Sonic Art Ways : la tournée sérigraphiée des Foo Fighters

En mai dernier, c’est sous une pluie battante que nous nous rendions à Slane Castle, en Irlande, pour assister au concert des Foo Fighters.
Laurent Agnou, fin connaisseur des affiches sérigraphiées des Foo Fighters.
Laurent Agnoux, fin connaisseur des affiches sérigraphiées des Foo Fighters.

Là-bas, les stands de merchandising vendaient des posters en édition limitée. Nous étions alors loin d’estimer la valeur et l’histoire dudit objet. Le 12 novembre à Paris, nous nous rendons à la French Paper Art Gallery pour le vernissage de l’exposition Sonic Art Ways. C’est là que nous rencontrons Laurent Agnoux, à l’initiative de l’exposition. En sa compagnie, plongeons dans le monde du rock et des anecdotes de tournée.

Comment est venue l’idée de cette galerie ?

Laurent Agnoux : J’ai monté French Paper Art Club il y a 4 ans. J’étais musicien avant. C’est à ce moment que j’ai commencé à travailler régulièrement sur de la sérigraphie de concerts qu’on importait des États-Unis. C’est de là qu’est parti le concept. Au fur et à mesure, on a élargi notre champ d’action à toute la pop culture. Puis on a commencé à monter des expositions d’artistes avec qui on travaillait. D’abord à Paris, mais aussi en province. A force, on a commencé à envisager d’ouvrir notre propre galerie qui serait dédiée à la Pop culture et avec pour médium la sérigraphie. La pop culture ce n’est pas seulement la musique, c’est aussi le cinéma, les séries TV, le jeu vidéo… Le projet a pris forme et on a ouvert la galerie  fin juillet, c’est donc vraiment relativement récent.

Qu’est ce qu’une sérigraphie et comment en réalise-t-on ?

Ce sont des éditions multiples mais relativement limitées. En règle générale, on produit entre 50 et 150 exemplaires. Il s’agit d’éditions numérotées et signées par les artistes. En sérigraphie on travaille avec des écrans de soie (pochoirs) à partir d’un design ou d’une illustration. On essaye d’utiliser le moins de couleurs possible. En moyenne, on se contente de quatre à six couleurs. Pour chaque couleur on va placer l’écran de soie sur un support, puis on fait couler l’encre et on la tire pour qu’elle s’applique sur les zones de papiers non bouchées. Le procédé est répété autant de fois qu’il y a de couleurs. Les couches sont passées une par une avec un temps de séchage entre deux. La sérigraphie existe maintenant de façon plus industrielle, mais on souhaite rester sur un procédé artisanal. Le fait de tirer à la main permet d’avoir des couleurs qui ressortent beaucoup plus avec une épaisseur d’encre plus importante. C’est vraiment ce qu’on recherche.

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Et le gig posters dans tout ça ? C’est quoi le concept ?

Historiquement c’est un mouvement qui a commencé à la fin des années 60, début 70, en Californie, à San Francisco. Quelques groupes ont commencé à décliner leurs affiches de concert sous forme de sérigraphies. C’était le truc qu’on pouvait faire dans son garage, le système du « do it yourself » (DIY). On pouvait tirer une affiche facilement puis la vendre ensuite. Ça devenait un produit de merchandising au même titre qu’un t-shirt. Ça a été récupéré par le mouvement punk rock dix ans après. A cette époque, beaucoup d’artistes étaient non seulement musiciens mais aussi graphistes. Ces artistes-là avaient envie de décliner leur art d’une autre façon. Ils ont alors recommencé à faire des sérigraphies de concerts. Il y a une quinzaine d’années, on a vu d’un coup énormément de groupes américains (Pearl Jam, Soundgarden…) produire entre 50 et 100 sérigraphie par tournée.  C’est devenu un objet culte, un objet de collection. C’est vraiment un sport national aux États-Unis et ça se fait aussi en Angleterre, en Allemagne et dans certains pays du Nord de l’Europe. Nous, on essaye d’imposer ça et de travailler avec des groupes locaux, mais c’est pas toujours simple. Ça se fait assez peu en France. Mais on y arrive.

Pourquoi avoir choisi la bande à Dave Grohl pour cette exposition de sérigraphies ?

D’abord parce que ça fait partie de ces groupes qui produisent énormément de sérigraphies de concerts. Je suis de près tout ce qu’ils font depuis le début. Et aussi parce que je  suis forcement assez fan du groupe. Quand j’ai vu le début de leur tournée fin 2014, j’ai remarqué que cette fois-ci, ils faisaient une sérigraphie par date. Je me suis dit que ça allait être impressionnant ! Et puis, tous les artistes qui ont travaillé sur les sérigraphies des Foo Fighters sont des artistes avec qui nous travaillons régulièrement. On est en relation avec un réseau d’une centaines d’artistes, non seulement français mais aussi internationaux, dont beaucoup d’américains. Naturellement, l’idée m’est venue de faire un exposition sur ce thème en essayant de regrouper le maximum de sérigraphies de cette tournée.

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Graphie : Todd Slater.
Comment avez-vous fait pour lancer le projet ?

