Club Cheval portrait

Club Cheval ou la discipline musicale

Club Cheval c’est mieux que 2be3. D’abord parce qu’ils sont quatre et ensuite parce qu’ils nous épargnent la petite chorégraphie. Ils nous ont fait patienter pendant de longues années mais ça y est, leur premier album, Discipline, est disponible depuis début mars. A l’occasion de leur venue à Morlaix, on a eu le temps de discuter de ce petit bijou avec Sam Tiba, Canblaster et Myd.
club cheval live
Coup de cœur pour ce son chevaleresque si particulier. Crédit : Efflorescence Culturelle
Club Cheval c’est Cc maintenant. On doit vous appeler coucou ?

ST : Ça peut être pas mal mais Club Cheval c’est quand même mieux j’pense. Club coucou ? J’sais pas…

M : Je dis souvent coucou pour dire bonjour mais… on peut dire coucou club cheval.

D’où vient le nom Club Cheval ?

ST : je crois que c’est Canblaster et Myd qui l’ont trouvé dans la file d’attente d’un Quick à Lille. Je me souviens qu’on avait aussi hésité entre chaise et chapeau.

L’album marque un tournant pour Club Cheval : vous êtes passés au live, c’est plus pop… Vous n’avez pas peur de laisser des gens de côté ?

ST : On va laisser des gens de côté mais c’est pas une peur… C’est la vie quand tu fais de la musique et que t’as envie d’évoluer avec ton groupe. On a toujours nos carrières solo où on peut être un peu plus foufous donc peut-être que les gens qu’on va perdre vont se rapatrier sur les carrières solos. Mais même si on les perd on va en gagner beaucoup d’autres. Et puis je ne pense pas que quelqu’un qui aimait la musique de Club Cheval il y a 5 ans va détester celle d’aujourd’hui, il y a moyen de retrouver des traces, des clés de lecture qu’on avait déjà montrées il y a quelques années. Donc si ça arrive c’est pas très grave, il y aura d’autres fans.

M : On a l’impression qu’avec cet album, la maturité arrive aussi en musique. Lorsque tu grandis, tu changes tu perds des amis mais t’en gagnes pleins aussi. C’est le prix à payer pour grandir.

Discipline a été produit par DJ Kore, qui est également le producteur de Booba. Vous avez vous-même des univers plutôt différents. Récemment on a beaucoup entendu parler de Booba pour son duo avec Christine and the Queens. Vous en pensez quoi de tout ça ?

ST : Christine and The Queens ft. Booba, j’ai trouvé la musique OK, je n’ai pas trouvé ça incroyable mais j’apprécie à fond la démarche. Je trouve ça cool de la part de cette meuf qui défonce et de la part de Booba que j’adore. Je m’attendais à un truc un peu mieux pour être honnête mais ouais je suis hyper content que ce genre de trucs arrive.
Au final DJ Kore est loin de nous et proche en même temps. On écoute tous un peu de rap, il n’y a pas de choc quand on se rencontre ou quand on bosse ensemble. On a la même énergie musicale et c’est ça qui est important. Si demain il y a un mec qui fait du rap hardcore qui collabore avec une petite meuf de la pop ou un mec qui fait du métal, c’est tant mieux ! Tant que le résultat est bien et que la démarche est positive, moi ça me va.

Kanye West s’est dit inspiré par une visite chez Ikea. Vous c’est quoi vos inspirations ?

ST : C’est difficile de faire mieux que d’être inspiré par Ikea…

M : Souvent on te demande tes inspirations et t’as l’impression que tu vas devoir répondre des musiques ou des groupes que t’as entendu alors que ton inspiration, en tant qu’artiste, elle se passe tous les jours. Ca peut être une balade dans la forêt, une rencontre avec quelqu’un, un coup de cœur avec une meuf ou une amitié qui est perdue… Ca peut être pleins de choses donc oui, ça peut être aussi simple qu’une visite chez Ikea où tu te fais chier de malade ou alors que t’adores, que tu vois des trucs hyper beaux. L’inspiration peut venir de partout.

C : Après je pense qu’on a chacun la chance d’être tout le temps avec les trois autres personnes qui sont de grosses sources d’inspiration. On se fait tout écouter. Même autour de nous, Bromance, tous les gens avec qui on a bossé… c’est là aussi qu’est l’inspiration. D’une certaine manière c’est pas la musique que font ces gens mais plus la rencontre, la façon dont ils pensent.

ST : En tout cas Ikea c’est une putain d’inspiration ! C’est bien parce qu’il compare sa zic à un meuble, il se dit qu’Ikea a un peu démocratisé les meubles design, les a rendu peu chers… Je trouve ouf le parallèle qu’il fait avec sa musique. Il va chercher des trucs hyper compliqués pour en faire des morceaux simples et écoutables par tout le monde. Franchement je suis assez jaloux de cette comparaison parce que je pense que ça pourrait aussi s’appliquer à Club Cheval.

Votre clip Discipline met en scène une partie de chaises musicales géante. C’est votre jeu préféré ?

ST : J’avais oublié ce jeu, que j’adorais ! Quand les mecs de « Jacques »J.A.C.K, qui avaient justement fait un clip pour Christine and the queens juste avant, nous ont proposé cette idée on était hyper excités. J’ai pas pu rejouer depuis mais j’aimerais bien faire ça : plus qu’un clip, faire une vraie soirée qui part en couille à cause de ce jeu.

