De l’amour sous un Soleil de Plomb

Des histoires d’amour portées par des corps aux peaux brûlées par le soleil, et qui s’aiment encore et toujours, comme un cercle sans fin ; Soleil de Plomb est un long métrage fragile, à découvrir !

Zvidan, en Français Soleil de Plomb, est un corpus de trois courts métrages mettant en scène l’amour sur trois générations. De jeunes acteurs incarnent les même personnages sur différentes variations, proposant à chaque fois visuellement les mêmes visage mais avec une façon différente d’aimer malgré un contexte historique toujours compliqué : dans une guerre inter-ethnique, le film essaie de placer l’amour au-dessus de l’histoire, comme un cycle infernal. Dans un voyage intimiste aux cœurs des Balkans, le scénariste et réalisateur Dalibor Matanić semblent se demander si l’amour peut être plus fort que la haine.

Le film propose une découverte aux spectateurs sous forme d’immersion dans un monde qui existe bel et bien mais qu’on ne connait pas forcément et qu’on peut avoir du mal à comprendre. Alors que l’amour impossible de la première histoire pourrait s’apparenter à une réécriture moderne d’un Roméo et Juliette de l’Europe de l’est, les amants des autres histoires semblent se heurter à des obstacles différents. Ce n’est plus tant la guerre ou la haine de l’autre qui les empêchent de s’aimer – ils ne sont plus prêts à se tuer par amour – et Soleil de Plomb semble se perdre dans le grand écart qu’il fait entre amour et violence.

Alors que le premier court métrage met en scène une insouciance sublimée, les générations suivantes évoluent sur un autre registre, hantées par un passé qu’il leur est difficile d’oublier. Dans ce film, c’est l’amour impossible qui semble le plus intense, le plus vrai, le plus beau. Après cette première histoire – sans doute la plus réussite – l’amour se décline sous différentes variations autour d’un couple de plus en plus moderne et de moins en moins beau : finalement ce serait l’humain qui n’est jamais capable d’aimer sans lutter, il faudrait toujours des obstacles plus grands que lui pour que l’amour puisse exister. Si le film cherche de l’amour à l’état le plus pur, il semble qu’il ait besoin d’un contexte dramatique pour pouvoir le trouver.

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Tout comme son sujet, le film est sensible et fragile. La mise en scène, parfois maladroite, expérimente des séquences lumineuses sur des paysages en ruines et de fréquents gros plans sur des corps et des visages que le soleil vient frapper ou caresser. En sélection officielle au festival de Cannes dans la catégorie Un certain Regard, le film propose un point de vue original et parfois difficile à suivre mais l’immersion n’en est que plus grande.

Le réalisateur voudrait filmer l’amour qu’il cherche avec une caméra parfois tremblante dans des lieux et des personnages censés en être l’incarnation. Soleil de Plomb est un objet cinématographique sensitif qui tient par ses hésitations, en contraste avec la force du jeu de Goran Marković et Tihana Lazović, le couple d’acteurs principaux. Dans cette atmosphère particulière, le soleil – ardent, brûlant et insaisissable – semble être la véritable incarnation métaphorique de l’amour et donne toute sa couleur au film.

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Immergé dans cet atmosphère torride dominé par des passions qui s’adoucissent progressivement, le spectateur peut se trouver déconcerté par cette façon singulière de recherche d’amour aux travers des lieux et des corps dans un cinéma venu d’ailleurs, entre sublimation et violence. Et Dalibor Matanić ne compte pas arrêter sa croisade de l’amour puisqu’il a pour projet de réaliser une Trilogie du Soleil dont ce film est le premier volet.

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