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MIDNIGHT SPECIAL : poésie au clair de lune

On attendait fortement ce quatrième long-métrage de Jeff Nichols, empruntant autant au film de SF qu’au drame familial. Influencé par des génies, Midnight Special est une grande réussite.

midnight-special-affiche« Vous n’avez donc aucune idée de ce qui se passe » lance Sam Shepard, toisant les deux agents du FBI qui le questionnent. D’apparence anodine, cette petite phrase glissée dans un échange plus conséquent n’en est rien. Elle s’adresse aussi (et plus particulièrement) aux spectateurs, sans repères pendant les premiers instants du film et même durant son intégralité. Dès les premiers instants du quatrième long-métrage de l’américain Jeff Nichols, le public se retrouve à la fois perdu mais également en terrain connu. On croit reconnaître les grandes lignes du scénario, on pense discerner une photographie familière ou même se rappeler quelques airs. Puis c’est la révélation. Le réalisateur de Take Shelter et Mud nous expose et impose son art, ses qualités scénaristiques et de mise-en-scène.

Il nous épargne alors une mise en place futile ou de vaines explications lancées à la volée par les protagonistes : tout nous est projeté à la figure dès les premiers instants. Dès le début, il nous embarque sur les traces d’un homme (Michael Shannon) ayant kidnappé un enfant (Jaeden Lieberher), fuyant la police et une secte de fanatiques. Mais rapidement, les masques tombent et il s’avère que les apparences sont trompeuses. Chez Nichols, tout est dans le non-dit, la retenue, aussi bien les dialogues que les jeux impénétrables des acteurs. Cette fois encore, son long-métrage ne déroge pas à cette règle, comme une marque de fabrique, une signature. Impressionnant par moment et émouvant dans d’autres, Midnight Special surprend par son habilité à mêler les genres et les codes mais aussi par son histoire, celle de la quête désespérée d’un père, prêt à tout pour protéger son fils, véritable enfant-miracle descendu des étoiles.

midnight specialOn assiste alors à une sorte d’hommage au cinéma des années 80. Il est évident que le scénario rappelle celui de Starman de John Carpenter tout comme la mise-en-scène et la poésie parfois innocente mais jamais naïve, renvoie à celle d’un certain Steven Spielberg. On sent l’influence pesante de ces pères spirituels sans forcément que cela ne viennent noyer l’œuvre dans une succession de clins d’œil. Nichols a su réinterpréter l’héritage d’une pop-culture made in eighties tout en y insufflant sa touche personnelle et une dose de modernisme. Sans grandiloquence ni violence (ou presque), Midnight Special évolue petit à petit, passant d’un drame familial aux faux airs de faits divers à de la science-fiction « minimaliste ».

Toujours les pieds sur terre, le monde (et le film) que l’on connaît se transforme peu à peu au fur et à mesure de la découverte du personnage d’Alton, qui ne semble pas être « comme nous ». Sous les yeux effarés et circonspects du personnage d’Adam Driver, analyste à la NSA, on suit l’évolution des rapports qu’entretien cet enfant avec son environnement et plus particulièrement son père. Figure geek par excellence, il tente, comme le spectateur, d’interpréter les signes et les codes que lui laisse le récit sans pour autant en tirer des conclusions significatives. Comme nous, il reste perplexe mais ébahi face aux évènements qui se produisent devant ses yeux, mais surtout par le final grandiose.

Jeff Nichols, c’est la relève assurée pour cinéma en perdition, qui se repose un peu trop sur ses lauriers et son passif. Avec Midnight Special, le réalisateur se joue des codes pour en tirer une œuvre mémorable aussi simple qu’éblouissante. Mais au-delà des questions esthétiques c’est avant tout une l’histoire d’une passation qui nous est racontée : celle d’une passerelle entre deux mondes, celui des studios condamnés et d’un cinéma quasi-indé plein d’idées.

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