IndisciplinéEs 10 : Report #3

À la suite de deux soirées d’exception offertes par l’unicité du Manège et la complétude de la programmation, le festival des IndisciplinéEs avait placé la barre très haute pour ses deux grosses soirées dans la grande salle de Cosmao DuManoir

Flavien Berger, Jain, Ibeyi et Cotton Claw jouaient ce Vendredi 13 Novembre dernier à Lorient, l’ensemble est cohérent, on envisageait alors une soirée satisfaisante. Mais à la suite de deux soirées d’exception offertes par l’unicité du Manège et la complétude de la programmation, le festival des IndisciplinéEs avait placé la barre très haute pour ses deux grosses soirées dans la grande salle de Cosmao DuManoir.
Les festivaliers n’arrivent pas nombreux devant un Flavien Berger à la prestance qui sonne faux. Une diction nonchalante et une attitude maniérée quelque peu agaçante ne mettent pas vraiment à l’aise. On est certes ce soir face à un artiste qui assume pleinement son environnement musical (Flavien Berger a son monde c’est sûr) mais la frontière entre celui-ci et le public est visiblement bien épaisse et d’autant plus dure à traverser lorsqu’il s’agit d’un premier concert. À l’instar de ses disques, on n’apprécie et ne prend vraiment conscience du talent de l’artiste que lorsqu’il s’arrête de chanter pour nous proposer seulement un son electro à la dynamique classique et au caractère voluptueux. Il distille avec une simplicité presque infantile les sonorités de ses machines, produisant une atmosphère minimaliste qui a son caractère.
La salle s’est remplie, la jeune Jain entre sur scène et s’installe entre ses quelques éléments de décor attrayants mais qui sembleraient mieux convenir à une scène plus petite. Seule dans sa robe noire et blanche elle interprète morceau après morceau avec rapidité, les sons pop de guitare hispanisante et d’électronique accompagnés d’un sens du rythme notable de la part de l’artiste apportent une certaine fraîcheur à sa musique et une vivacité au public qui semblait l’avoir perdue devant Flavien Berger. La jeune toulousaine entretient au long de sa performance une image attachante de grande enfant quelque peu maladroite mais non moins sûre d’elle qui adoucit les mœurs d’un rayon de soleil au mois de Novembre. Néanmoins c’est ce soir un concert moyen où les morceaux entrent dans une oreille pour sortir par l’autre ; la performance, bien qu’appréciable, forme un ensemble linéaire et peu convaincant.

« Ce sera sûrement un peu difficile de jouer ce soir après ce que l’on vient d’apprendre. »

Voilà ce qu’annonce une des jumelles d’Ibeyi après un premier morceau qui annonçait déjà une rare qualité de concert. On venait d’apprendre que Paris avait été victime des attentats meurtriers qui allaient faire la une des journaux pendant plusieurs jours, et mettre un terme provisoire au festival des IndisciplinéEs le lendemain. Sous le choc, les musiciennes se remettent à jouer, et on assiste à un concert étrangement portant. Le public se dissipait peu à peu, beaucoup sortaient de la salle à la hâte et le téléphone à l’oreille, d’autres se rongeaient les ongles frénétiquement, et pourtant Ibeyi a transcendé la foule. Le son était d’une finesse étonnante, la signature rythmique du cajón et autres percussions parfaite, les chants en chœurs des deux sœurs portés par quelques accords de piano ou parfois a capella construisent cette fameuse musique soul ethnique aux nuances trip-hop qui fascine et emplit d’émotions les spectateurs tant absorbés par la musique que par les projections dans le dos des artistes ; des décors de forêt noire et blanche et de rues rendues grises par la nuit mettent en exergue non seulement des sonorités mais aussi une esthétique au tempérament exceptionnel.
Était-ce enfoncer une porte ouverte que de tirer les larmes à un public déjà troublé ? Ou bien au contraire, un défi pour les musiciennes d’arriver à émerveiller des personnes à la tête remplie d’inquiétude et de dégoût ? La question à beau toujours se poser, on a vécu ce soir une véritable expérience musicale.

Après un entracte plutôt long où l’on discutait çà et là des événements de la soirée entre quelques bouffées de fumée de cigarette un contrôle régulier de l’actualité, c’est au tour de Cotton Claw d’entrer en scène et de nous faire danser, ce qui n’était pas gagné d’avance. La salle s’était vidée de moitié, les visages étaient pour beaucoup affaissés, en plus de la nouvelle c’est la fatigue et la démotivation qui allaient mettre au défi les musiciens. Alors ils débarquent avec le sourire jusqu’aux oreilles, la bière à la main, s’installent derrière leur launchpad et autres MPC et font preuve d’une grande rigueur et précision pour nous proposer une techno house aux nuances electro qui n’a de préenregistré que les effets sonores dans les machines: tout est fait en live. Aucune partie samplée, Cotton Claw se sert uniquement de sons prédéfinis et de la coordination de ses quatre musiciens (interviewés pars nos soins) pour construire des morceaux plus intéressants les uns que les autres, qui leur auront d’ailleurs valu un soutien-gorge en cadeau. Tantôt dansant, tantôt mélancolique, mais toujours claquant, le quatuor arrive tout de même à porter le public pour la fin de la soirée, dans une ambiance bon enfant marquée par des festivaliers ayant sûrement besoin d’évacuer un trop plein en ce Vendredi 13 Novembre.

Ainsi la dixième édition anniversaire du festival des IndisciplinéEs prend momentanément fin après une soirée rattrapée par Ibeyi et Cotton Claw. Les événements de cette nuit-là n’ont pas joué en la faveur du festival, et pourtant rien n’a vraiment déçu.
C’est deux semaines plus tard que le festival marquera la fin définitive des concerts avec Lenparrot au Manège ; un concert qui n’a pas été des plus exhaustifs pour un Dimanche soir c’est sûr, mais surtout un concert qui a manqué de son principal intérêt : l’intimité. En effet la musique de Lenparrot aurait parfaitement convenu à la petite salle du Manège dans la torpeur mélancolique du Dimanche si une barrière ne semblait pas s’être placée entre le public et le duo, c’était un concert raté.
Finalement c’est une édition gâchée, coupée dans son élan. Partie en trombe avec des concerts exceptionnels elle n’a pu que se rattraper de justesse après les attentats de Paris qui ont déclaré la fin avant la fin. Néanmoins le festival des IndisciplinéEs n’a encore une fois pas déçu et s’est montré à la hauteur des attentes, on déplorera simplement que MAPL se décarcasse une année de plus pour voir leur festival partir de très haut pour arriver en bas plutôt rapidement, surtout lorsqu’il s’agit des dix ans.
En tous les cas on souhaite à toute l’équipe de MAPL de bien se remettre de cette édition, de ne pas perdre la motivation de proposer ce festival qui rythme chaque fin d’année depuis maintenant dix ans, et on se dit à l’année prochaine peut-être !

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