La Fiesta des Suds à Marseille : une valeur sûre

La Fiesta des Suds, festival d’automne marseillais reconnu au-delà de la frontière régionale, ouvrait ses portes en octobre à l’incandescence africaine. Une dose musicale qui a rechargé nos batteries en vue d’un hiver bien corsé.

C’était notre première « Fiesta », comme la qualifient les habitués du festival. Du 14 au 18 octobre, le Dock des Suds, ancienne réserve de sucres de Marseille, laissait place à une effluve musicale gigantesque. Nous nous sommes rendus à la dernière soirée du festival, la plus grande en propositions, la plus longue aussi, la plus éclectique. Et la plus en phase avec son thème : l’amour.

Accueil chaleureux
IMG_9312
« Welcome Home », le message d’amour du festival aux réfugiés. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Ils nous ont accueilli les bras ouverts. Olivier Rey, attaché de presse de la Fiesta, Bernard Aubert, à la direction artistique et les bénévoles. Rarement on en voit et souvent on souhaiterait plus de flexibilité et de fougue de la part des organisateurs. On l’a finalement trouvé à la Fiesta des Suds. En ça, la Fiesta reste proche de son public depuis 24 éditions.

SUR PLACE. Sur le pan de mur géant du Dock des Suds, on tombe nez à nez face à la réalisation du projet marseillais « Dog Life Project ». Joris Arnaud, son instigateur, a pour objectif de sensibiliser les gens à la détresse des SDF. Il a été l’artiste, parmi d’autres, le choix numéro 1 des organisateurs de la Fiesta. « Welcome Home » : un message en adéquation avec l’engagement politique du festival. Marseille, ville multiculturelle et capitale de la Culture en 2012, perdrait son identité si elle se targuait de fermer ses portes aux réfugiés qui fuient la même guerre que nous.

Pour brasser les cultures, le festival y va gaiement. Au programme ce samedi soir : Kadebostany, Aaron, DJ Rebel, Aufgang, The Do, Scratch Bandits Crew, Jambinai, ASM(A State of Mind) et DJ Pone. Entre autres.

Au travers de cette programmation éclectique, on y (re)découvre Kadebostany, notre gros coup de cœur suisse qui se produit ce soir dans la salle des Sucres.

Kadebostany mon amour
IMG_9490
Amina, chanteuse de l’attirant et sournois groupe Kadesbostany. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Notre première fois avec eux, c’était en 2014. C’est le festival marseillais Marsatac, lors de sa 16e édition, qui les faisait découvrir à un public passablement curieux. On avait kiffé. Depuis un an, leur set n’a pas changé : la fanfare, la reprise de « Heroes » de notre cher David Bowie, les trompettes et le sampleur. Mais comme dirait mamie Georgette : « c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe ». Radote-t-elle ? Pas si sûr.

IMG_9298
Cantoche géante dans la grande pièce du Dock. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Il est 20h50. C’est la pause pizza. Dans dix minutes le duo français Aaron se produira sur la scène extérieure, la seule scène découverte du festival. Pour nous, c’est le gros dilemme : on reste écouter Kadesbotany ou va voir ce que rend Aaron en live après la sortie de leur album « We Cut The Night » ?

Aaron : la force tranquille
IMG_9564
Simon Buret, le chanteur, fait vaciller la foule. Crédit photo : Sophie Lafranche.

On s’est décidé : on coupe la poire en deux. On continue sur notre lancée avec Aaron, le duo électro-pop français composé des belles gueules de Simon et Olivier. Si si, vous les connaissez, ils ont chanté « Lili (U-Turn) » qui s’est classé en 2006 à la 17e place du classement des ventes de singles en France.  Sur la scène extérieure, leur succès populaire se confirme : on se pousse même à 20 mètres de l’installation, juste devant la régie, pour pouvoir profiter du spectacle. Moins acoustiques, plus synthétiques, ils ont clairement entamé un virage : celui de l’électro. La tête d’affiche de la soirée aura pris le soin de nous concocter un set aux petits oignons en interprétant « Lili » d’une manière symphonique. « Blouson Noir », leur dernier tube, aura lui aussi eu son quart d’heure de gloire, célébré et joué et deux fois pour un public en transe.

La musique orientale comme on l’entend rarement
IMG_9638
Bien loin des clichés, Jambinai s’impose de la Corée du Sud à la France en tout fracassant. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Du folk-métal coréen. Aussi étrange que ça puisse l’être dans notre Occident, il n’y a pas de règles et encore moins de genres musicaux établis en Corée du Sud. Jambinai en est bien la preuve. Pour eux, faire de la musique avec des instruments traditionnels est tout naturel. Pour nous, un exploit. A 22 h passé, quand on voit s’installer le quintette sud-coréen dans la salle des sucres, on se demande quel son vont nous sortir leurs instruments difformes. En main : leur haegeum, piri et geomungo. Du jamais vu. Ç’aura été notre plus belle découverte exotique de la soirée. Une découverte qui nous aura sorti de nos étourdissements un petit moment. Après un passage très remarqué aux Trans Musicales à Rennes l’année dernière, ils fracassaient cet été le festival Paleo. Le festival a eu du flair : ces gars-là sont des gros malades et ils nous emportent avec eux dans leur délire psychédélique.

Un DJ Pone en manque de créativité
IMG_9702
Le set de DJ Pone ressemble à une purée de carottes ratée et à un boudin trop cuit. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Il est à peu près 3 heures dans la salle du cabaret. Un DJ réputé, DJ Pone approche son autel. Il envoie les premières reverbes. Le DJ qui a collaboré avec des dizaines de rappeurs (Casseur Flowters, Disiz, Birdy Nam Nam) était pour le moins attendu. Il déboite les premiers rangs mais pas nous. Nous restons collés au sol gluant de bières renversées. On quitte le festival à 4 heures, après son set. La soirée nous aura enthousiasmé jusqu’à cette heure là, les mix des derniers DJ de la soirée nous aurons laissé impassibles et bien incapables de décoller du plancher.

IMG_9293
Le Dock des Suds, implanté au milieu du quartier des affaires marseillais. Crédit photo : Sophie Lafranche.

Quatre heures du matin. C’est la fin des festivités pour notre part. Un train nous attend à la gare de Marseille. Le festival se poursuivra jusqu’à 10 h le dimanche matin. Cette Fiesta des Suds, et particulièrement ce samedi, confirme une nouvelle fois, l’ambition des programmateurs marseillais. Marseille, qui est la seule ville de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur à proposer un éventail aussi large de musiques actuelles. Et bien souvent, on pleure ce manque d’activité musicale dans le reste de la région.

La 24e édition en quelques chiffres : 32 000 spectateurs. 3 scènes. 35 concerts. 155 artistes. 70h de musique.

Laisser un commentaire