer des dénominateurs communs basse/batterie (Last Storm), on est là face à une musique noire invoquant la transe.

Pour faire un peu d’histoire, les « agapes » sont, dans le christianisme ainsi que dans la franc-maçonnerie, le nom donné aux repas partagés par les pratiquants après les rituels, pendants lesquels ils discutaient leur idées et débattaient sur leur visions du monde, le but étant d’entretenir les liens dans la communauté ; aussi la tradition judéo-chrétienne insiste par ailleurs sur la notion d’agapes comme moment de partage avec les pauvres.

Malgré donc la présence évidente d’un caractère religieux dans l’intonation du chant et son emphase et la connotation directe avec cette tradition ancienne, les musiciens d’Agapes préfèrent, eux, donner à ce mot une signification musicale, se détachant de la sphère religieuse : « la connaissance, du monde et de nous-même, est la clé de la vérité, l’empathie et la liberté. Cela ne doit pas appartenir à une religion, un gouvernement ou une entreprise », disent-ils.

Le groupe offre alors une vision du disque comme médium de partage, un fragment de cette clé menant à la vérité, une parcelle de leur vision du monde, de leur vérité. On prend alors conscience de la personnalité de l’album, de son caractère puissant comme mélancolique quand une voix plus sulfureuse nous emporte le temps de balades punk dans des rues glauques aux résonances harmonieuses avant de s’emporter jusqu’au decrescendo final (Dancing By The Moonlight/The Streets of Shenzen).

L’album éponyme est un disque maîtrisé, porteur d’une vision intéressante, d’une ambiance singulière ainsi qu’un registre musical travaillé. L’ensemble basse/batterie/voix apporte un post-punk à la sensibilité différente, et la satisfaction d’écouter aussi la partie sombre de la capitale malgré la basse philosophie légèrement prétentieuse qui entoure le groupe.

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