TRIPLE 9 : entre ombre et lumière

John Hillcoat continue sa conquête américaine avec ce thriller aussi nerveux qu’intelligent. Innovant avec de (très) bonnes idées, TRIPLE 9 pêche cependant de quelques petits défauts. 

triple 9

C’est une histoire de cinéma des plus banales, comme on a pu en voir des dizaines sur grand écran, avec ses flics pas si honnêtes, ses blondes un peu trop fatales et ses liasses de billets volés. Mais dites au revoir à l’universelle New-York : welcome to Atlanta, Georgia. Présentée comme une de ses petites sœurs, les rues y sont cependant toujours crades et noires. La saleté est omniprésente à tel point qu’elle a corrompu les âmes de ses habitants. A moins que ça ne soit celles des personnages de Triple 9, dernier cru de l’Australien John Hillcoat, qui aient déteint sur le béton de la ville.

Dès les premières minutes, le ton est donné : 5 hommes, une banque, un butin. Mais très vite, les masques tombent et ces hommes que l’on pensait immoraux ne le sont pas tant que ça. Véritables « héros » du 7ème art américain, ces gangsters se retrouvent ainsi embarqués dans une affaire qui les dépasse après avoir mit leur doigt dans un engrenage infernal. Entre faux flics et vrais ripoux, un tableau quasi-biblique se dresse : l’affrontement entre la droite ligne du bien et son obscure frontière avec le mal. Aujourd’hui, le manichéisme n’existe plus et tout n’est qu’apparence, tromperies et faux-semblants. Qui mieux donc que des anciens soldats des forces spéciales pour représenter ce combat perpétuel avec ses démons intérieurs ? Entre conflits personnels et rivalités professionnels, on retrouve ces agneaux sacrifiés dans des scènes puissantes et grisantes rappelant à la fois la belle époque des films de gangsters des années 90 comme Heat de Michael Mann ou l’ultra-subjectivité d’un End of Watch de David Ayer. Tout y est : la scène de braquage brutale et sa fuite, les relations secrètes entre mafia et représentants de l’Etat et même une scène de guérilla urbaine entre les pavillons d’une cité. A n’en pas douter, John Hillcoat sait ce qu’il fait et le fait très bien.

Mais ce dernier joue avec également ces codes là afin de nous livrer un polar prenant et intense, quitte à fusiller ses influences à grands coups de rafales de fusil d’assaut. Il nous avait déjà impressionné avec son western The Proposition et son road movie apocalyptique La Route mais l’Australien relève encore une fois le niveau et place la barre très haut pour ses successeurs. Avec Triple 9, il signe une grande fresque contemporaine dans une ambiance moite et poisseuse teintée de néo-noir. Mais à force de viser trop haut, le réalisateur finit par s’emmêler les pinceaux. Finalement, on se perd un peu dans ce trop plein de personnages, pas toujours réellement efficaces ou utiles. Même si la synergie de tout ce petit monde fonctionne plutôt correctement, on peine à discerner la motivation de chacun lorsque nous ne sommes pas perdus entre les divers protagonistes, tous aussi noirs les uns que les autres.

Malgré une écriture intelligente et une mise-en-scène très efficace, Triple 9 de John Hillcoat pêche par ses personnages. En déficit de charisme pour certains ou en manque de motivations pour d’autres, ils peinent à nous convaincre dans leur rôle respectif de martyr.

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