Mon Roi de Maïwenn : l’amour et la violence

Le dernier film de Maiwenn aura fait jaser depuis que son héroïne Emmanuelle Bercot a remporté le prix de la meilleure interprétation féminine au festival de Cannes (partagé avec Rooney Mara). Certaines critiques soulignent le pathétique dégoulinant porté par une psychologie de café et une intrigue qui tourne dans le vide, mais ici aucune de ces remarques malveillantes ne sera présente. Parce que Mon Roi est un geste cinématographique, percutant, pertinent, enivrant par lequel la jeune réalisatrice atteint sa consécration.

Mon Roi Maïwenn
Tony (Emanuelle Bercot) et Giorgio (Vincent Cassel)

Mon Roi c’est l’histoire de Georgio et Tony victimes du coup de foudre et de l’amour frénétique et douloureux. Il se marient, font un enfant et se détruisent. L’amour est donc un affrontement, une violence pleine d’espoir, de joie et de douleur.

La métaphore du « je-nous » brisé.

C’est par le biais du flashback que Maïwenn met en scène son récit. Tony est en rééducation après un accident de ski qui a salement éméché son genou.  Accident mis en scène avec subtilité : un paysage blanc et montagneux dans lequel se reflète l’intériorité du personnage. Tony a le regard le vide et pourtant  une multitude d’émotions peuvent se lire dans son visage. Puis elle dévale la pente avec brutalité et détermination.  Accident provoqué par un besoin inconscient de surpasser ces montagnes, et de se faire  physiquement mal, afin de matérialiser une souffrance intérieure insurmontable pour qu’elle devienne concrète et intelligible. Il faut donc, comme nous le souligne la psychologue du centre de rééducation, qu’elle soigne son « je-nous ».  Par le biais d’un montage parallèle se juxtaposent le récit de sa romance passée avec Georgio et celui de son combat pour la guérison dans l’isolement et la peine. C’est ainsi que Tony repart en arrière pour aller de l’avant et retrouver une forme de paix et de sérénité.

La violence et la sincérité

Voici deux adjectifs qui correspondent bien au cinéma de Maïwenn, dont la violence est pertinente, et met en valeur la sincérité absolue de ce qu’elle filme. Mon Roi est le maillon d’une chaîne dont le fil est la quête d’amour (Pardonnez-moi, 2006,  Le bal des Actrices, 2007, Polisse, 2011) et c’est avec beaucoup de style qu’elle met en scène un récit vraisemblable tenant premièrement à sa manière de filmer. A l’épaule, la caméra n’est jamais statique, proche du documentaire permettant une immersion directe excluant toute tentative superflue d’esthétisation de l’image. Ce qui pourrait constituer un obstacle à notre adhésion est mis au placard. Mais le regard narratif n’est pas froid ni distant pour autant. L’histoire semble personnelle sans doute parce qu’ elle est portée par des acteurs d’exception, qui l’illuminent dans la justesse d’une prestation hors du commun.

Maïwenn

Ma Reine 

Ce regard discret de la caméra voue un amour et une admiration pour ses acteurs. Maïwenn les met en valeur, et même les sublime. Si Vincent Cassel, comme le disait la jeune réalisatrice, acceptait de jouer dans ce film, tout en considérant la médiocrité de son scénario, sa prestation n’a jamais été aussi belle et aussi juste depuis La Haine de Mathieu Kassovitz. Vibrant dans le rôle du pervers narcissique dominant, drôle et indomptable, tout en nuances et en beauté, poussant à l’admiration de tout ceux qui  l’aperçoivent. Enfin, nous saisissons le charisme qu’on lui attribue depuis des années. Enfin, il prouve qu’il mérite sa réputation de génie du cinéma dont nous doutions fort avant. Mais il faut reconnaître que le plus difficile ici, est de jouer le rôle de Tony. Emmanuelle Bercot, réalisatrice à l’origine (La tête haute 2015), voyait en ce film un défi, ou plutôt une impasse, ne se considérant pas comme une actrice. Mais le rôle est taillé  pour cette cinéaste peu connue qui méritait mille fois sa palme d’or, tant la précision de son jeu, son dévouement pour son personnage est complet. Rôle aussi risqué qu’une lame de rasoir demandant une subtilité pointue pour ne pas tomber dans le pathétique. Oscillant entre rires, cris, morve et larmes, ce film se traduit par une euphorie de sentiments aussi bien du côté des personnages que celui des spectateurs. Tant sublimée par l’auteur du film qui en souligne sa force et sa beauté naturelle dans sa manière de la filmer. C’est en cela que Maïwenn trouve sa place dans le champ des réalisatrices d’aujourd’hui en prouvant qu’elle a le don de dégager chez ses acteurs ce qu’il y a de fort, de puissant, de personnel pour que son oeuvre semble pousser un cri universel.

Maïwenn
Maïwenn, Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel et toute l’équipe de tournage. Studio Canal.

Du rire aux larmes

Cependant ce traumatisme vécu par Tony qui aura valu son lot  d’effondrements est tempéré par l’humour qui nous accompagne tout au long du film. Grâce, notamment à Solal petit frère sarcastique de Tony, incarné par Louis Garrel et auquel nous devons une bonne poignée de poilades.  Les répliques de Georgio et Tony sont extrêmement drôles aussi. Pensons à la fameuse scène improvisée à la pharmacie ou encore à leur première nuit ensemble. Si bien que ce qu’il reste à la fin de ce drame est  la beauté du geste de tomber amoureux et on rit plus que l’on pleure.

Donc si vous ne l’avez pas encore vu au cinéma, n’attendez plus car les films français (à part Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu, Philippe de Chuauveron, 2014, ou Les Nouvelles Aventures d’ Aladin, Arthur Benzaquen, 2015) ne restent pas éternellement en salle. Allez-y les yeux fermés et Maïwenn vous fera décoller avant que vous vous en aperceviez ! Vous aurez peut-être vu le film le plus césarisé cette année, qui sait ?

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