Marcia, la force tranquille

A 21 ans, la jeune chanteuse enchaîne les compositions, collaborations et reprises sur Internet. Depuis un an, elle commence à percer. Portrait d’une artiste qui veut se faire un prénom dans le sillage d’une grande famille.

marcia higelinMarcia nous accueille, un dimanche après-midi, dans son studio niçois qui surplombe la Promenade des Anglais. Déjà en nous attendant, sa demeure résonne au son de son tourne-disque. Elle nous fait part de sa dernière découverte : « Alone » de Creepa & Subsets. Les rayons du soleil d’automne inondent son balcon. Ensemble, nous y évoquons ses projets.

« Je me suis installée il y un an à Nice parce que j’avais besoin de me ressourcer », raconte-t-elle. Bien qu’elle soit née à Paris, Marcia connait bien la Côte d’Azur. Les attaches de ses parents l’y font revenir fréquemment. C’est au sein de leur ferme familiale que la jeune femme perfectionne son chant : « Quand j’avais 12 ans, je chantais tout le temps et assez mal », se remémore-t-elle en riant. « Du coup ma mère me disait d’aller chanter ailleurs, dans la forêt ». Force d’entrainement, elle s’améliore. A ses 14 ans, ses parents l’encouragent dans le chant, une voie qu’elle s’est choisie.

Elle chante « depuis toute petite » mais l’artiste s’y met sérieusement il y a un an, en créant sa page Soundcloud. Sa musique ? A l’image de son interprète, elle est sincère et surprenante. Éloignée du domaine musical de son père Arthur H, Marcia travaille à trouver son propre univers. Influencée tant par Nina Simone que Beyonce, « des performeuses » selon elle, elle se projette dans un style musical oscillant entre pop et chill-out : « En tout cas, je ne veux pas me fixer de barrières ni de frontières dans les genres à explorer. »

Pour ses compositions, Marcia a choisi l’anglais pour mieux coller à son rhythm and blues anglo-saxon, « parce que cette langue me permet de m’exprimer entièrement, confie-t-elle. C’est aussi plus flexible que le français. Je veux faire vibrer les gens, leur faire ressentir quelque chose ».

« Firestones », l’un de ses premiers covers publié sur internet

Que ce soit une reprise piano/voix de l’artiste norvégien Kygo sur le titre « Firestone » ou un medley des chansons « Drunk In Love » et « Crazy In Love » de Beyonce, elle les exploite à sa manière. Sensiblement.

Dans son appartement, un nouveau titre s’enclenche dans le lecteur de  musique : « Here » d’Alessia Cara.

Background artistique 

Éduquée par deux parents artistes, elle est vite biberonnée à la scène. Il y a dix ans, Marcia suivait son père lors de ses tournées. Depuis cet été, elle monte sur scène avec lui, comme au festival des Nuits du Sud de Vence. « A chaque fois je suis tétanisée avant de monter mais une fois sur scène, j’adore ça. Et puis cela me permet d’avoir un retour du public », songe-t-elle. Sur la tournée d’Arthur H, elle est choriste et fait découvrir sa voix, son univers.

« Sweet Temptation », la dernière composition de Marcia publiée il y a trois mois sur Soundcloud :

« Il y a eu mon grand-père, mon père puis ma tante… déjà Izïa était attendue au tournant au début de sa carrière, alors j’imagine ce que ça va être pour moi ! ». La jeune femme a hérité d’une culture artistique diversifiée :  « Si je n’avais pas trouvé la musique, j’aurais très bien pu m’intéresser au cinéma et au théâtre. »

Marcia souhaite avant tout se faire un prénom. En septembre, elle partageait sur les réseaux sociaux un article des Inrocks sur les « fils de » qui l’agaçait fortement. « Il peut y avoir du piston dans le milieu artistique, c’est vrai », concède-t-elle, « mais comme dans tous les domaines finalement. Si tu as du talent, tu peux réussir. Si tu n’en as pas, c’est fini d’avance. Et puis ce n’est pas parce que tu es fils d’ouvrier que tu deviendras ouvrier, je n’aime pas ces raccourcis ». Marcia veut être reconnue pour son univers musical, qu’elle s’est créée seule. Alors que le grand-père fait du rock et de la variété française, Arthur H du jazz-pop et Izïa du pop-rock, Marcia officie ailleurs. Elle s’est choisie la musique électronique comme domaine d’exploration.

Dans l’appartement, le titre « Friday » de Smoky x Hope commence sur quelques notes cadencées de RnB.

« C’est compliqué d’être artiste aujourd’hui »

A Nice, Marcia rencontre deux rappeurs locaux, le groupe Smoky x Hope, qui prépare actuellement son premier album. De la rencontre musicale entre les trois jeunes artistes découle un genre de coup de artistique. « Nous allons travailler sur un EP de 5 titres, Alvilda », nous annonce-t-elle, joyeuse.

Pleine d’ambition, Marcia rencontre les galères que les jeunes musiciens peinent aujourd’hui à surmonter : la construction d’un projet, la signature de contrats, la concurrence. Elle se livre sur le sujet : « Aujourd’hui c’est compliqué d’être artiste, il y a des milliers de musiciens qui ont du talent ». Avec Internet, la possibilité de toucher un large auditorat est devenu possible, ce qui n’est pas sans risques : « Très rapidement tu comprends que tu peux être conditionné, mis dans des boites, dans des cases. »

« About You », une composition singulière :

En y allant à son rythme, Marcia gravit les échelons un par un pour aller aussi loin qu’elle le peut. Pour l’instant, Marcia compose, se cherche musicalement : « J’adore Sweet Temptation mais le titre qui me ressemble le plus, c’est About You ». Une composition où sa voix puissante et sensuelle se mêle avec sensibilité aux cœurs, organiques. « Elle est imparfaite mais elle est unique, elle ne ressemble à rien d’autre », livre la jeune chanteuse.

A la fin de notre rencontre, Marcia interprète en exclusivité pour Efflorescence Culturelle un morceau ni enregistré, ni encore publié sur Soundcloud, « Mine ». Le fin alliage entre douceur et intensité, entre sensibilité et puissance découvert sur la plateforme de streaming s’exprime d’autant plus à l’image.

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