PITCHFORK MUSIC FESTIVAL 2015 : une 5ème édition décevante

Pour cette 5ème saison de la série Pitchfork Festival, l’équipe d’Efflorescence Culturelle s’est encore rendue sur place pour faire un état des lieux. Entre surprises et déceptions, on vous dit tout des points culminants et creux de l’événement.

Voilà 5 ans que la Grande Halle de la Villette cède la place au site web américain culte. Sur scène se produisent les artistes révélés par ce gourou musical si influent que certains ne vivent que grâce à lui. Il s’étend sur 3 jours dont le dernier prend la forme de club house à partir de minuit laissant place à des artistes électro de pointe, cette année étant Ratatat, Hudson Mohawk, John Talabot et Laurent Garnier. Programmation qui permet d’étendre la zone d’influence de Pitchfork outre-Atlantique car Paris leur offre un site exceptionnel et la possibilité de faire vivre aux Européens l’expérience du festival le plus hype de l’année. C’est pour cela qu’on assiste à l’un des plus grands rassemblements mixtes d’Europe, dont la langue principale est l’anglais. Américains, Français, Anglais, Ecossais, Scandinaves, Italiens, Espagnoles se retrouvent pour assister aux concerts des artistes anglo-saxons.

Premièrement, déplorons l’absence d’artistes français à l’affiche. Mis à part Laurent Garnier, tout  les musiciens présents sont américains ou anglais. Donc pourquoi avoir choisi Paris comme pied-à-terre ? Nous avons posé la question à plusieurs festivaliers. Tandis que cela interpelle les Français cela paraît normal pour les festivaliers anglais. Dan, spectateur Londonien pense que c’est parce qu’il n’y a pas d’endroit comme la Grande Halle de la Villette à Londres et qu’un événement de cette ampleur serait irréalisable là-bas. Ross, festivalier écossais explique cela par le manque d’importance des groupes français dont l’audience n’est pas assez élevés pour partager l’affiche du festival. Pourtant il me semble que les français règnent (ou régnaient) sur le paysage electro et l’EDM et que certains groupes ou artistes s’exportent bien à l’étranger et seraient en harmonie avec la programmation du site. finalement c’est dommage que ce festival qui rassemble autant de gens de différentes contrés ne soit que le reflet de la domination Pitchfork et ne révèle pas quelques artistes du pays qui l’accueille.

Ariel Pink @Ellie Pritts

La soirée du jeudi a peut-être été la plus éprouvante. Pourtant le programme contenait son lot de promesses : Kirin J .Callinan , Ariel Pink, Deerhunter et Beach House entre autres. Mais de gros problèmes de son viennent perturber certains sets, dont le plus touché est celui d’Ariel Pink chantant dans un micro muet pendant 20 minutes. Blasé, il termine sa prestation dans la simplicité qu’on ne lui connaissais pas. Le volume sonore était presque meurtrier pendant l’interminable live d’une heure de Godspeed You ! Black Emperor criblé de solos sans fin. Il fallait avoir consommé certaines substances illicites pour l’apprécier  selon un festivalier. Kirin J.Callinan, dont la musique semble indescriptible mais pas sans intérêt, est plutôt drôle sur scène. Sa prestation est assez médiocre, mais enfin, quelqu’un fait le show. En revanche, grande est la déception lorsqu’il annonce la venue de Kevin Parker sur scène et qu’un piètre sosie du guitariste aux cheveux longs débarquent sur l’estrade. La farce aura même provoqué l’emballement de Pitchfork qui dans les minutes suivantes publie la photo de « Kirin J. Callinan et Kevin Parker  sur la scène de la Grande Halle ». Coquille aussitôt supprimée de la toile…  Deerhunter, petit protégé du site se contente du minimum, jouant proprement leurs morceaux mais l’ennui gagne le public. Il faut attendre 23h pour qu’enfin Beach House emporte la salle dans un set féerique.

Beach House @Ellie Pritts

Vendredi est un autre jour et laisse place à des artistes R’n’B en première partie avec Dornik. Jolie découverte entre funk et Hip hop. Enfin l’ambiance est groovy et chaleureuse ! Les problèmes de son semblent résolus et le public se surprend à danser. Ensuite Rome Fortune envahit la scène et prend le public à bras le corps avec son rap barré. Health est une autre paire de manche, se situant entre Hard Rock et Electronic forrain, et dont la pratique outrageuse du Head-banging fini par être agaçant. Néanmoins, ils communiquent avec le public à travers une prestation scénique remarquable. Mais les plus attendus étaient Rhye, Four Tet et bien sûr Thome Yorke venu remplacer Bjork. Saluons l’audace de placer un groupe aussi calme et à la pop si raffinée après un groupe aussi bruyant que Health. Mike Milosh et Robin Hannibal eux, misent sur une prestation calme et subtile défendant leur album « Woman » encensé par la critique. Puis un peu plus tard, Thome Yorke – Tommorow’s Modern Boxes fait une entrée magistral et dévoile une prestation de plus d’une heure sous le regard attentif de ses fans. Jamais statique, et pleine de mimiques sa prestation est nourrie par des effets visuels travaillés comprenant deux écrans suspendus diffusant des vidéos intensifiant sa performance.

Thome Yorke’s Tommorow’s boxes @Ellie Pritts

 Enfin, samedi Pitchfork se réveille en grande forme à partir du live de Father John Misty, ex-Fleet Foxes qui défend son dernier album « I love You Honey-bear » à travers une performance très juste vocalement à la manière d’un crooneur. Ensuite Unknown Mortal Orchestra à l’univers très posé influencé par la funk et la musique psychédélique parvient tout de même à emmener la salle dans leur univers avec des chansons de leur dernier album « Necessary Evil » et le génial « So Good at being a little trouble ». Autre concert marquant, celui de Spiritualized. Le groupe de Jason Pierce est envoûtant quoique très classique dans sa manière de jouer sur scène. Mais rien ne vaut un petit « Shine a Light on Me » en live. De l’autre coté, sur l’autre scène qui s’apprête à accueillir le groupe le plus attendu de la soirée, se dresse une scénographie magistrale avec projection d’hologrammes . C’est ainsi que le duo New-Yorkais Ratatat a choisi de revenir sur le devant de la scène, brandissant son nouvel album « Magnifique » lors d’un set généreux et dynamique à la hauteur de nos attentes.

Avec une édition inégale plombée par certains ennuis techniques le 5ème opus du festival Pitchfork parisien parvient tout de même à retomber sur ses pattes.

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