C’est qui le chef de Club Cheval ?

C : Il n’y a pas de chef, c’est moi qui écris les mélodies, qui fais les textes mais sinon il n’y a pas de chef (rigole)

ST : Non, s’il y avait un chef, un mec qui organise etc, ça serait Myd. Je pense que c’est le plus organisé et il a une formation d’ingénieur du son.

C : Plus que le chef ce serait le centralisateur, celui sur l’ordi de qui on finalise les morceaux.

ST : On est tous le chef d’un truc. J’suis un peu dictateur mais je ne suis pas du tout le chef. Canblaster, c’est un peu le chef de tout ce qui est mélodique, Victor (Panteros666) c’est le chef de tout ce qui est rythmique puis voilà, il n’y a pas vraiment de chef et heureusement ! Il n’y a pas de battle d’égo dans Club Cheval, on se met tous au même niveau que les autres. On n’a pas de complexe d’infériorité par rapport aux autres mais on n’a surtout pas de complexe de supériorité. On veut surtout pas imposer toutes nos idées sous prétexte qu’on serait meilleur qu’un autre, au contraire.

Et le plus intelligent ?

ST : euhhh on est tous hyper cons ! J’ai pas de réponse à cette question parce que l’intelligence ça peut être tout et n’importe quoi. Tu peux avoir lu un million de livres et être le plus con du monde comme tu peux ne rien connaître et être le plus intelligent. J’pense que l’intelligence se manifeste dans certaines situations, dans la manière dont t’arrives à faire passer tes émotions, en particulier en musique. On a tous une forme d’intelligence différente dans Club Cheval et combinée à quatre, ça fait une sorte de maelstrom euhh… Nan ! J’ai même pas envie d’utiliser ce mot. Donc non. Question refusée aha.

Vous n’êtes pas trop réceptifs aux jeux de mots sur Club Cheval : on a notamment lu « Le quarté gagnant », « Les poulains de Bromance », « Ils en ont sous le sabot »… Quel est le pire que vous ayez entendu ?

ST : « Ils en ont sous le sabot » je ne l’avais jamais entendu et je crois que c’est le pire !! (rigole)

C : Moi non plus je l’avais jamais entendu, je le trouve particulièrement hardcore ! Sinon il y en a un un peu subtil que j’aime bien : « Club Cheval c’est du bon son ». Je ne comprenais pas trop au début et puis voilà…

ST : Ah ouais !! La nourriture du cheval !!

C : Ouais celui là a attiré mon attention !

ST : Non mais c’est parce que ça fait 8ans qu’on s’en mange dans tous les articles. Autant j’ai rien contre les petits blogueurs, je leur pardonne mais quand c’est dans des gros magazines je me dis « putain mec t’es payé à écrire toute la journée, à faire des articles, tu peux pas trouver un angle un peu plus cool ? ». Mais « Ils en ont sous le sabot » c’est vraiment hardcore ouais. Je l’avais pas vu passer celui-là, bah voilà, c’est le pire !

Notre parodie de leur pochette d'album... à bon entendeur ! Crédit photo : Efflorescence Culturelle
Notre parodie de leur pochette d’album… à bon entendeur ! Crédit photo : Efflorescence Culturelle
Le CD a-t-il plu à vos familles?

ST : Ma mère a acheté 10 CDs pour distribuer dans ma famille. En fait j’ose pas demander, j’ai peur de la réponse. C’est toujours particulier quand tu fais de la musique comme ça. Même si on veut que ce soit universel, c’est toujours un peu compliqué de faire écouter de la musique de club ou de la musique hyper technique à des personnes soit âgées, soit qui n’ont pas du tout d’affinité avec ça. Je sais que mon frère a kiffé, je pense qu’ils apprécient tous l’énergie mais j’oserais jamais demander ce qu’ils en ont vraiment pensé.

C : Quand j’ai fait écouter les premières démos de Club Cheval à mes petites sœurs elles m’ont dit « ah c’est cool parce que c’est de la musique qu’on peut écouter ! D’habitude tes morceaux sont trop compliqués, on comprend rien ». Ça m’a fait hyper plaisir, c’est peut-être aussi pour ça qu’on a fait l’album. Mon père et mes deux sœurs sont venus au concert qu’on a fait à Paris, à la Gaîté Lyrique. Elles ont kiffé, notamment en terme d’énergie et c’est hyper cool de transmettre ça. Mon père m’a dit « j’ai pas tout compris mais parfois ça faisait penser à Deep Purple» : c’est un peu la limite de génération. En tout cas ça m’a fait plaisir de pouvoir partager ça avec ma famille.

Si vous n’aviez pas fait de musique, vous auriez fait quoi ?

ST : Je faisais de l’histoire alors soit chercheur, soit chercheur d’emploi (rires)… Ou prof peut-être ! Je voulais être le prof un peu cool qui arrive en moto dans la salle de classe à la fac (rires). Ouais, je crois que j’aurais été un assez mauvais prof.

C : Ouais. Ahah. Moi un métier dans la charcuterie. Ou dans la boucherie (Sam Tiba se marre). U truc avec des saucissons ou de la viande des grisons.

ST : Garçon boucher, Cédric !

C : Jésus de Lyon, andouille de Guéméné tant qu’on est dans le thème. Je suis très preneur, j’pense que ça aurait été quelque chose de culinaire !

Propos recueillis par Anaïs Seznec et Adèle Urvoy

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