Les poupées de Teresa Oaxaca

L’œuvre de Teresa Oaxaca est rythmée par divers thèmes, tous liés par ce besoin de reprendre les styles des grands maîtres tout en apportant ses touches de fantaisie. Toiles presque anachroniques, elles sont une invitation à une galerie d’un autre temps et pourtant proche de notre époque.

Artiste américaine, c’est en 2005, à l’âge de 15 ans qu’elle quitte Washington pour étudier au Angel Academy of Art de Florence pendant quatre ans. Aujourd’hui, elle travaille essentiellement à Washington.

The kestner - Oaxaca
The Kestner de Teresa Oaxaca

The Kestner reprend le motif de la célèbre poupée allemande en carton pâte pour illustrer une nature morte. C’est suite au visionnement du film Alice de Jan Svankmajer qu’elle développe un intérêt particulier pour les poupées et se met à collectionner des versions authentiques allemandes et françaises du XIXe siècle. L’ironie de ce tableau de vanités réside dans la fracture au dessus du nez du crâne. C’est le squelette humain qui représente la fragilité, porté par une poupée en parfait état et datant peut-être du vieux temps. Les deux autres motifs du crâne des peintures d’Oaxaca sont généralement en bonne conservation, tenant un plus grand rôle au sein de l’œuvre. Ici, c’est la poupée qui domine l’ensemble. Elle parait rétablir une vérité honteuse : les objets survivront à leurs propriétaires. Le reste est dépeint avec de larges aplats roses et rehaussés de touches claires lancées avec une certaine furie.

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Tea de Teresa Oaxaca

Ce goût pour les poupées vient avec d’autres petits objets qui garnissent des œuvres très colorées et animées d’une joie parfois naïve, parfois enragée. Oaxaca cherche à ranimer les croyances anciennes, rappelant que les effigies humaines étaient destinées aux dieux, déposées dans des temples afin de remercier les habitants de l’Olympe de leur aide divine. Tea est pourtant un moyen pour dépeindre les émotions humaines à travers sa série « Clown Aristocrat ». Cet homme au visage peint de blanc exprime une sorte de lassitude ou de mépris. Couché sur le dos, une tasse de thé tenu contre son ventre, son regard s’infuse sous le filtre de cette forte lumière blanche. L’homme coiffé d’une perruque de la cour des Bourbons semble pourtant s’endormir, serait-il en train de nous narguer en accentuant ce regard frontal ?  Des contrastes entre le blanc et le rouge créent des stimuli à l’œil du spectateur. Il est difficile de ne pas trouver du plaisir à laisser ses yeux se perdre dans les pléthores d’objets dignes d’une soirée au bal de Venise.

Sleepwalkers de Teresa Oaxaca
Sleepwakers de Teresa Oaxaca

Ses sources d’inspiration sont diverses, comme on le voit avec Tea. Le gout pour les vêtements riches et volumineux est tiré du style baroque et rococo. Une série d’œuvres intitulée « clair-obscur » tend à mettre en exergue l’art de Michelangelo Merisi, dit le Caravage. Comme elle le mentionne sur son site internet : « (le clair-obscur) est une méthode qui était excellente pour faire ressortir les lumières et révéler en même temps les ténèbres ». Sleepwalkers  est un exemple parfait pour exploiter la profondeur de ces antagonismes. Cette fois-ci, un être de chaire et d’os est confondu avec une poupée à taille humaine. S’agit-il vraiment d’une femme ? Richement vêtue d’une robe rose à nœuds blancs, elle semble endormie, assise sur les genoux d’un homme qui soulève ses mains afin d’imiter des mouvements humains. La part d’ombre est si dominante que l’interprétation est limitée à des hypothèses. L’homme a lui aussi les yeux clos, les ténèbres assombrissent leurs silhouettes. Le maître et l’automate semblent se confondre. Comme l’indique le titre de l’œuvre Sleepwalkers (somnambules), il se peut qu’aucun des deux ne soient une simple enveloppe anthropomorphe mais bel et bien un être humain qui se laisse guider par le subconscient.

Paradise Lost de Teresa Oaxaca
Paradise Lost de Teresa Oaxaca

Paradise lost est probablement la toile la plus particulière par son thème poétique et onirique. L’athlète aux muscles saillants est piégé dans un tourbillon de fleurs, perdu dans l’esprit chimérique d’Oaxaca. Le spectateur est probablement face à la beauté masculine la plus sublime. Le modèle n’affirme pas sa puissance physique, c’est sa sensibilité qui est utilisée comme arme de séduction. Les rafales de fleurs qui se balancent autour de lui submergent sa tranquillité.  Le regard attristé cherche à nous apitoyer, nous sommes ses salvateurs.

La lumière aura toujours sa part d’ombre, c’est peut-être le message le plus sombre de Teresa Oaxaca. L’être humain est rendu esclave de sa dévotion envers la vanité matérielle. Les ténèbres en sont leur trame de fond, la lumière leur espoir et le sentiment leur échappatoire.

site web: teresaoaxaca.com

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