Matthew Bober, réinventer la nature

Il serait stupide de limiter la définition de l’art de Matthew Bober par ses larges fonds de couleurs unies. Certes, les aplats excitent l’œil du spectateur mais ils mettent en avant des scènes d’une religion atypique.
The Witch
The Witch – Matthew Bober

Ce jeune new-yorkais né en 1978 dans le New Jersey commence à s’exercer à l’art à l’âge de 16 ans au sein de trois écoles d’art de la Big Apple dont The Art Students League of New York. A la fin des années 90, il devient illustrateur puis les décennies suivantes il se forme auprès de Jeff Koons. Cette formation lui permet de s’imprégner d’un style populaire et très contemporain. Depuis, Matthew Bober propose sa propre vision du monde et surtout de la nature.

Vervet #1 Magenta
Vervet #1 Magenta – Matthew Bober

Ce qui rythme son œuvre, c’est l’exploration de natures mortes. Cette peinture de genre est traditionnellement une manière de peindre la couleur de la nature, de la faune et des fruits terrestres. On se rappelle de La Corbeille de fruits de Caravage sur un fond beige ou encore des gibiers étalés sur une table des peintres flamands de la Renaissance. Il y a quelque part une manière de contempler la beauté de la nature. Bober se détache de cette notion d’imitation des fruits. Il le dit, il re-imagine la nature, plutôt que de la copier. Tout d’abord, ce qui frappe, c’est cette  impression d’être face à une photographie. Il n’en est rien. Il s’agit généralement de peinture à l’huile. Puis vient la couleur que l’œil voit. Ces larges aplats disposés dans l’arrière plan sont comme des flashs qui s’impriment sur les paupières. Les couleurs toniques et épurées provoquent en nous une certaine euphorie visuelle. Il existe des séries de natures mortes qui se répètent mais qui changent de fond et de point de vue (de gauche, de face et de droite). Ensuite, c’est le sujet qui éclaire le récit.

Spring
Spring – Matthew Bober

Des crânes jouent les rôles principaux. Ils sont silencieux mais peuvent détourner quelques esprits frileux des formes macabres. Certes, on trouve parfois des poupées dont une sorcière ou un éléphant cousu en patchwork,  mais le fantôme physique des mammifères suscite l’intérêt de l’artiste. Il y a quelque chose de nouveau dans ces nouvelles figures. Les crânes des félins et des primates intriguent, choquent. Bober cherche sûrement à redonner une vie à ces bêtes. Sublime-t-il leur mort en les posant devant ce grand champ monochrome ? Ou souhaite-t-il en faire des icônes et éterniser leurs enveloppes plutôt que leurs âmes ? C’est ici que le spectateur doit s’arrêter pour trouver lui même sa réponse. Quelques soient leurs réponses, Matthew Bober considère ses natures mortes comme des pièces théâtrales et religieuses. Il existe une toile de cette envergure qui propose un nom très étrange : Performance study orange.

Performance study orange de Matthew Bober - 2014
Performance study orange – Matthew Bober

Quel étrange nom : étude de performance d’orange. La couleur prime d’après le titre mais les deux figures donnent une autre ampleur à cette toile. Il s’agit ici d’une réinvention du récit biblique de la décollation de saint Jean-Baptiste par les vœux de Salomé. Le fond orange essaye de jouer sur les demi-teintes de cette tragédie. S’agit d’un mélange issu du rouge sang avec un jaune soleil ou d’un simple rouge passion décoloré par des nuances issues du nimbe dorée ? Le malheur est pourtant la trame essentielle de cette toile.

Visiblement, la nature de Bober semble contenir une part de mystère dans son sens religieux et réaliste. Sur-analyser cet univers si particulier risquerait de perturber la tranquillité de ces icônes bestiales. Ce fond neutre mais coloré agit comme un agent excitant et comme un voile qui tend à magnifier l’œuvre entière.

matthewbober.com

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