Tout simplement en appelant le groupe, et en leur proposant l’idée. ça peut sembler compliqué comme ça, mais il m’a suffit d’appeler le management à Los Angeles. On en a parlé, et ils ont tout de suite aimé. Ensuite on a eu des échanges téléphoniques avec le groupe pour commencer à travailler sur le sujet. Ce que je trouvais intéressant c’était le parallèle avec l’album Sonic Highways. Pour cet album, Dave Grohl a monté un documentaire de 8 heures où il enregistre un titre par ville. Il y fait des rencontres avec la scène artistique locale. Il voulait vraiment capter l’atmosphère d’une ville et la retranscrire en musique. On y voit la façon dont les chansons évoluent. Je me suis dit que les sérigraphies, c’était le même concept. Quand on rencontre un artiste et qu’on lui demande de créer un design qui doit refléter une chanson, des paroles, une ville ou un concert à travers une illustration. Je trouvais ça vraiment intéressant d’essayer d’aller encore plus loin dans la démarche.

Graphie : Emek.
Graphie : Emek.
Quelles sont les pièces que vous avez réuni ?

On a réuni l’intégralité des sérigraphies de toute la tournée ! Pas seulement nord-Américaine, mais aussi mondiale. La tournée contenait plus de 85 dates. On a en plus récupéré les dates secrètes des clubs qu’a fait le groupe avant de commencer la tournée. Il doit y avoir 7 ou 8 sérigraphies qui ont été faites pour ça. Et puis il y a eu quelques événements exceptionnels pour lesquels le groupe a fait des tirages. Par exemple cette soirée où Dave Grohl a fêté son anniversaire à L.A. dans une salle qui s’appelle le Forum. Enfin, il y a les grosses dates américaines où  plusieurs artistes ont proposés des sérigraphies. C’est comme cela qu’on a obtenu pratiquement 95 sérigraphies aux murs.

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Graphie : Emek.

« C’est vraiment une exclusivité mondiale »

Ce sont donc des pièces d’exception que l’on voit aujourd’hui ?

On a obtenu une partie des sérigraphies par les artistes avec qui on travaille. Le reste nous a été envoyé directement des archives du groupe. Toutes ces sérigraphies sont bien entendu épuisées puisqu’elles sont vendues uniquement sur place lors des concerts. Mais le groupe récupère toujours quelques pièces. Dans le cadre de l’expo, ils ont fait le choix de nous ouvrir leurs archives, mais aussi de permettre aux fans de pouvoir en acheter. Il s’agit de pièces assez exceptionnelles. Tout est à la vente, mais on est resté sur des budgets très raisonnables. On a voulu que ça reste accessible et c’est aussi ce que le groupe a voulu. C’est le concept de notre galerie : ouvrir l’art à la pop culture, mais aussi qu’on puisse permettre de s’acheter une œuvre numérotée et signée par un artiste pour moins de 100 euros. C’est la philosophie qu’on défend sur l’expo des Foo Fighters.

Existe-t-il des initiatives identiques ailleurs ?

Il existe des lieux où on retrouve de multiples sérigraphies de concerts. Ce sont des boutiques spécialisées. Mais à ma connaissance il n’existe pas de galerie avec la démarche d’exposer l’intégralité d’une tournée. J’en ai parlé avec le groupe et c’est vraiment une exclusivité mondiale. Ça ne s’est jamais fait ailleurs. D’ailleurs je trouve ça surprenant qu’il n’y ait pas eu une galerie américaine qui le propose au groupe. C’est assez marrant parce que du coup on reçoit pas mal d’appels pour nous proposer de délocaliser l’exposition. Des demandes d’Angleterre, des États-Unis.

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Graphie : Brian Ewing.
Les sérigraphies contiennent des clins d’œil historiques et symboliques. Dans « Sonic Art Ways », celle que vous consacrez aux Foo Fighters, on retrouve des fusées, des aliens…

Sur chaque design on peut trouver une explication et une histoire à raconter. Ce qui est vraiment intéressant, c’est la façon qu’ont les artistes d’interpréter une sérigraphie. Il y en a qui se disent : « c’est un concert à Chicago, donc je vais dessiner la ville ou le stade ». D’autres vont se demander « qu’est-ce qui est dit dans cet album ?  Quelle est mon interprétation de telle chanson et comment je la transcende et la perçoit en terme d’illustration ? ». Si on remonte aux débuts des Foo Fighters, en 1994, à l’époque ils n’ont pas signé chez une maison de disques. Ils créent leur label Roswell. C’est pour cela qu’on retrouve souvent des soucoupes volantes ou des aliens. C’est un clin d’œil. Il faut connaître un peu plus précisément l’histoire du groupe. Sur quelques sérigraphies on voit Dave Grohl avec la jambe dans le plâtre.  C’est une référence aux évènements survenus en cours de tournée.

foo fighters sérigraphieQuels sont vos projets d’exposition pour les mois à venir ?

A Noël, on remettra aux murs tout ce qu’on fait depuis l’ouverture. Pour début 2016, on prépare des soloshows d’artistes américains qu’on va faire venir. On prépare aussi une grosse exposition autour du Seigneur des Anneaux. Et puis on a aussi un projet sur Scoubidou. C’est étonnant mais c’est dans l’univers pop. On est aussi en train de monter une expo plus street art et art contemporain sur le tatouage avec des tatoueurs du monde entier.

Propos recueillis par Magali Agnel

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