The Revenant

The Revenant : le pétard mouillé de ce début d’année

DiCaprio aura-t-il enfin son Oscar ? Iñárritu sera-t-il encore primé dans cette grande messe du cinéma américain ? Notre verdict très mitigé.

165611Sombre période qu’est le 19e siècle. Alors que le Nouveau Monde n’a plus rien de nouveau à offrir, Américains et Français s’adonnent au trafic de fourrure, marché qui bat son plein. Pour ce faire, trappeurs, hommes d’infortune et gradés de l’armée s’allient avec les tribus autochtones  locales dans l’espoir de récolter le plus de peaux possible. Hugh Glass et son fils sont alors engagés par des hommes dans leur quête. Mais suite à une attaque indienne, ces opportunistes du Vieux Continent se voient dans l’obligation de fuir.

Dans un classicisme total, Iñárritu nous livre un western de qualité mais loin d’être parfait. Empruntant les traces de ses pairs, The Revenant nous narre la lutte acharnée d’un homme pour retrouver celui qui l’a laissé mourir, l’a enterré vivant dans les vierges étendues du nord des Etats-Unis. Aussi lent que contemplatif et forcement sous influences, celui qui fut récemment primé aux Oscars pour un certain Birdman décrit le portrait d’un survivant meurtri, s’accrochant comme un damné au seul réconfort de la douce vengeance qui l’attend. S’en suivra alors une longue lutte aux faux airs de chasse à l’homme dans des immensités aussi désertiques qu’inhospitalière. Sous les conifères américains et dans les steppes enneigées, The Revenant crève littéralement l’écran grâce à sa direction artistique de haute volée, magnifiée par le travail du chef opérateur Emmanuel Lubezki. Filmé en extérieur et en lumière naturelle, le long-métrage se dote d’une qualité visuelle quasi-documentaire mais parfois surfaite et excessivement artificielle. Fonctionnant presque comme une épée à double tranchant, le film transcende mais aussi transporte le spectateur au-delà de sa qualité première d’œuvre cinématographique. Ainsi, le spectateur se retrouve bercé entre une expérience visuelle prenante et la sensation d’assister à la projection sur écran géant d’un spot publicitaire Ushuaia. Techniquement irréprochable, sa réalisation nous fait voyager aux grés des rencontres de Hugh Glass et de ses malheurs (pour ne pas dire les nôtres).

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Tout du long des 156 minutes, nous nous retrouvons au beau milieu d’une tempête visuelle aussi belle qu’ennuyante. Toujours en quête de sa première statuette hollywoodienne, c’est à Leonardo DiCaprio que revient la tête d’affiche. Beuglant, gémissant, criant, celui-ci nous livre une prestation convaincante mais rapidement énervante et loin d’être dans un véritable rôle de composition comme il a pu nous le montrer dans ses anciens films. A force de tirailler son héros entre un cinéma d’aventure sans saveurs et un survival édulcoré aux élans métaphysiques, Iñárritu nous perd. Via un rythme très particulier et des phases distinctes, le réalisateur mexicain rend son œuvre malade : elle est bipolaire, schizophrène. D’abord surpris par la mise en scène et l’esthétique visuelle, le spectateur déchante aussitôt à la fin de la première demi-heure, lorsque vient le (très) long retour à la civilisation. Puis, comme son personnage, le public se retrouve perdu, errant aussi bien physiquement que mentalement. Somme toute, ce n’est qu’après deux heures de vagabondages spirituels que le film redémarre, offrant un final digne des meilleurs westerns et évitant le goût amer des superproductions gâchées.

Tout en étant admirable, The Revenant est lassant : la prestation de DiCaprio est agaçante et le rythme, étrangement géré. Bancal voir passablement approximatif, ce film faussement politique n’est rien d’autre qu’un vulgaire, mais néanmoins beau, pétard mouillé.

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