Sarusuberi: Miss Hokusai, voyage au Japon du XIXème siècle

On a tendance à croire que les mangas sont destinés aux enfants: Pokémon, Dragon Ball… Mais ces mangas, et le cinéma d’animation plus généralement, sont parfois destinés à un public plus adulte. C’est le cas de « Sarusuberi: Miss Hokusai ».

Le dernier long-métrage de Keiichi Hara, récompensé par le Prix du jury au Festival international du film d’animation d’Annecy, nous emmène au Japon de l’ère Edo (XIXe siècle). C’est un biopic de la famille Hokusai, et plus particulièrement du père, Tetsuzo, qui était un grand artiste dont l’oeuvre la plus connue est La grande vague de Kanagawa (visible sur la partie gauche de l’affiche du film), et de sa fille O-Ei, qui l’assistait dans ses travaux sans jamais obtenir de reconnaissance.

Nous nous immergeons dans la vie privée d’un grand artiste, où l’on peut découvrir son talent, ses techniques picturales, mais également voir les difficultés qu’il rencontre tout au long de sa carrière. Cette approche est également un partage de la vie du réalisateur Keiichi Hara, une mise en abîme de sa vie et de son travail: lui aussi doit dessiner, perfectionner ses oeuvres et ses scénarios pour pouvoir nous offrir ce film. Il rencontre les mêmes types de difficultés que ses personnages, dont les profanes n’ont pas conscience.

Ce parallèle entre la vie d’un artiste de l’époque et celle, contemporaine, du réalisateur nous permet de faire un comparatif plus général entre la société d’avant et celle d’aujourd’hui.

misshokusai
Le dessin animé, adapté en manga 2D, style d’animation traditionnel, varie avec plusieurs techniques : dessins 3D, stop-motion, ou encre de Chine.

Ce long-métrage d’animation pourrait être comparé au travail du plus grand réalisateur d’animation japonaise, Hayao Miyazaki, et à celui de Mamoru Hosoda, par le côté imaginaire et fantastique qui s’intègre très bien à l’histoire réaliste, et par les personnages principaux qui sont des enfants ou des jeunes adultes. Mais la plupart du temps, les personnages de Miyazaki découvrent un monde merveilleux à l’intérieur du monde réaliste dans lequel ils vivent. Bien que l’univers de Miyazaki soit plus complexe, dans Miss Hokusai le côté fantastique du film reste ponctuel, l’action du film ne se déroule pas dans un monde imaginaire. On le rapprocherait donc plutôt à l’univers de Hosoda, dont le contexte est plus proche, mais là aussi, le côté fantastique reste beaucoup plus modéré chez Keiichi Hara. De plus, les personnages de Mamoru Hosoda sont « pris au piège » par les pouvoirs dont ils sont dotés (comme « La traversée du temps »).

Ici, O-Ei est simplement spectatrice des évènements fantastiques. Nous sommes beaucoup plus concentrés sur sa vie personnelle, son travail d’artiste aux côtés de son père, et sur sa psychologie: relation difficile qu’elle entretient avec les différents membres de sa famille, premier amour, première expérience sexuelle, spiritualité… Des détails que nous ne voyons que rarement chez les deux autres réalisateurs, et qui sont un vrai plus dans ce film puisque les jeunes adultes, et même les parents, peuvent se reconnaître beaucoup plus facilement à travers les différents personnages.

A la fois riche historiquement et artistiquement, ce film n’est pas non plus « tout rose » et nous présente les côtés sombres de la société japonaise du XIXème siècle, auxquels nous pouvons nous identifier encore aujourd’hui: prostitution, tourments d’une jeune adulte, problèmes relationnels, manque d’argent…

S’il n’y a pas d’intrigue particulière qui dirige l’action du film, son originalité et ses richesses suffisent largement, on ne s’ennuie pas et on apprend sans cesse.

→ Sortie en salles le 2 septembre.

Manon Kerdekachian

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