« Life » : Dane DeHaan sur le chemin de la gloire

  Dans « Life », le réalisateur Anton Corbijn dépeint la rencontre décisive entre le journaliste de presse Dennis Stock et James Dean, icône symbolique du cinéma. Dane DeHaan, l’interprète de ce dernier excelle avec un jeu d’acteur authentique.
Dane DeHaan et Robert Pattison ont su transposer à l’écran une relation intimiste, fidèle au mythe historique. Photo : DR
Dane DeHaan et Robert Pattison ont su transposer à l’écran une relation intimiste, fidèle au mythe historique. Photo : DR

Mieux vaut le dire d’entrée, Dane DeHaan est un génie. Alors qu’il s’apprêtait à refuser pour la cinquième fois consécutive le rôle principal assidument proposé par le réalisateur hollandais Anton Corbijn, l’acteur américain a finalement flanché pour ne plus avoir que dans la peau James Dean.

« Il accroche la lumière de manière étonnante ». Il n’est pas étonnant que Corbijn ait choisi le jeune acteur de 29 ans, par ailleurs premier rôle dans « Chronicle », « The Amazing Spiderman 1 » puis 2, et dans le drame « Kill Your Darlings ». Difficile donc de jongler entre des rôles que tout oppose, James Dean faisant partie de ceux qu’il aura le plus appréhendé. Une révolution culturelle que Dane DeeHan attrape avec talent. Pas de doute, il sait jouer.

Pour regarder la bande-annonce du film :

Héros d’une jeunesse angoissée

Avant les courts mois de sa fin de vie où il aura pu consumer son succès, James Dean vit loin des projecteurs et des tapis rouges. C’est vraisemblablement auprès de sa ferme familiale, dans l’Indiana, que l’acteur apprend à se construire avec une mère décédée d’un cancer et d’un père distant. Joueur de basket raté, à 15 ans, James Dean s’émancipe en prenant des cours de théâtre. Il s’installe à Los Angeles. Il tournera dans l’adaptation cinématographique du roman de John Steinbeck, par Elia Kazan : « A l’est d’Eden ». Dennis Stock, jeune photographe officiant à « Life Magazine », niche son nez dans les projections presse et à la vue de la projection de Kazan, il mettra tout en œuvre pour avoir les premiers clichés de l’acteur à talent, puis, plus tard, à succès posthume. Il mourra jeune, en 1955, à 24 ans, dans une Porsche 550 Spyder, lancée à 90 km/h sur un croisement routier. Il deviendra alors, quelques mois après sa mort et la diffusion des deux autres films « La Fureur de vivre » et « Géant », l’icône d’une jeunesse américaine désorientée.

Sacré après sa mort aux Oscars et inscrit au panthéon du cinéma américain, Dean est en fait plus énigmatique qu’emblématique. Anton Corbjin s’est saisi d’une tranche de vie. Moment où James Dean est encore inconnu du grand public mais où Warner commence à s’intéresser à l’artiste. Stock, tel que Corbjin, a lancé sa carrière en photographiant des célébrités. Pour l’un, James Dean, le jazz et la guerre du Vietnam, pour l’autre, David Bowie, Vanessa Paradis, Miles Davis ou encore Clint Eastwood. Le réalisateur européen a pris le parti de raconter Dean à travers Stock, ou du moins du bout de son objectif.

life anton corbjin
Dans « Life », Corbijn explore la relation photographe/sujet, une dimension qui lui tient manifestement à cœur.

Et c’est en partie grâce à sa présence que le film a pu accrocher un tant soit peu le spectateur. Avec Robert Pattison, qui incarne Dennis Stock, jeune photographe en galère et père en déni, l’alchimie à l’écran entre les deux interprètes impacte sensiblement la perception que l’on peut avoir du long métrage. Et pour cause. Anton Corbijn s’attaque là à un monument du cinéma ; en adoptant un point de vue décisif sur l’angle donné à la réalisation, il contourne l’enjeu même du film, à savoir James Dean lui-même. Pourtant, le réalisateur confiait dans une interview donnée à Télérama qu’il n’avait pas l’intention « d’en dresser le biopic ». Comment, alors, évoquer un jeune acteur qui, par l’avenir, marquera l’univers du septième art sans user d’indices prédisposés ?

« Life » n’est probablement pas le film de l’année. Il est le moyen, pour son réalisateur, soixantenaire déjà, de faire ses adieux à la photographie dans une dernière production hommage. La qualité du casting aura sauvé quelques lenteurs liées à des détails mal exploités chez James Dean. Mais ce qui peut nous sembler être un « détail » n’est sans doute pas vécu de la même manière pour une personne qui aura vécu seulement 24 ans. Il convient de saluer la photographie soignée du film, grâce à Charlotte Bruus Christensen. Avec « Life », Corbijn aura au moins eu le mérite d’explorer une relation méconnue entre un photographe de presse et un acteur qui était alors sur le chemin de la gloire. Et le travail est de taille ; parti des quelques clichés du photographe de « Life » et de biographies, le réalisateur a su, du moins, l’apprivoiser.

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